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Quand l'étude des gènes traque le cancer du sein

  • Posté le : Mardi 6 Avril 2010
  • |
  • par : L. Salters

GenoSplice, une toute jeune société de biotechnologie intégrée au Génopole d'Evry, vient d'annoncer avoir franchi une nouvelle étape dans le pronostic de l'évolution du cancer du sein chez la femme.

Station de mammographie numérique.Station de mammographie numérique.
© Garo / Phanie

Les chercheurs et médecins du monde entier le savent bien : dans la lutte contre le cancer du sein (comme pour les autres types de cancers), le dépistage est le "nerf de la guerre". Plus on intervient tôt dans le diagnostic (c’est-à-dire le dépistage) et dans le pronostic (c’est-à-dire la prédiction de l’évolution de la maladie), plus on a de chances de le guérir. Et dans ce domaine, une étape vient d’être franchie par GenoSplice, une toute jeune société de biotechnologie intégrée au parc Génopole d’Evry. Ses responsables ont annoncé au mois de février avoir trouvé le moyen d’améliorer de manière notable la classification des cancers du sein.
Le degré de précision de cette classification est pour l’instant inégalé. "A l’avenir, cela permettra de mieux prévoir la progression de la tumeur, d’adapter les traitements, de les personnaliser", détaille Pierre de la Grange, Directeur Scientifique de GenoSplice.

Algorithme

Ces travaux sont le fruit d’une collaboration entre secteurs privé (GenoSplice) et public : équipes de Rosette Lidereau (Centre René Huguenin, Institut Curie), Didier Auboeuf (Laboratoire d’oncogénèse et de progression tumorale - Inserm Lyon), Stephan Vagner (Laboratoire d’oncogénèse, signalisation et innovation thérapeutique - Inserm Toulouse) et Jamal Tazi (Institut de génétique moléculaire de Montpellier - CNRS). L’étude, publiée dans la revue Cancer Research, a été financée par l’INCa (Institut National du Cancer).
"De notre côté, nous nous sommes occupés de l’aspect bioinformatique", continue Pierre de la Grange. "Aujourd’hui, pour pouvoir traiter les masses de données auxquelles nous sommes confrontés en étudiant les gènes, il faut utiliser l’informatique de manière poussée. C’est ce GenoSplice a fait pour ce projet. Nous avons développé un algorithme pour classer, gérer et interpréter les données".
Ce projet en a généré plus de 80 millions, essentiellement les gènes et leurs exons (les sous-éléments des gènes). "Au fur et à mesure de l’évolution de la maladie, nous regardons comment varie chaque gène, chaque sous-élément du gène etc. La quantité présente (forte ou faible) de sous-éléments dans un prélèvement, peut être directement liée au pronostic de la patiente correspondant".
Pour arriver à ces résultats, il a fallu dans un premier temps injecter à un groupe de souris des lignées cellulaires de tumeurs. "Les souris ont développé des tumeurs dont nous avons prélevé des morceaux qui ont été analysés grâce à des puces à ADN (technique qui permet d’obtenir les données des gènes - NDLR)", explique Pierre de la Grange. "Ensuite, nous avons mis en parallèle ces résultats avec les échantillons de 104 patientes atteintes d’un cancer du sein. Cela nous a permis de comparer les quantités de sous-éléments avec le pronostic de ses patientes".

Brevet du vivant

A terme, après avoir validé ces résultats sur un grand nombre de patientes, que peut-on espérer ? “On peut imaginer breveter un kit de tests de pronostic à partir des résultats de ce type d’approche. On opérerait un prélèvement sur la patiente en vue d’évaluer en quelques heures la manière dont va évoluer son cancer”, imagine Pierre de la Grange. "Il existe déjà des kits de tests de pronostic du cancer du sein, mais qui se limitent à certaines catégories de patientes, selon les types de cancers".
Mais la notion de brevet dans ces domaines, avec ces kits de test de pronostic par exemple, ne pose t-elle pas des problèmes éthiques ? Récemment, Myriad Genetics, une société de biotechnologie basée à Salt Lake City (USA), a vu son dépôt de brevet sur les gènes humains BRCA1 et BRCA2, justement impliqués dans le cancer du sein chez la femme, invalidé par un juge de New York. “Le cas de Myriad est délicat. Le génome humain fait partie du patrimoine mondial de l’humanité. En revanche, déposer un brevet est tout à fait possible et même souhaitable pour faire évoluer la recherche. C’est ce que nous voudrions faire à terme avec ces kits de test de pronostic pour les patientes”, nuance Pierre de la Grange. GenoSplice se projette déjà dans l’avenir.