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Notre très lointain ancêtre Afrasia djijidae

  • Posté le : Lundi 11 Juin 2012
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  • par : L. Salters

Une équipe internationale de chercheurs rapporte la découverte au Myanmar des restes d’un nouveau primate anthropoïde âgé de plus de 37 millions d’années. La fin d’un doute sur notre passé asiatique.

David Quintoriano TarsierLes fossiles présenteraient des similitudes avec les actuels tarsiers.
© David Quintoriano

L’idée que les très lointaines origines de l’homme moderne (homosapiens) se trouvent en Afrique est depuis longtemps mise en doute. Mais aucun élément probant ne venait définitivement remettre en cause cette hypothèse. C’est désormais chose faite avec la publication des travaux d’une équipe internationale, emmenée par Jean-Jacques Jaeger, professeur et chercheur à l’Institut de paléoprimatologie et de paléontologie humaine : évolution et paléoenvironnements (CNRS, Université de Poitiers). Une publication à lire dans l’édition du 4 juin 2012 de la revue américaine Proceedings of the National Academy of Science. Cette équipe a fait la découverte, au Myanmar (ex Birmanie), de fossiles de quatre minuscules dents identifiées comme appartenant à une nouvelle forme de primate anthropoïde (présentant une certaine ressemblance avec l’homme). Son nom : Afrasia djijidae. Dans la classification phylogénétique du vivant, il appartient au groupe des éosimiiformes. D’après la taille de ces dents, à peine 1mm, la masse corporelle de l’animal aurait été d’environ 100 grammes, ce qui correspond à peu près à la masse d’un tarsier actuel (tout petit primate vivant dans les arbres en Asie du Sud-Est). Et il aurait entre 37 et 39 millions d’années. Cette découverte fait date car Afrasia djijidae présenterait des ressemblances saisissantes avec Afrotarsius libycus, un primate libyen légérement antérieur découvert il y a deux ans. Pour les chercheurs, les relations phylogénétiques entre les deux espèces sont évidentes.

Proximité génétique

Cette recherche suggère de façon quasi certaine que des membres d’Afrasia seraient partis d’Asie pour coloniser l’Afrique durant l’Eocène moyen (période se situant entre 48-39 millions d'années). “Chez les mammifères, l’héritabilité de ces caractères dentaires est très élevée”, explique Jean-Jacques Jaeger. Cela implique une proximité génétique et veut dire que les deux espèces partageaient un ancêtre commun très proche dans le temps. Comment une telle migration a-t-elle été possible puisqu’à cette époque, le paléo-océan Téthys (actuel océan Pacifique) séparait les deux continents devenus aujourd’hui l’Asie et l’Afrique ? “Les animaux ont profité de radeaux naturels fait de bouts de terre détachés au moment des crues de rivières, explique Jean-Jacques Jaeger. Ou bien ils ont migré d’île en île, au fur et à mesure des variations du niveau de l’océan”. Pour finalement arriver sur le continent africain.
Et pour les chercheurs, il est certain que la migration n’a pas eu lieu dans l’autre sens. “Cet animal appartient à un groupe très diversifié en Asie, détaille-t-il. On y trouve six espèces. Or en Afrique, il n’y a qu’une seule espèce du même animal. L’origine est donc asiatique.”
Les fouilles effectuées au Myanmar s’apparentent beaucoup à la recherche d’une toute petite aiguille dans une énorme meule de foin. L’équipe, environ 25 personnes, se retrouve sur place une fois par an pour une campagne de fouilles qui dure environ 8 semaines. Et cela depuis maintenant six ans. Les minuscules dents ont été trouvées à 700 kilomètres de l’ex-capitale du pays (Yangon), très loin des routes balisées. Le terrain est difficile d’accès et connu des chercheurs depuis le début du vingtième siècle. Impossible d’y emporter des machines, tout se fait à la main. L’activité principale consiste à tamiser la terre. Un travail long et fastidieux. Jean-Jacques Jaeger : “Lors de la dernière campagne, nous avons tamisé une dizaine de tonnes de terre. Nous plaçons l’argile séchée dans des tamis que nous passons sous l’eau. Nous analysons ce qui reste sous la loupe binoculaire.” Outil indispensable pour repérer des éléments aussi minuscules que des dents d’à peine 1 mm. “On a tout de suite compris qu’on était en présence de quelque chose qu’on ne connaissait pas encore”, raconte Jean-Jacques Jaeger.

Malgré le mini-séisme que suscite leur découverte, les chercheurs restent sereins lorsqu’il s’agit de la replacer dans la grande histoire de notre évolution. “Dire que l’homme est originaire d’Asie n’est pas tout à fait vrai, tempère calmement Jean-Jacques Jaeger. L’homme est originaire d’Afrique, c’est bien là qu’il s’est différencié il y a environ 7 millions d’années. Mais il est vrai que l’origine des singes anthropoïdes trouve sa source en Asie. C’est désormais une certitude”.