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Sida : la bithérapie en prévention

  • Posté le : Lundi 13 Décembre 2010
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  • par : L. Salters

Des travaux menés par des chercheurs américains montrent que la prise d'antirétroviraux réduit les risques d'infection au VIH. Verra-t-on cette solution se généraliser ?

Traitements à base de trithérapie Les traitements à base de trithérapie nécessitent souvent des ajustements.
© Hubert Raguet@LookatSciences

A t-on trouvé l’arme ultime en matière de prévention contre le sida ?

Une étude parue récemment dans le New england Journal of medecine révèle que la prise quotidienne d’une pilule combinant deux antirétroviraux permettrait de réduire jusqu’à 73 % le risque d’infection au VIH.

A une époque où les recherches se sont beaucoup orientées sur la solution du vaccin, ces résultats semblent enrichir à terme la palette des possibilités dans la prévention, un levier essentiel pour enrayer la pandémie au niveau mondial.

Emmené par le Pr. Robert M. Grant, de l’Institut de Virologie et d’Immunolgie de l’Université de Californie San Francisco (UCSF), l’étude a été menée conjointement dans six pays : Le Pérou, l’Equateur, l’Afrique du Sud, le Brésil, la Thaïlande et les Etats-Unis. Les auteurs de l’étude ont fait le choix de travailler avec des hommes homosexuels, une population potentiellement exposée au virus. 2 499 hommes homosexuels, séronégatifs au début des essais, ont été impliqués dans les tests sur une période allant de juillet 2007 à décembre 2009.

Durant ce cycle de deux ans et demi, la moitié des volontaires devait prendre une pilule contenant deux antirétroviraux largement utilisés dans les trithérapies : l’entricitabine et le tenofovir (ils limitent la capacité du virus à se répliquer). L’autre moitié des hommes à pris un placebo. Au terme de l’étude, 64 hommes ayant pris le placebo ont été infectés par le virus. Alors que seulement 36 ayant pris la pilule contenant les anti-rétroviraux ont contracté le virus. Résultats : la prise de cette pilule réduit les risques d’infections de 43 % chez ceux qui suivaient plutôt sérieusement le protocole. Ce taux monte à 73 % si les hommes ont pris leur pilule scrupuleusement tous les jours.

Solution concrète ?

Mais jusqu’à quel point ce traitement quotidien sous bithérapie peut-il trouver une traduction concrète dans la prévention contre le virus ?

“L’étude a été bien conduite, estime le Dr. Richard Benarous, chercheur et fondateur de Cellvir, une société de recherche basée à Romainville spécialisée dans les anti-rétroviraux de nouvelle génération et qui ciblent les interactions virus-cellules infectées. Elle fait la démonstration importante de l’efficacité des traitements rétroviraux en préventif sur une longue période. Cependant, cela revient à traiter en préventif et quotidiennement des gens qui courent un risque d’infection mais qui ne sont ni infectés ni malades. Or ces traitements ne sont pas anodins”.

Parmi les effets secondaires les plus fréquents on recense les maux de tête, les nausées, les vomissements, la perte d’appétit ou encore les diarrhées et les problèmes de peau. "Par ailleurs cet élargissement de l’utilisation des antirétroviraux risque de conduire à une transmission accrue de virus résistants, souligne Richard Benarous. Cette approche thérapeutique préventive doit donc être considérée avec précaution." A cela s’ajoute une dimension astreignante : comme le montre l’étude, les antirétroviraux en préventif, comme pour les trithérapies actuelles, ne sont efficaces que s’ils sont pris très régulièrement. "L’usage préventif d’antirétroviraux sur une longue période et pour de larges populations est difficilement concevable, estime en conclusion Richard Benarous. Il faudra continuer à l’avenir à élargir les trithérapies à un maximum de patients infectés par le VIH, à renforcer les campagnes de prévention et de dépistage, à accroître les efforts de recherche pour la mise au point d’un vaccin, de microbicides efficaces, et de nouveaux traitements actifs sur les virus résistants. Car l’un des problèmes du sida, c’est que le virus mute très rapidement." Et Richard Benarous de rappeler qu’en matière de prévention, le préservatif reste au jour d’aujourd’hui la meilleure solution.