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Un kickboxeur et une scientifique ensemble sur le ring

Le boxeur essonnien Patrice Quarteron mise sur le programme d'entraînement sur mesure développé par le laboratoire UBIAE d’Evry pour augmenter ses chances de victoire.

kickboxing1S’entraîner de façon...scientifique.
© ©Patrice Latron / LookatSciences

A moins d’un mois des championnats du monde de kick-boxing, l'entraînement dernier cri que suit Patrice Quarteron va-t-il lui permettre de rafler un nouveau titre ? Organisé le 24 mars aux Arènes de l’Agora par la communauté d’agglomération d’Evry Centre Essonne, le sportif n’est pas étranger au choix du lieu. Originaire de Grigny, il a démarché les autorités locales pour que les championnats se déroulent dans son département : “J’ai toujours vécu dans le 91”, déclare Patrice Quarteron, 33 ans, 1,98 m, 118 kg, champion du monde de boxe thaï dans la catégorie poids lourds. J’ai boxé partout dans le monde depuis mes 25 ans : de l’Australie à la Hongrie en passant par la Jamaïque. Je ne suis pas revenu boxer chez moi en Essonne depuis 5 ans. Là c’était l’occasion”. C’est donc sur son territoire qu’il remettra son titre en jeu.
 
Et en vue de se préparer au combat, c’est en terres essonniennes que le boxeur suit, depuis début janvier, un exercice un peu particulier avec Véronique Billat. Directrice de l’unité de biologie intégrative des adaptations à l'exercice (UBIAE) de l’université d'Evry Val d'Essonne (1), elle s’est orientée vers la physiologie de l'exercice voilà 25 ans. L’enjeu de son travail : trouver le bon programme d’entraînement pour la personne qu’elle a en face d’elle quels que soient le niveau et le sport pratiqué. Loin du dopage, qui émaille la pratique sportive de haut niveau, son travail se focalise au contraire sur une manière naturelle d’optimiser les performances.  

Nouvelle méthode

En ce qui concerne l’exercice qu’elle fait subir actuellement à Patrice Quarteron en vue des prochains championnats, les choses sont un peu différentes. “C’est une nouvelle méthode tenue secrète avant publication officielle”, explique la chercheuse. Elle peut d’ores et déjà nous en révéler quelques éléments : “Cette préparation sportive balaye la chaîne métabolique de la personne avec des variations d’allure innovantes”. Autrement dit, elle a pour but de renforcer l’endurance du sportif. Comment ? En améliorant sa consommation maximale d’oxygène ou VO2 max. L’oxygène a un rôle essentiel dans le corps : brûler les graisses et les sucres contenus dans notre alimentation et les transformer en un composé à base de phosphore. C’est ce composé qui permet aux muscles de se contracter. Donc plus le sang est chargé en oxygène plus les muscles sont capables de se contracter. Et plus un sportif est endurant.

Patrice Quarteron bénéficiera en tout de 40 séances, à raison de deux séances de 40 minutes par semaine. L’objectif ? Augmenter sa vitesse, son endurance et sa résistance. A mi-parcours sa VO2 max s’est déjà accrue de 20 %. Elle devrait atteindre 30 % au moment des championnats. Un masque respiratoire sur le visage et des capteurs sensoriels sur le corps pendant qu’il court sur un tapis roulant servent à recueillir plusieurs types d'informations : sa consommation d’oxygène, ses pulsations cardiaques et sa vitesse. En fonction de ces données, Véronique Billat établit une préparation physique précise et sur mesure - durée, vitesse, pointes d’accélération - à suivre scrupuleusement par le boxeur. Elle détaille : “Ce qui est important, c’est d’avoir un coeur capable de monter haut en fréquence, tout en éjectant beaucoup de sang à chaque battement”. Elle n’espérait cependant pas tant de sa nouvelle formule d'entraînement : “Nous avons été surpris de voir que le myocarde grandit et se vidange beaucoup mieux que ce que nous avions prévu”.

Rester lucide

Dans la boxe tout est affaire d’accélérations. Mais aussi, et contre toute attente, d’endurance. Car sans endurance le corps aura du mal à récupérer entre les rounds. C’est durant les rounds que les athlètes s’affrontent. Dans un match de professionnels, on en compte 12. Entre chaque round, il y a un temps de repos d’une petite minute. ”On travaille aussi ces moments-là pour qu’il consomme le plus d’oxygène possible et qu’il soit prêt à être très puissant au moment de la reprise”, indique Véronique Billat. La force et l’énergie que le boxeur peut fournir sans oxygène font aussi partie des paramètres travaillés. “Les séances renforcent tous ces paramètres et permettent, par voie de conséquence, de mieux fatiguer l’adversaire”, souligne la scientifique.

Ces séances un peu atypiques, s’ajoutent à la préparation physique et technique classique de Patrice Quarteron : “Avec ce nouvel outil, j’arrive à réduire la durée de mes entraînements tout en les rendant plus consistants. Je reste lucide plus longtemps. Mes accélérations sont plus précises”. Tout ça pour atteindre un seul but : mettre son adversaire KO ! Le 24 mars, il affrontera le belge Frédéric Sinistra, champion du monde en titre.

 

(1)    UBIAE (Unité de biologie intégrative des adaptations à l’exercice)/Inserm, labellisé Genopole.