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Théorie des genres et manuels scolaires : une fausse polémique

  • Posté le : Lundi 26 Septembre 2011
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  • par : L. Salters

Près de 200 députés et sénateurs, avec des associations catholiques, ont demandé des modifications dans les manuels de sciences. Sans vraiment prendre le temps de la réflexion.

Manuels scolairesLe livre d’école reste une référence.
© Laurent Salters / LookatSciences

Depuis la rentrée de septembre, les lycéens de 1ère ES et L étudient en cours de Sciences et vie de la terre (SVT) l’influence de la société sur l’identité sexuelle. Pour la première fois, le ministère de l’Education nationale a introduit un chapitre intitulé "Devenir homme ou femme" dans le programme. Objet du chapitre : montrer que la sexualité n’est pas qu’une construction physique, mais aussi une construction sociale. Une approche issue en grande partie des “Gender studies” américaine, que l’on peut traduire en français par la théorie des genres. Depuis mai dernier, date à laquelle les premiers ouvrages ont été distribués dans les lycées aux enseignants, les réactions s’amplifient. Certaines associations catholiques ont fait savoir qu’elles avaient des réserves sur la diffusion de ces idées. Des dizaines de députés et sénateurs, membres de l’UMP en majorité, ont même demandé au ministre de retirer le chapitre des programmes. Selon eux, la part sociale de l’identité sexuelle n’a pas à être évoquée à l’école. Un point de vue qui cherche à nier l’environnement culturel qui nous entoure et la façon dont il influence notre manière d’être. Analyse et réaction avec Isabelle Magnard, présidente de l’association Savoir Livre, qui regroupe depuis 25 ans six éditeurs scolaires (Belin, Bordas, Hatier, Hachette, Nathan, Magnard).   
    

BDS : Que vous inspire la polémique entamée sur les livres scolaires ?

Isabelle Magnard : Chaque année ou presque, c’est le marronnier ! Le manuel scolaire est mal connu. Il a une fonction symbolique et une fonction de miroir : à travers le manuel, c’est l’école qu’on interroge, ou qu’on attaque. Aujourd’hui, c’est sur la théorie des genres. Une autre fois, c’est sur la disparition de tel ou tel personnage historique des manuels. Mais le premier rôle des manuels, c’est la mise en oeuvre des programmes de l’éducation nationale. En tant qu’éditeur, notre première source d’information, c’est le bulletin officiel du ministère où sont définis ces programmes. Nous n’inventons rien, nous ne décidons pas des notions présentes dans les manuels.
Il y a une autre incompréhension : le manuel scolaire est fait pour être utilisé dans le cadre de l’école avec la médiation de l’enseignant. Ce n’est pas un livre conçu pour être lu par l’enfant ou l’adolescent tout seul. L’enseignant y puise des ressources pour faire son cours mais aussi pour susciter des questions. C’est lui qui guide la classe, pas le livre.
Par ailleurs, on voit bien que les gens à l’origine de la polémique méconnaissent le système. Demander au ministre de retirer certains manuels, ça laisse rêveur... Ils n’ont même pas pris la peine de regarder les programmes. Le ministre a bien réagi en invoquant la liberté éditoriale et la liberté pédagogique. Elles sont garantes des valeurs de la République, pour éviter précisément que tel ou tel groupe de pression ou courant politique décide du contenu des manuels, ce qui serait évidement très dangereux.

BDS : Comment élabore t-on un manuel ?

Isabelle Magnard : Il y a des différences entre les matières et les niveaux, mais il y a cependant quelques points communs à l’élaboration de tous les manuels. Les auteurs sont des enseignants. Ils prennent sur leur temps libre en dehors de leurs heures de cours pour élaborer les ouvrages. Ils travaillent souvent en équipe et peuvent être accompagnés par des conseillers ou des inspecteurs pédagogiques, qui sont en quelque sorte les « spécialistes des programmes » pour valider leurs choix pédagogiques  Pour certaines disciplines, notamment en sciences, on peut aussi faire appel à des universitaires pour valider la rigueur et la mise à jour des contenus. Mais ils ne rédigent pas, car ils ne sont pas les mieux armés pour s’adresser aux jeunes. Dans des domaines comme l’histoire, les SVT, l’économie ou les sciences sociales, les choses ne sont pas toujours simples à dire, il faut pouvoir présenter une réalité complexe et donner les outils de la réflexion. C’est tout l’intérêt de notre métier !

BDS : Les programmes changent-ils régulièrement ?

Isabelle Magnard : Les programmes changent en moyenne tous les dix ans. Mais l’offre éditoriale, elle, se renouvelle en moyenne tous les quatre ans. Il y a donc régulièrement des nouveaux manuels qui sont proposés aux enseignants mais cela ne veut pas dire que le programme a changé. C’est surtout l’occasion de proposer des documents plus à jour, aussi bien l’iconographie que les données chiffrées, la cartographie, les articles de presse.
Mais là encore, ces renouvellements de contenus sont faits dans le respect des programmes officiels.