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Têtes maories : le retour à la terre natale

Onze restes humains, qui enrichissaient les collections anthropologiques françaises ont été officiellement rendus à leur pays d’origine, la Nouvelle-Zélande, le 23 janvier. Les scientifiques n’ont pu mener que très peu de recherches dessus.

Têtes maories momifiéesEmbaumée pour l’éternité.
© Collection Dumont d'Urville

L’idée était de s’assurer que les têtes momifiées que l’on rendait aux autorités néozélandaises étaient bien celles de maoris et pas celles de navigateurs ou collectionneurs anglais de passage dans cette région du Pacifique”, précise l’anthropologue Alain Froment, responsable scientifique des collections d’Anthropologie biologique au Muséum national d’histoire naturelle de Paris. Restituées à la Nouvelle-Zélande le 23 janvier, ces restes humains auraient pu continuer à reposer dans les cartons, au fond des réserves, encore un long moment : pour les Maoris, il est en effet, impensable de les exposer au public pour des raisons culturelles. Et pour les scientifiques, elles ne sont pas en nombre suffisant pour représenter un intérêt statistique sur l’histoire du peuplement. Impossible d’en tirer des conclusions. Une récente demande officielle a permis aux chercheurs d’examiner malgré cela ces vestiges humains. Leur objectif : tracer leur origine géographique précise.

Singulière histoire que celle de ces têtes. Le peuple Maori a débarqué en Nouvelle-Zélande, entre 1060 et 1300 après JC, en provenance d’autres îles du Pacifique. Ce n’est que bien plus tard, avec l’arrivée en 1769 du célèbre Capitaine Cook, que l’Europe découvre ces populations. Séduit par leur coutume de momification de têtes tatouées, le navigateur est à l’origine d’un véritable commerce qui a duré jusqu’au milieu du 19è siècle. Des marques rituelles, comme des tatouages ou des scarifications, étaient dessinées sur les corps des Maoris tout au long de leur vie. “C’était des guerriers qui décapitaient leurs ennemis pour exhiber leurs têtes comme trophées après les avoir momifiées”, explique Alain Froment. Autre démarche, plus pacifique : la momification pouvait aussi répondre au souhait des familles de préserver le souvenir d’un ancêtre pour continuer à l’honorer. Au contact des Anglais, les Maoris ont en tout cas très vite saisi le potentiel marchand de leurs trophées. Ils se sont mis à les échanger contre des armes à feu ou de l’alcool. “Il arrivait même qu’ils tatouent leurs esclaves et les décapitent dans la foulée, raconte le scientifique. Pour augmenter la valeur des têtes, certains tatouages étaient souvent ajoutés post-mortem avant de les vendre aux Occidentaux”. Les têtes ont alors circulé en Europe jusqu’à se retrouver dans des musées, des collections anthropologiques publiques ou particulières.

Aujourd’hui, sur les onze pièces restituées, sept appartenaient à la collection du quai Branly et quatre à celle gérée par Alain Froment. “Pour nos quatre têtes, nous avons reçu, il y a 3 mois, 3000 euros pour mener nos recherches. Nous avons à peine eu le temps de faire les prélèvements ADN”, regrette le chercheur. Résultats de ses rapides travaux : les têtes qui vont être rendues appartenaient bien à des Maoris, issus de migrations trans-pacifiques lointaines dont l’origine est en particulier l’île de Taiwan. Certaines têtes ne contenaient malheureusement plus aucune trace d’ADN, ce dernier se dégradant sous l’effet de la chaleur. Dans ce cas, pour parvenir à leurs fins, les chercheurs les ont expertisées sur la base de leurs tatouages et de leur morphologie grâce au scanner.

Ce n’est pas le premier cas de restitution de restes humains en France. Une première avait eu lieu en 2002. La dépouille de la célèbre Vénus hottentote, une femme sud-africaine morte à Paris en 1815, exposée dans les cours européennes du 18è siècle à cause de sa morphologie hors-du-commun, a finalement été retournée à son pays d’origine. Mais la législation est loin d’être claire sur ce sujet, et c’est souvent au cas par cas que les choses semblent se régler. Alain Froment : “Si les restes sont anonymes, ils sont considérés comme des représentants de l’humanité et demeurent dans les collections nationales. En revanche, si la dépouille a été identifiée, elle devient éligible pour la restitution”.

Dans le cas des Maoris, leur identité n’étant pas connue, les têtes ne devraient donc pas pouvoir être rendues. Mais le besoin d’apaiser le contentieux entre les Européens et les populations vivant dans le Pacifique sud était tel que la question politique de la restitution s’est tout de même posée. Ce sont les gouvernements néo-zélandais et australiens, engagés dans un processus de réconciliation avec les indigènes, qui ont lancé l'initiative. Un geste symbolique fort. Pour ces communautés, une personne n’est pas en repos tant qu’elle n’est pas enterrée dans sa terre natale.