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Mer Méditerranée, une biodiversité en danger

  • Posté le : Lundi 4 Juillet 2011
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  • par : L. Salters

Une étude unique au monde par son envergure montre que de gros efforts restent à faire pour protéger les espèces et les habitats marins.

Biodiversité en MéditerranéeLa Méditerranée, un des "points chauds" de biodiversité du globe. Plus de 600 espèces de poissons y vivent.
© Domenico MACALUSO / LookatSciences

Il faut davantage protéger la Méditerranée. Et il y a urgence ! C’est en substance la conclusion de deux études parues simultanément dans les revues Current biology et Global ecology and biogeography. Elle ont été réalisées par les équipes du laboratoire Ecologie des systèmes marins côtiers (1) et du Centre de recherche halieutique (2), tous deux basés à Montpellier.
Nous avons commencé cette recherche en 2005”, raconte David Mouillot, écologue à la faculté de Montpellier 2, et principal coordinateur de ces travaux. Les chercheurs se sont tout d’abord livrés à un gigantesque inventaire de la biodiversité en Méditerranée.
C’est l’archétype de la mer riche”, renchérit David Mouillot qui ne cache pas son enthousiasme à l’idée d’avoir enfin pu faire aboutir ce projet de longue date. Elle représente un “point chaud” de biodiversité unique au monde. On y trouve par exemple plus de 600 espèces de poissons, un chiffre à mettre en regard avec d’autres endroits du globe. “La mer Noire, par exemple, ne comporte presque plus de poissons”, précise David Mouillot.
Cette diversité se répand sur une superficie d’environ 2,5 millions de km2. Soit à peine 0,32% du volume des océans du globe. C’est peu. “Mais c’est un environnement qui subit énormément de pression”, ajoute-t-il. La mer est au carrefour de trois continents. Elle est à la convergence des plaques eurasienne et africaine, provoquant une forte activité tectonique (avec des séismes en Italie, Algérie, Grèce et Tunisie). La pression anthropique (influence de la présence humaine - ndlr) est énorme. A titre d’exemple, en France, la zone littorale ne représente que 10% de la superficie de la région Provence Alpes Côte d’Azur, entre la Camargue et Monaco. Et 90% de la population régionale s’y concentre... “Et cela fait des milliers d’années que les civilisations vivent autour du bassin méditerranéen”, ajoute David Mouillot. Près de 175 millions d’êtres humains y habitent aujourd’hui et 350 millions de touristes y affluent chaque année.
En prenant en compte ce contexte, l’étude dresse une photographie de la biodiversité actuelle à travers les différentes aires protégées. Et tire des conclusions : “Sur l’ensemble du territoire marin, les aires protégées ne sont pas encore assez nombreuses pour préserver l’ensemble de la biodiversité. Il en manque sur toute la partie à l’Est, vers Gibraltar, et sur les rives du Maghreb. Même chose pour le Nord de l’Adriatique.” Seulement 0,4% de la surface de la mer Méditerranée sont ainsi couverts par des aires protégées. David Mouillot : “L’idéal serait de mettre 10, voir peut-être 20% de la surface globale en réserve pour préserver l’ensemble de la biodiversité marine”.

Réserves diversifiées

Pour affiner leur travail, les chercheurs du consortium ont procédé à une gigantesque compilation de banques de données recensant la distribution géographique des poissons, mais aussi des mammifères marins, des tortues, des oiseaux et des habitats. “Pour les poissons, il a fallu par exemple récupérer les cartes de répartition de chacune des espèces, raconte David Mouillot. Ensuite, il nous a fallu mettre en place la cartographie des aires marines protégées déjà existantes. Il y en a plus d’une centaine”. Les chercheurs ont ensuite procédé à un mapping de toutes ces données pour les croiser et les interpréter.
Curieusement, c’est la première fois qu’on procède à un tel recensement à un niveau international. “En méditerranée, les réserves sont extrêmement hétérogènes, souligne l’universitaire. Elles sont créées uniquement sur fond de contingences ayant un niveau très local. Par exemple, des acteurs locaux, un maire, des associations, un conseil régional, collaborent pour mettre en place une réserve. Mais chacun gère sa réserve sans lien avec les autres”. C’est n’est pas le moindre des mérites de cette étude que de mettre à plat l’ensemble des initiatives. Une manière de souligner l’importance de mettre en place une stratégie à grande échelle et de ne plus se contenter d’actions locales. “L’Europe a un vrai rôle à jouer dans cet effort international, insiste David Mouillot. Dès les années 60, on a vu les premières réserves se constituer dans la région. C’était une première à l’époque. Il faut maintenant dépasser les contingences nationales et politiques”.
En clair, il faut mieux positionner les aires de protection marines et les agrandir.