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Tahiti s'offre une plage de sciences

Durant une semaine, Papeete a accueilli 800 scientifiques venus du monde entier, lors du 11e inter-congrès des sciences du Pacifique. À cette occasion, la création d’un Grand observatoire de l’environnement et de la biodiversité terrestre et marine du Pacifique Sud a été décidée.

Ferme perlière TahitiLe congrès a notamment permis de faire le point des connaissances sur la culture perlière. Ici, une ferme de Tahiti.
© Rafaële Brillaud

L’évocation de son nom fait davantage penser à de longues plages bordées de cocotiers qu’à de studieux laboratoires de recherche. Tahiti vient pourtant de tordre le coup à cette image d’Épinal en accueillant, courant mars, la plus grande manifestation scientifique jamais organisée en Polynésie française. Exceptionnellement, les 2e Assises de la recherche française dans le Pacifique et le 11e inter-congrès des sciences du Pacifique se sont déroulés simultanément, et à Papeete. Pendant cinq jours, l’évènement a rassemblé pas moins de 800 scientifiques, originaires de 49 pays. "C’est inédit : nous avons fait la démonstration que Tahiti peut recevoir 600 étrangers venus pour affaires," se félicitait à l’issue de la rencontre Pierre Méry, délégué régional à la recherche et à la technologie au Haut-commissariat de la République.

Ayant pour thème les Pays du Pacifique et leur environnement océanique face aux changements locaux et globaux, le congrès était organisé par l’État et la Polynésie française, en accord avec la Pacific Science Association, une organisation scientifique régionale non gouvernementale. Il a permis de faire le point des connaissances sur les espèces invasives, la culture perlière, les maladies infectieuses ou l’impact du réchauffement climatique. Une session était notamment consacrée à l’acidification des océans, conséquence de l’accumulation de CO2  dans l’atmosphère. Ainsi, William Howard, de l’université de Tasmanie, a pu présenter ses travaux récemment publiés dans la revue Nature Geoscience : dans l’océan austral, le poids de la coquille des foraminifères actuels, animaux marins microscopiques, est en moyenne de 30 à 35 % plus léger que celui de leurs fossiles datant d’avant l’ère industrielle. Ces données confirment pour la première fois que l’acidification des eaux rend plus difficile la formation de calcaire par certains organismes marins et entrave donc le développement de leur coquille.

Tri des perles noires - TahitiLors du congrès, les chercheurs ont abordé les conséquences socio-économiques éventuelles de l’acidification des océans. Ici, le tri des perles noires, à Tahiti.
© Rafaële Brillaud
Avec ses 118 îles réparties sur plus de 3 400 km2, la Polynésie française renferme par ailleurs une flore et une faune d’une grande richesse. À l’occasion de ce congrès, un protocole d’accord pour la création d’un Grand observatoire de l’environnement et de la biodiversité terrestre et marine du Pacifique Sud (GOPS) a été signé. Parmi ses dix fondateurs, citons le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), l’Institut de recherche pour le développement (IRD), l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer), le Muséum national d’Histoire naturelle ou l’université de Polynésie française. Ces partenaires, tous français, affichent leur volonté d’ouverture à une coopération régionale avec, par exemple, l’université de Papouasie-Nouvelle Guinée ou l’université du Pacifique Sud (USP). La mise en place d’un tel observatoire scientifique a notamment pour objectif de coordonner des programmes de recherche communs, ou encore de conseiller les pouvoirs publics sur la protection de la biodiversité. Le prochain inter-congrès des sciences du Pacifique aura lieu en Malaisie en 2012.