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Scrutin présidentiel sur différents modes

  • Posté le : Mardi 10 Avril 2012
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  • par : L. Salters

L’Ecole Polytechnique de Palaiseau lance une expérience de simulation, via le web, qui invite les futurs électeurs à voter selon quatre techniques d’élection.

Scrutin présidentiel sur différents modesUne urne pour imaginer un  "vote au pluriel"?
© Pierre-alain-dorange

Dans toutes les démocraties du monde, l’élection au suffrage universel fait l’unanimité. Mais il n’en va pas de même pour le mode de scrutin, ce “mode d’emploi” en quelque sorte des élections, qui d’un pays à un autre change et détermine fortement les résultats. Un groupe de chercheurs de l’Ecole Polytechnique de Palaiseau, de l’Université de Montréal et de l’Ecole d’économie de Toulouse propose une expérience originale : “Vote au pluriel”. A l’occasion des élections présidentielles françaises, les scientifiques ont créé un site web (http://voteaupluriel.org) où ils invitent les internautes à voter selon quatre modes de scrutin radicalement différents : le système français, le système irlandais, le mexicain et le vote par approbation utilisé par certaines associations. Les candidats sont ceux de l’élection présidentielle française. L’objectif est double : tenter de mieux comprendre comment les modes de scrutin modifient le décompte final, et peut-être le résultat, et aussi informer le grand public sur les autres techniques de vote. Avec en filigrane cette question : existe t-il un “meilleur” système ?

“L’élection présidentielle en France est un moment assez magique, très fort symboliquement, commente Jean-François Laslier, chercheur au CNRS, enseignant en économie à l’Ecole Polytechnique, et co-iniateur de “Vote au pluriel”. C’est le moment rêvé. Par le passé, nous avons déjà procédé à des expériences similaires dans des bureaux de vote. Nous proposions aussi d’essayer d’autres systèmes de vote. Avec internet, la mise en place est plus simple et nous touchons un plus grand nombre de personnes”.

 Règle du jeu

Pour l’internaute-votant, la règle du jeu est très simple : imaginer comment il voterait s’il était amené à le faire suivant les différentes techniques proposées. Les quatre systèmes testés sont très différents. En Irlande, les électeurs classent les candidats par ordre de préférence. Le décompte s’effectue selon un mode de calcul complexe intégrant le transfert des votes comptabilisés pour les candidats éliminés vers les candidats toujours en lice. Au Mexique, les électeurs votent pour un seul candidat. Le vainqueur est celui qui obtient le plus de voix. Il n’y a pas de second tour. Obtenir 23% des suffrages par exemple peut suffire pour être élu. En France, on vote pour un seul candidat également mais si aucun des favoris ne passe la barre des 50%, les deux premiers concourent à nouveau lors d’un second tour.
Enfin les internautes pourront également s’essayer au vote par approbation. Dans ce mode de scrutin, fréquent dans le monde associatif mais qui n’est utilisé dans aucun pays, le votant indique pour chaque candidat s’il le soutient ou non. On peut ainsi soutenir 2, 3, 4 personnes ! Plus encore si on veut.

 Adaptation

“Même s’il n’y en a pas tant que ça, tous les systèmes de vote ne se prêtent pas forcément à ce type d’expérience,
nuance Jean-François Laslier. Le système américain par exemple, avec ses grands électeurs est difficile à reproduire”. L’année dernière, une simulation de vote sur site web avait été menée par la même équipe de chercheurs pour les élections législatives en Ontario (Canada) (http://www.threeontariovotes.ca/home.php?lg=fr). Près de 9 000 personnes avaient participé. L’expérience montrait qu’entre un vote uninominal simple (pratiqué là-bas) et un vote à la proportionnelle, une personne sur cinq votait de façon différente.

En France, Jean-François Laslier a participé à une expérience en bureau de vote lors des présidentielles de 2007. Il était proposé de noter les candidats et de voter par approbation. L’opération fut un succès. “Le fait que les gens soient contents d’essayer autre chose montre que l’expérience a un sens, analyse Jean-François Laslier. Nous nous sommes rendus compte que le public n’avait aucun mal à s’adapter et à s'approprier un nouveau système. Les gens remplissaient sans problème des bulletins de vote qui n’avaient pas la forme habituelle”. Le vote par note avait été notamment apprécié car il permettait par exemple aux électeurs de s’exprimer avec nuance sur chaque candidat.

L’expérience “Vote au pluriel” s’arrêtera le 21 avril au soir, la veille du premier tour. Les résultats virtuels seront divulgués après la fin du processus électoral officiel. Jean-François Laslier : “Nous voulons éviter tout amalgame. Notre expérience ne doit pas être confondue avec un sondage. Nous ne diffuserons rien avant le 6 mai. Mais ce que je peux vous dire, c’est que les gens restent en moyenne dix à douze minutes sur le site, ce qui est long et montre qu’ils sont intéressés. Et nous avons déjà eu énormément de connexions”.