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QSEC, une troisième saison aux mains d’argent...

  • Posté le : Lundi 12 Décembre 2011
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  • par : L. Salters

La troisième saison de Questions de Sciences, Enjeux Citoyens est lancée sur une thématique qui possède une forte actualité : l’argent. Cette année, 80 groupes de citoyens sont associés à l’opération.

actu qsec argentCette année, ils ne seront pas les seuls à se poser des questions sur la crise économique.
© Comission Européenne

"Qsec recrée les conditions d’un dialogue entre trois pôles : les concitoyens, les politiques et les scientifiques”. En une phrase, Isabelle This Saint-Jean, Vice-présidente de la Région Ile-de-France, chargée de l’enseignement supérieur et de la recherche, expose ce que sont pour elle les particularités de Questions de sciences, enjeux citoyens (QSEC, prononcez cul-sec !), un projet de médiation scientifique pour le moins unique en son genre. Le 5 décembre dernier, dans les locaux du Conseil Régional, elle en lançait officiellement la troisième édition.

Après la bioéthique et l’alimentation, c’est sur le thème de l’argent que vont plancher près de 80 groupes de travail constitués d’habitants à travers l’Ile-de-France. Cette année, tous les départements sont représentés. Durant 6 mois, les groupes vont esquisser une réflexion à travers des débats, des rencontres avec des scientifiques, des visites d’expositions ou de laboratoires etc. “C’est la force de ce projet, souligne Isabelle This Saint-Jean. Les habitants s’emparent de la problématique et formulent des idées et des analyses”. Le point d’orgue de l’opération se situant en mai 2012, date de l’organisation d’une grande restitution qui aura sans doute lieu au Conseil Régional.   
Jérôme Blanc, économiste et maître de conférence à l’université Lyon 2 est membre cette année du comité scientifique de QSEC. Dans ses travaux de recherche, il aborde la monnaie dans ses diverses dimensions : historique, sociologique, politique et économique. “Aussi loin que l’on puisse remonter, la monnaie fait partie de l’histoire des sociétés humaines et ont contribué à leur reproduction et à leur déploiement”, résume t-il.

Quelle différence faites-vous entre la monnaie et l’argent ?

Elle n’est pas très évidente. La monnaie renvoie d’abord à une question théorique pour les économistes. Ils la perçoivent essentiellement d’un point de vue quantitatif. L’argent, c’est la manière dont les gens utilisent, pensent, perçoivent la monnaie.
Prenons l’exemple de l’héritage. Pour un économiste, ça n’a pas de sens d’affirmer que l’argent d’un héritage n’est pas utilisé de la même façon que le salaire régulier. Pour lui, l’ensemble constitue une certaine quantité de revenu et c’est ce qui importe. De leur côté, le sociologue et l’anthropologue vont s’intéresser à ce que les gens font de cet argent. Et notamment en fonction de sa provenance. On n’utilise pas de la même manière l’argent d’un héritage, l’argent gagné au jeu ou encore les allocations familiales.

Dans certaines sociétés dites primitives, l’argent n’a pas la même place, il est remplacé notamment par le troc. Quelle place tient l’argent dans ces sociétés ?

Le troc ne remplace pas l’argent. C’est une vue de l’esprit. Ce que montrent les anthropologues, c’est qu’il existe des objets qui sont utilisés dans des contextes de circulation de richesses. Ce sont des objets circulants (par exemple des coquillages - ndlr) qui constituent une forme de monnaie. Elle n’est pas forcément associée au marché et ses usages sont très particuliers. L’absence de marché et de monnaies comme chez nous n’interdit pas l’existence de la monnaie en tant que tel dans ces sociétés. Mais la question de la souveraineté politique est complètement absente de beaucoup de ces monnaies "primitives". (1)

Dans le contexte actuel de crise monétaire, comment situez-vous un projet comme QSEC ?

Ce que je trouve très intéressant, c’est qu’un certain nombre de personnes vont se creuser les méninges autour des questions d’argent. Et on en a besoin, car la monnaie est trop confisquée par le pouvoir technocratique. Le pouvoir politique, lui, a largement abandonné toute maîtrise de ces questions. Il faut donc démocratiser la question de la monnaie et à ce titre, il est très positif que les gens développent une réflexion critique par eux-mêmes.

 

Note : (1) Il est communément admis que le souveraineté politique est liée à la capacité d’un état à contrôler sa propre monnaie.