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Un photographe au coeur de Soleil

  • Posté le : Lundi 6 Décembre 2010
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  • par : L. Salters

Pendant trois mois, le journaliste Vincent Moncorgé s'est immergé dans l'univers du synchrotron, situé sur le plateau de Saclay. Une démarche résolument documentaire.

Le synchrotron Soleil vu par Vincent MoncorgéVincent Montcorgé : “C’est une mini société dans laquelle tout le monde collabore”.
© Vincent Moncorgé

La première image du livre nous prend par la main. Trois scientifiques asiatiques arrivent tout juste à Soleil. On les voit avec leurs valises parcourir le parking, l’air à la fois anxieux et impatients. A la manière de ces trois personnages qui vont pénétrer ce haut lieu de la recherche scientifique française, nous découvrons au fil des pages cet univers très particulier qui est celui d’un synchrotron, celui construit sur le plateau de Saclay (Essonne). Un monde qui, à bien des égards, cultive le paradoxe. Soleil est une gigantesque machine nécessitant des équipes nombreuses et diversifiées pour fonctionner : des chercheurs, des mécaniciens, des informaticiens. Tous là pour participer à l’auscultation de l’infiniment petit...

"Les scientifiques sont des gens libres", affirme Vincent Moncorgé qui a réalisé ce livre en collaboration avec Marie Pauline Gacoin, auteur des textes. Un ouvrage qui marque une étape après dix ans d’existence du projet Soleil. Le photographe connait les scientifiques : il observe le monde de la recherche depuis une quinzaine d’années. Une passion qui vient sans doute de son père, ingénieur, et dont il prolonge à sa manière l’héritage. "C’est un milieu qui m’a toujours intéressé. Les chercheurs vivent leur passion à fond. S’ils s’habillent comme ils veulent, ils sont tout entier tournés vers leur travail", lance-t-il enthousiaste.
Le livre s’intitule Les orfèvres de la lumière. Parce que pour réussir à capter cette lumière, il faut plus qu’un simple savoir faire. "C’est d’une complexité affolante, reprend Vincent Moncorgé. Mais ça marche ! Une anecdote mais elle est parlante : un des ingénieurs m’a raconté que si on claquait une des portes des innombrables armoires électriques un peu trop fort, tout pétait ! Il exagérait sans doute mais ça raconte à quel point tout cela est fragile et demande de la précision."

"Une synergie phénoménale"

En feuilletant le livre, on sent tout de suite l’intention du photographe : mettre les hommes et les femmes en avant. Pas question de produire un ouvrage froid et technique sur les machines, même si elles sont omniprésentes. On perçoit ainsi sur les images la grande variété des personnels qui se côtoient pour faire fonctionner ce miracle de technologie. "C’est une mini société qui tourne 24h sur 24. Et dans laquelle tout le monde collabore, commente Vincent Moncorgé. Il y a une synergie phénoménale. C’est très impressionnant."
Pour réussir à capter cette ambiance singulière, le photographe a passé trois mois sur place au printemps 2010. Une démarche d’immersion résolument documentaire. "J’ai pris des milliers de clichés, mais on en a retenu que 150 au final", confie le photographe. Pas de flash. "Sinon tout le monde vous repère et on peut troubler une scène. Il me fallait être le plus discret possible", confirme t-il. Pas de grand angle non plus. On est au plus près. Avec ceux qui sont en train de faire la science. Cette présence discrète mais constante du photographe donne des images chaleureuses malgré l’univers de fer des machines. Jamais esthétisantes et toujours à la bonne distance, les photos rendent avec justesse le quotidien d’un lieu hors normes. Et en tournant les pages on en vient à se demander quand auront lieu les prochaines journées portes ouvertes...