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Rythmes scolaires : “Un décalage horaire continuel”

La France est le pays européen qui conjugue journée scolaire la plus longue et année scolaire la plus courte. Loin d’être favorable au bon apprentissage et à la qualité de vie des enfants, ce rythme peine pourtant à être modifié.

enfant rythme scolaireLa fatigue des enfants, l'enjeu des rythmes scolaires.
© Catherine Pouedras/LookatSciences

Le ministre de l’Education nationale Vincent Peillon et le Premier ministre Jean-Marc Ayrault ont lancé, le 5 juillet dernier, la concertation pour la refondation de l’Ecole. Elle fera, dès cet automne, l’objet d’une loi d’orientation et de programmation. C’est également dans ce cadre, que les vacances de la Toussaint passeront cette année d’une à deux semaines, et qu’est remise en cause la semaine de quatre jours.
Le chronobiologiste et membre de l’Académie de médecine Yvan Touitou a travaillé au CHU de la Pitié-Salpétrière sur ces questions de rythmes scolaires. Impliqué dans l’élaboration des différents rapports soumis aux gouvernements, il se désole de la lenteur de la mise en place de mesures réellement adaptées aux enfants. Le verdict des experts ayant pris part à la précédente concertation, initiée par le ministre de l’Education nationale de l’époque Luc Chatel était clair : les élèves se disent très fatigués.

Banque des savoirs : Le rythme scolaire français actuel est-il adapté aux enfants ?

Yvan Touitou
: Non. Cette semaine de quatre jours est un contre-sens total et doit disparaître. Les enfants se plaignent de fatigue, en partie liée à l’école. Elle est plus particulièrement due à une désynchronisation, c’est-à-dire que leur horloge biologique interne n’est plus en phase avec l’horloge astronomique. Les pays les plus en adéquation sur ce point sont ceux du Nord : Norvège et Finlande. 
Nous avons la journée la plus longue et l’année la plus courte. Pour améliorer la situation, la première chose à faire serait donc de raccourcir la journée scolaire et d’allonger l’année scolaire. L’enfant garderait le même temps de présence à l’école, mais son temps d’apprentissage quotidien face au maître serait réduit. Il pourrait ainsi consacrer le reste de son temps à des activités telles que le sport ou la musique. Et si le programme doit rester identique, cela signifie qu’il faut allonger l’année pour récupérer des heures de travail face au maître.

BDS : Seriez-vous plutôt favorable à ce que soit ajoutée une demi-journée le mercredi ou le samedi ?

Yvan Touitou : L’idéal serait le samedi matin. Lorsque se présentent deux jours de libre d’affilée, comme c’est le cas en ce moment le week end, et que les parents ne contrôlent ni les heures de lever ni les heures de coucher, l’enfant a tendance à aller au lit tard et à se lever tard. Par conséquent, il se met en position de "jet-lag" continuel semaine après semaine. Cela dit, il existe des impératifs sociétaux, et on peut comprendre que certains parents préfèrent deux jours d’affilée le week end et ne pas se lever le samedi matin. Dans ces conditions, si le samedi doit être vaqué, il faut inciter les parents à faire attention au sommeil de leur enfant. Ce point précis sera probablement laissé à la libre appréciation des inspecteurs d’académie et des conseils d’école.

BDS : Quel est votre avis sur l’allongement à deux semaines des vacances de la Toussaint mis en place par Vincent Peillon ?

Yvan Touitou : C’est une très bonne chose. L’enfant est davantage fatigué en automne et en hiver. C’est une mesure qui avait été mise en chantier par Jean-Pierre Chevènement à l’époque où il assurait les fonctions de ministre de l’Education nationale. Sous son mandat, les vacances de la Toussaint étaient passées à 10 jours. Les séquences enchaînant sept semaines de travail puis deux semaines de vacances sont ce que l’on a trouvé de plus adapté jusqu’à présent. Qu’il s’agisse de la semaine de quatre jours et demi ou de l’allongement des vacances de la Toussaint, je considère que c’est un début mais qu’il faut poursuivre les efforts dans ce sens et détricoter les rythmes auxquels sont soumis actuellement les enfants.

BDS : Quel est le rythme journalier idéal pour un enfant ?

Yvan Touitou : Il y a les enfants des villes et les enfants des champs qui dépendent du ramassage scolaire et se lèvent très tôt. Tout ceci est donc une affaire de bon sens. Le principe est de garder quatre heures et demie de travail effectif avec le maître pour les petits et cinq heures pour les grands. Mais pour tous, ces heures d’apprentissage doivent impérativement comprendre le temps nécessaire aux devoirs. Ceux-ci doivent être faits dans le cadre de l’école et non à la maison. L’enfant est ainsi plus serein en quittant l’école.

BDS : Etes-vous optimiste quant la prise en compte de vos travaux ?

Yvan Touitou : Cela fait 30 ans que l’on répète inlassablement la même chose. Il y a un peu de désabusement de la part des scientifiques. Ils se heurtent continuellement à des lobbies, au tourisme, aux parents, aux enseignants, aux syndicats, etc. Chacun veut conserver son pré carré. Mais si personne n’y met un peu du sien nous n’arriverons à rien.