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Speed sciences : 7 minutes pour convaincre !

100 jeunes originaires de toute la France ont été sélectionnés pour échanger avec les plus grands scientifiques. Reportage sous les ors de l’Académie des sciences.

science-datingAu premier plan, Etienne-Emile Beaulieu et Serge Haroche.
© Elizabeth Schneider / Look at Sciences.

- Comment se passe le métier de chercheur ?
- C’est un mélange de théorie et d’expériences que l’on essaie de mettre en place. Le métier est passionnant. Il vous met en contact avec des gens de cultures très différentes, mais avec qui vous parlez le même langage des sciences. Et vous, que voulez-vous faire plus tard ?
- Si j’y parviens, je ferai un doctorat de mathématiques.
- Moi aussi j’ai commencé par les maths. Mais cela m’a paru trop abstrait. Et je me suis tourné vers la physique.

Voilà l’échange entre Serge Haroche, le tout nouveau prix Nobel de physique 2012 et une jeune étudiante en math-info, Michi Rakotonarivo. C’était lors du premier Speed Sciences organisé à l’Académie des sciences samedi 13 octobre. La jeune fille de 18 ans était loin de se douter que sur la liste des dix académiciens avec lesquels elle serait amenée à “speed-dater”, figurerait Serge Haroche.

Et ils sont cent au total à avoir eu le privilège de participer à cet événement original, mis sur pied dans le cadre de la Fête de la science. Les règles du jeu en sont simples : pendant deux heures, en tête à tête, les jeunes rencontrent cent scientifiques français parmi les plus grands. Les médecins et biologistes Etienne-Emile Baulieu et Alim-Louis Benabid, le physicien Etienne Klein ou encore le neuroscientifique Stanislas Dehaene, pour ne citer qu’eux. Toutes les sept minutes, un gong retentit et chaque jeune entame un nouvel échange avec un nouveau chercheur.

Le théâtre de ce speed-dating : une grande et belle salle de l’Académie. 100 petites tables rondes sont alignées les unes à côté des autres, en rang serré.

Des jeunes déjà motivés

- Vous êtes le seul chimiste sur ma liste !, lance Mazhéva, étudiante en 3e année de chimie à l’université de Rennes.
- Avez-vous une idée de ce que vous voulez faire plus tard ?, lui demande le chimiste Gérard Férey, médaillé d’or du CNRS 2010.
- J’hésite entre la chimie organique et inorganique.
- Il n’existe qu’une seule chimie, il n’y a pas de frontière ! La chimie est une aventure. Il ne faut avoir peur de rien. Bien sûr la recherche est exigeante et ne rapporte pas beaucoup d’argent...
- Je sais. Les profs nous le répètent tous les ans.

-Mais l’important c’est d’avoir une vie heureuse. Si c’était à refaire, je ne changerais rien. C’est un combat. Mais les plaisirs que l’on peut ressentir lorsque l’on trouve quelque chose, sont inimaginables !
Le gong résonne et il tend sa carte de visite à l’étudiante.  

Pour ces 100 jeunes triés sur le volet, les sept minutes se sont parfois écoulées trop vite. Pour d’autres, le temps a probablement dû passer plus lentement : “Je suis en classe préparatoire, je veux faire de la recherche en maths. Je suis déçue de ne pas avoir de mathématiciens sur ma liste.”Ils sont pourtant rares les privilégiés à avoir pu participer à ces rencontres.Aussitôt le questionnaire de sélection mis en ligne en juin dernier, ce sont près de 500 jeunes qui ont planché sur les questions : “Facile de réussir, c’était un QCM avec des questions de sciences”, raconte Louis Combaldieu, 17 ans, en terminale scientifique, un brin sûr de lui. Pour moi, c’est un idéal de rentrer à l’Académie. La question que je me pose est : pourrais-je en arriver là un jour ? Serge Haroche était major de promo à Polytechnique...”

Pour d’autres, l’objectif est très différent. Céline Caro, 15 ans en seconde générale, voulait elle lancer un défi aux chercheurs : “La science ne me passionne pas forcément mais j’ai vu un reportage sur Arte dans lequel une expérience m’a beaucoup marquée. On prend l’ADN lumineux de la luciole, puis on l’implante dans les feuilles d’arbres. Pourquoi ne pas l’utiliser pour éclairer les rues la nuit et stopper la consommation des réverbères ? J’aimerais bien développer cette idée lors de mes échanges avec les scientifiques.”

Mais à la lumière de cette manifestation, dont l’objectif premier était de développer des vocations, une question se pose. La plupart des étudiants présents étaient issus de filières scientifiques : Maths-sup, L3 de mathématiques, L3 de chimie, école d’ingénieur, etc. Pour eux la cause était acquise, pour certains, les parcours déjà dessinés. Aussi on sourit à imaginer la saveur qu’auraient eu ces échanges si les jeunes élus n’avaient pas eu d’inclination particulière pour les sciences ? Comment les sommités de l’Académie s’en seraient sortis ? Peut-être le découvrira-t-on lors d’un prochain Speed Sciences, moins sélectif, plus ouvert.