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QSEC : l’alimentation au menu des débats

  • Posté le : Lundi 30 Mai 2011
  • |
  • par : L. Salters

Questions de Sciences Enjeux Citoyens - QSEC - achève sa
deuxième édition. Plus étoffée que la précédente par le nombre
de participants, elle a rendu sa copie le 24 mai. Aux côtés de la
Région, l’Essonne participe à l’organisation du projet.

Débat de clôture QSEC 2011C’est dans l’assemblée du Conseil Régional que ce sont tenues les discussions.
© Laurent Salters/LookatSciences

Assemblée du Conseil Régional d’Île-de-France. Son installation de caméras s’orientant automatiquement vers qui parle et renvoyant l’image sur écran géant, peut impressionner. Pourtant, cela n’a pas semblé gêner le public qui avait remplacé les élus le temps d’une journée. Parmi eux, tout en haut, les élèves d’une classe accompagnés de leur enseignante ; juste à côté, un couple de personnes âgées ; dans les premiers rangs, Isabelle This Saint-Jean, Vice-présidente de région en charge de la recherche et de l’enseignement supérieur ; derrière elle, un adolescent prend des notes frénétiquement alors qu’une dame parle au micro juste à côté de lui ; plus haut, une femme lève la main pour demander la parole.

Cette assemblée hétérogène s’est réunie pour le débat de clôture de la seconde saison de Questions de Sciences, Enjeux Citoyens - QSEC. Le thème de l’année : l’alimentation. Comme lors de la précédente édition, la recette reste simple : des groupes de citoyens à travers toute l’Île-de-France ont passé près de six mois à réfléchir sur le thème sous toutes ses formes. La participation est plus importante que l’année dernière. En tout, 52 groupes répartis dans une quarantaine de villes. Soit plus de 1 000 franciliens impliqués à travers 300 rencontres.
La démarche de QSEC se découpe en trois temps. Chaque groupe définit sa problématique de travail. Le travail est ensuite organisé autour de rencontres avec des personnalités impliquées d’une manière ou d’une autre dans la thématique choisie : une chercheuse, un diététicien etc. Certains ont organisé des visites, à Rungis par exemple. Lors de la dernière étape, les groupes sont invités à formuler des propositions.
Le débat organisé mardi dernier au Conseil Régional constituait l’étape ultime de ce processus de réflexion collective. Quatre thèmes avaient été retenus pour organiser la discussion : nourrir la planète, notre système alimentaire, le choix du consommateur, culture et santé. Les groupes, qui ne s’étaient pas côtoyés durant les six mois des travaux, ont ainsi pu échanger.

Du temps pour le dialogue

QSEC, j’y suis extrêmement attachée, martèle en guise d’introduction au débat Isabelle This Saint-Jean. Car pour mettre en place les conditions d’un débat, il faut du temps. C’est la condition d’un dialogue de qualité entre citoyens, médiateurs, associations et collectivités territoriales”.
Très vite, le débat est lancé. Sur l’écologie et l’alimentation, une parisienne du quartier de la Goutte d’or intervient : “Nous, dans notre cave, on a fait nous-mêmes grandir des champignons de Paris et ça marche très bien”.
Sa voisine renchérit : “Ces préoccupations écologiques ne doivent pas être perçues comme des contraintes mais comme un meilleur moyen de vivre ensemble”. “Il faut des profits, mais des profits raisonnables qui ne nous écrasent pas”, ajoute un homme tout en haut de l’hémicycle. Cette juxtaposition de paroles très diversifiées au cours de la discussion est l’un des aspects marquant du projet. Et c’est justement la réunion de personnes de tous horizons et la possibilité de laisser la réflexion se nourrir de ces échanges qui permet d’y parvenir. Et le débat s’ouvrir à tous les points de vue.

Durant la pause, la discussion continue. Michaël Facchinetti vient de Provins, en Seine-et-Marne. Agé de 24 ans, il voudrait faire du journalisme. Son groupe est issu de la mission locale, une initiative qui vise à accompagner les jeunes dans leur projet professionnel. Ils ont travaillé sur la problématique des marques. “Ca a été une révélation, confit Michael sans hésitation. Avec QSEC j’ai trouvé un bon équilibre dans l’investissement. J’étais à la fois très près des choses et en même temps j’ai pu garder ma distance, mon point de vue et mon autonomie de penser”.
Autre département, autre public et autre expérience en Seine-Saint-Denis, à Montreuil. Florence Strigler, anthropologue de l’alimentation à l’Institut français pour la nutrition, a encadré un groupe de jeunes. Leur thème de travail : la culture alimentaire. “L’idée, c’était d’abord d’amener la science et les questions d’alimentation à eux avant de les faire participer aux débats, précise la chercheuse. Certains ne parlaient pas français donc nous avons dû réfléchir à des activités ludiques pour lancer la discussion.
Nous leur avons confié des appareils photos avec lesquels ils devaient prendre des scènes de repas chez eux. En séance, nous discutions ensuite des similitudes et des  différences
”. Une approche originale qui n’est pas étrangère au travail de cette  chercheuse, spécialiste des pratiques alimentaires de certaines communautés d’immigrés en France.
Dans l’hémicycle, les discussions semblent ne jamais devoir s’arrêter.
Quelques scientifiques sont là pour apporter des éclairages. “Cette année, les gens ont été mieux préparés au débat, confirme Nicolas Blémus, coordonnateur du projet QSEC pour la région Île-de-France. Les animateurs des groupes de travail ont davantage pris en compte cette étape. J’ai l’impression qu’il y a un bon mélange de spontanéité et d’interventions plus préparées”. Rendez-vous l’année prochaine avec cette fois des groupes de travail dans tous les départements de la région (le 92 et le 95 feront partie du dispositif).
Et un thème qui promet encore de bonnes discussions : l’argent.