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RESIF, un consortium à l’écoute de la Terre

  • Posté le : Lundi 20 Février 2012
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  • par : L. Salters

Près de 14 instituts et laboratoires forment ce nouveau maillage destiné à mieux anticiper les risques telluriques et développer l’étude de la terre interne.

lookatsciences sismographe1 Un sismographe.


© Pasquale Sorrentino / LookatSciences

Prendre le pouls de notre sol. Le surveiller dans ses différentes profondeurs, savoir l’écouter en permanence et être attentif à ses mouvements, ses moindres manifestations. Recueillir toutes ces données, les classer, en assurer la cohérence et les mettre à disposition des chercheurs sur un site internet dédié. Voilà les objectifs du Réseau géodésique et sismologique français, désormais connu sous le nom de Resif. Lancé début février, ce consortium (aussi qualifié de très grande infrastructure de recherche) regroupe 14 instituts et laboratoires, fédère pour la première fois les moyens de surveillance de la terre interne et des risques telluriques (tremblements de terre) en France. « Mais la nouveauté, c’est aussi l’accès à l’ensemble des données en temps quasi réel », précise René Crusem, responsable du Laboratoire de Détection et de Géophysique du CEA basé à Bruyères-le-Châtel en Essonne, et président du tout nouveau comité de direction de Resif. Faisant partie intégrante du projet, un centre d’archivage et de redistribution situé à l’Université Joseph Fourier de Grenoble assurera la mise à disposition de toutes ces informations.
Par rapport aux pays limitrophes en Europe, la France avait du retard dans la surveillance de ses sous-sols. « Si on consulte des cartes européennes d’implantation des stations de mesure, c’est frappant, note René Crusem. Chez nous, les capteurs sont essentiellement concentrés sur les zones dont l’activité sismique est régulière, dans les Pyrénées et les Alpes ».

 Trois types de mesures pour mieux connaître la Terre


Trois types de mesures seront regroupés. Le premier concerne la surveillance de ce que les scientifiques nomment  la déformation lente de la terre. En France, la plaque terrestre ne se déforme en moyenne que de moins d’un 1mm par an. C’est très peu comparé à la Grèce, la Crète ou la Turquie qui enregistrent des mouvements de plusieurs centimètres en une année. La surveillance s’effectue par récepteurs GPS et gravimètres, et est complétée par l’imagerie satellitaire. A intervalles réguliers les mesures sont prises et leur analyse permet d’obtenir une image des déformations lentes à grande échelle de la croûte terrestre.
Le second groupe de mesures concerne des modifications plus ponctuelles et plus rapides consécutives par exemple à des glissements sur des failles en relation avec des séismes. Des déformations du paysage ou des éboulements par exemple. Lors d’un séisme, les ondes sismiques qui se propagent dans le sol sont détectées par des sismomètres. Leur analyse permet aux scientifiques de mieux connaître les sources sismiques ainsi que la nature du sous-sol.
Enfin, les accélérations du sol consécutives à de forts séismes sont également surveillées. « Ce sont les variations de vitesse du sol au cours du temps lors du passage d’une onde sismique », explique René Crusem. Les constructions y sont particulièrement sensibles. Pour les mesurer, on utilise des accéléromètres.
En tout, ce sont près de 750 instruments de mesures sismologiques et géodésiques à travers la France qui seront mis au service de ce maillage pour obtenir des données plus fines. A l’horizon 2020, 150 nouveaux instruments de mesures devraient faire partie du dispositif.  
 
Mais dans une région comme la nôtre, peu exposée aux forts tremblements de terre, pourquoi un tel effort ? Outre sa contribution à la connaissance des risques naturels et à leur prévention, l’un des objectifs de Resif est notamment de mieux connaître la structure des sous-sols. René Crusem : « A l’avenir, cette meilleure connaissance peut être très utile en vue de l’exploitation des ressources naturelles par exemple. Cela permettra de mieux identifier les gisements potentiels de matières premières. Une autre problématique est celle du stockage souterrain. On commence par exemple à se poser la question pour le CO2 que certains envisagent d’enterrer. La technologie est encore à développer et les pays du nord de l’Europe sont plus en avance que nous sur ces questions. Mais où mettre ce CO2 de manière à le faire disparaître : à quelle profondeur, dans quelle couche géologique ? Resif peut nous apporter des éléments de réponses ».
Financé dans le cadre du grand emprunt à hauteur de 9,3 millions d’euros, Resif devrait intégrer à termes le grand réseau EPOS qui fédère les moyens de surveillance de la Terre à l’échelle européenne.