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Manger de l’information végétale

  • Posté le : Lundi 17 Octobre 2011
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  • par : L. Salters

Une équipe chinoise vient de montrer que certains éléments de génome végétal modifieraient le fonctionnement de notre propre ADN animal.

Une molécule d’ARN messager.Une molécule d’ARN messager.
© JJP/LookatSciences.

Au menu ce midi, quelques microARN d’origine végétale qui iront dans notre sang ! La première partie de la proposition n’est pas très originale. A chaque fois que nous nous sustentons, nous ingurgitons des gènes de toutes origines, aussi bien animale que végétale. Mais dans l’estomac, ces gènes sont normalement digérés. C’est la seconde partie de la proposition qui retient l’attention et qui est nouvelle : certains microARN, non digérés, passeraient directement dans notre sang. Mieux encore : ils joueraient un rôle non négligeable dans notre corps.
Ce nouveau mécanisme a été mis au jour par l’équipe du professeur Lin Zhang de l’université de Nanjing, dans le nord de la Chine. Dans un article paru le 20 septembre dans la revue Cell Research, le chercheur affirme fait ces observations avec des microARN de riz.

Pour bien saisir la portée de cette découverte, il faut revenir sur le rôle des microARN. Chaque cellule comporte des molécules d’ADN, supports des informations relatives à la vie de tout organisme vivant. Du plus simple au plus complexe, animal, végétal, bactérien, et même viral dans certains cas. Cette information génétique est comme un code qui permet la synthèse des protéines dont l’organisme a besoin. Mais cette fabrication n’est possible que grâce à une autre molécule : l’ARN. Aussi nommée ARN messager, cette molécule constitue une sorte de support génétique intermédiaire qui copie certaines parties de l’ADN. Pour synthétiser les protéines, l’ARN se combine à son tour à des molécules plus petites : les microARN. Découvertes dans les années 90, le rôle des microARN ne cesse de s’imposer comme central dans notre mécanique génétique.

Influence de l’environnement

Lin Zhang et ses collègues s’intéressent depuis longtemps aux microARN stables circulant dans le sang et dans les tissus. Ils en ont notamment identifié un, nommé MIR168a. Première surprise, ce microARN vient du riz. Cela veut dire que cette molécule traverse indemne les différentes étapes de la digestion. Deuxième surprise, il n’est pas inactif dans le corps humain. Il se lie à l’ARN messager qui code pour une protéine particulière : LDLRAP1. Cette protéine participe à la capture dans le sang, des transporteurs du cholestérol. Mais la combinaison entre microARN végétal et ARN messager animal provoque une diminution de son activité dans le foie. En diminuant son expression, MIR168a favoriserait donc une augmentation du taux de cholestérol dans les vaisseaux.

“C’est un mécanisme très intéressant, observe Luis Quintana Murci, directeur de recherche au CNRS et à l’Institut Pasteur en génétique évolutive humaine. Il est surprenant de voir que certains acides nucléiques ( grosses molécules qui composent l’ADN et l’ARN - ndlr) étrangers à notre organisme provenant de la nourriture, interagissent avec nos propres gènes”. Avec son équipe, Lluis Quintana Murci a beaucoup travaillé sur 150 microARN, qu’ils ont notamment séquencés. Ils ont entre autres tenté de mieux comprendre si la mutation de certains microARN confère des avantages différents à diverses populations humaines.
En fait, cette étude montre les effets de notre relation à notre environnement de vie, reprend le chercheur. Vivre en ville ou à la campagne, être végétarien ou pas etc. Tous ces paramètres ont une influence. Le tout est de savoir laquelle ? Là, nous avons la preuve d’un vrai mécanisme moléculaire identifiable, provenant de l’environnent nutritionnel et de la régulation génique.”
On est tenté de pousser plus loin le raisonnement avec les OGM, les organismes génétiquement modifiés, qui peu à peu entrent dans notre quotidien de consommateur alimentaire. “Il ne faut pas tirer de conclusions trop hâtives, temporise le chercheur. On vit très bien avec des milliards de bactéries dans notre estomac qui sont là toute notre vie. Et puis soudain, un événement provoque une dérégulation et on développe une maladie. Tous ces mécanismes sont très complexes à isoler”.