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Qsec : quand la démocratie participative accompagne la science

  • Posté le : Lundi 21 Juin 2010
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  • par : L. Salters

Une centaine de personnes de toute l'Ile-de-France se réunissait samedi 19 juin pour la manifestation régionale d'un projet lancé il y a à peine un an.

Débat de clotûre QSECEncourager le citoyen à prendre la parole, l'un des objectifs de Qsec.
© LaurentSalters/LookatSciences

Une foule se presse devant l’Ecole nationale supérieure (ENS), rue d’Ulm à Paris. Jeunes, moins jeunes, retraités, actifs, hommes, femmes et adolescents forment ce public d’un jour. Ils sont tous là pour le projet Qsec : Question de sciences enjeux citoyens. Dans le grand amphithéâtre de l’ENS, "Qsec est un formidable dispositif pour créer le dialogue entre les politiques, les citoyens et les scientifiques", lance en préambule Isabelle This Saint-Jean, Vice-présidente chargée de l’Enseignement supérieur et de la recherche au Conseil régional d’Ile de France, principal contributeur du projet. Ne cachant pas son enthousiasme, elle poursuit : "C’est une occasion unique de laisser les citoyens s’emparer d’une problématique." Ici celui des sciences, de leurs enjeux et de leur impact sur notre quotidien.
 
C’est bien l’originalité de cette initiative. Lancée pour sa première édition en septembre 2009, Qsec (prononcé "Cul sec !") a pour objectif de faire participer les citoyens aux questionnements scientifiques. Le thème de l’année : la bioéthique. Et ce samedi matin, c’est la mise en commun régionale des travaux à laquelle ont participé une centaine de personnes. Un moment fort qui vient cristalliser six mois de travail. Pour organiser les échanges, la trentaine de groupes franciliens a travaillé en deux phases : des rencontres avec des scientifiques choisis par les membres des groupes, enrichis par des visites de musées ou des visionnages de films, puis une phase de synthèse avec production de supports innovants.
C’est le fruit de leurs réflexions,  réparties en quatre domaines : génétique et procréation, qualité de vie et fin de vie, les technologies de l’incertitude, bioéthique et éthique du politique, qui faisaient l’objet des débats ce samedi.

Dans l’amphithéâtre, ce sont les groupes qui participent aux débats. Sur les mères porteuses, la salle réagit. Un homme du groupe de Bretigny-sur-Orge : "Dans nos discussions, il est apparu que le principal problème de cette pratique était essentiellement lié à l’argent. Il ne faut pas que les mères soient payées. Sinon, c’est la place à toutes les dérives." Installée juste derrière lui, une femme prend le micro : "Notre groupe n’est pas pour les mères porteuses. Et que se passera t-il si l’enfant veut retrouver un jour sa mère biologique ? " M. Christian Byk, magistrat et spécialiste de bioéthique, intervient : "D’une manière générale, lorsqu’une nouvelle pratique médicale se met en place en dehors de tout contexte juridique, elle finit par créer une situation de droit avec le temps. C’est une réalité très importante à prendre en compte". Les micros n’ont pas de mal à trouver client. Signe de l’intensité des débats : la pause matinale est réduite de dix minutes pour laisser plus de place aux discussions.

Réflexion, restitution

Une participante des débats QSECDans l'amphithéâtre de l'ENS, les représentants d'une trentaine de groupes sont venus participer.
© LaurentSalters/LookatSciences
"Qsec, c’est ça : des citoyens qui, ensemble, élaborent une réflexion, nous commente à la pause Nicolas Blémus, coordinateur régional de Qsec. Il y a tout un tas de sujets aujourd’hui qui ne sont pas strictement scientifiques mais qui concernent les sciences. Et pour pouvoir débattre de ces enjeux, il faut avoir un certain nombre d’informations. Avec Qsec, les citoyens ont abordé les sujets dans leur complexité. Et d’ajouter : là, on fait vraiment de la médiation." Christian Byk, qui a suivi le projet de très prés, confirme : "Le contenu des réflexions n'est pas si  nouveau que ça. Ce qui est très positif, c'est que les participants ont appris à s'exprimer, écouter, réfléchir sur ces enjeux."
Cet événement est une présentation  à l’échelle régionale. Le département de l’Essonne organise début juillet une restitution à son niveau. Cette fois, les groupes seront invités à présenter un travail de création inspiré de leur réflexion. Ici, pas de limite. Les ateliers ont laissé libre cours à l’imagination. Du hip-hop en passant par la vidéo ou le spectacle de théâtre.
Fin de la pause. Le débat reprend. Un homme de Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis) se lève pour prendre le micro : "Dans cette phrase, le mot performance me dérange. Que veut-on dire par performance ? Qu’est-ce qu’on veut améliorer exactement ? " Christian Byk reprend la parole : "C’est vrai que le corps est devenu un élément central de revendication" ... Où quand la démocratie participative accompagne la science.