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Quelles sont les frontières "naturelles" de l'Himalaya ?

  • Posté le : Lundi 19 Janvier 2009
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  • par : A. Joseph

Au laboratoire Milieux, sociétés et cultures en Himalaya du CNRS, des géographes redessinent les cartes de ce territoire asiatique. En effet, la mise en place d'espaces protégés modifie l'occupation de la chaîne himalayenne.

Digue dans un village mising - Parc national de KazirangaVillageois mising en bordure du parc national de Kaziranga en Assam (Nord-Est indien). La mince barrière de bois représente une "nouvelle frontière environnementale" que les villageois et leurs troupeaux ne peuvent franchir. La faune sauvage en revanche (éléphants et rhinocéros) la franchit fréquemment causant des dommages importants aux récoltes, troupeaux, maisons, voire blessant des villageois.  
© B. Ripert - février 2006

"Le mot territoire est surtout utilisé pour parler d’un État ou d’une nation, mais depuis les années quatre-vingts on l’utilise aussi en sciences humaines pour évoquer un espace occupé par une population qui se regroupe autour d’une politique ou d’une culture," campe d’emblée Joëlle Smadja, directrice du laboratoire Milieux, sociétés et cultures en Himalaya, basé à Villejuif. Le 8 janvier, elle a présenté ses recherches lors d’une journée consacrée à l’Himalaya, organisée par le Réseau Asie.

En Himalaya, les frontières d’un territoire sont essentiellement déterminées par des critères religieux, linguistiques, ethniques, etc. Par exemple, la carte du Népal communiste montre une régionalisation du territoire par ethnie. Mais depuis vingt ans, les espaces naturels font partie de ces critères. Il existe sur la chaîne himalayenne une centaine d’aires protégées : parcs nationaux, réserves de biosphère, zone de conservation,… Alors que ces territoires couvrent 3,4 % du globe, ils occupent au Bhoutan pas moins de 40 % de l’espace et au Népal près de 18 %. Dans certaines régions asiatiques, les frontières de ces territoires "naturels" sont surveillées et protégées par l’Armée. Ils ont leurs propres subdivisions spatiales : zones tampon, zones de transition, corridors, etc. Et disposent également de leur propre législation, généralement écrite selon les règles des organisations internationales.

Le présupposé est que ces espaces sont réservés à la flore, la faune et aux touristes. Les populations locales n’y ont plus droit de cité : impossible d’y habiter ou d’y prélever des ressources naturelles. À chaque extension des parcs, les populations voisines sont déplacées, sans contrepartie ni rétribution. En revanche, elles sont tenues de soigner et respecter les zones protégées. Vidés de leur histoire culturelle, religieuse ou linguistique, ces territoires brident toute citoyenneté ou sentiment d’appartenance à un groupe d’humain. Une telle déstructuration de la société est justement l’un des premiers facteurs de dégradation de l’environnement.

Les villages se retrouvent enclavés et la nature sanctuarisée. Or les frontières de ces sanctuaires n'ont pas plus de sens pour les hommes que pour la flore et la faune. "À trop vouloir conserver la nature, on la fige en oubliant qu’elle évolue. Aussi, les animaux eux-mêmes ne respectent pas les frontières des parcs naturels," souligne la géographe. Ainsi, les autorités déploient d’importants moyens soit pour réimporter les rhinocéros qui franchissent les frontières de leur parc, soit pour éviter les hybridations entre animaux, soit pour limiter l’invasion de mimosa,… "Au final, explique Joëlle Smadja, cette gestion du territoire cristallise les revendications ethniques : certains réclament leur autonomie et celle des zones protégées, d’autres s’appuient sur la protection de la nature pour stigmatiser telle ou telle ethnie."

Portée au départ par un souci de préservation, la création de ces territoires protégés semble induire au contraire une dégradation de la situation générale, aussi bien pour les habitants que pour l’environnement.

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