logo Essonne

Une sécheresse sans lien avec le réchauffement climatique

  • Posté le : Lundi 27 Juin 2011
  • |
  • par : L. Salters

Depuis trois mois, le climat sec qui frappe le pays est certainement lié essentiellement à un défaut de précipitation l’hiver dernier.

Sécheresse à CavalonLe Calavon, complètement à sec, près d'Apt, dans le Vaucluse.
© Patrice Latron / LookatSciences

Quels sont les phénomènes climatiques qui entrent en jeu dans une sécheresse ? Depuis plus de trois mois, la France subit un climat très sec avec des taux de pluviométrie très en-dessous des normales saisonnières. Pour l’inconscient collectif, il est devenu évident d’incriminer le réchauffement climatique en cette période de sécheresse.
Dans la réalité, les choses sont plus complexes. A commencer par la définition même du phénomène de sécheresse. “Il n’existe pas de définition universelle, y compris pour nous, chercheurs, explique Pascal Yiou, climatologue au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE, Gif-sur-Yvettes), spécialisé dans l’analyse de données climatiques. Nous adaptons le diagnostic en fonction de la personne à laquelle nous nous adressons. Si vous parlez à un agriculteur, il est concerné par l'absence de pluie et la sécheresse du sol. Si vous parlez à des opérateurs d’eau privés, ce sont les nappes phréatiques et les processus de rechargement qui vont être au coeur de leurs préoccupations. Pour un professionnel du tourisme, l'absence de pluie est plutôt bénéfique”. Une manière pour le chercheur de souligner à quel point l’appréciation par le public des conditions climatiques est une affaire de subjectivité.

Précipitations

Et d’un point de vue scientifique, quels ont été les processus à l’oeuvre durant la période qui vient de s’écouler ? Pour bien les comprendre, il faut un peu remonter dans le temps. L’hiver dernier a connu un climat sec. Il y a eu très peu de précipitations. Idem pour la neige qui n’est tombée que sur des périodes brèves. “De toute façon, la neige contient peu d’eau”, ajoute Pascal Yiou. Résultat, le débit des rivières est aujourd’hui réduit. Or pour que les nuages précipitent, susceptibles de donner des précipitations, un processus d’évaporation de l’eau de ces rivières doit avoir eu lieu au préalable. Ce qui n’a pas été le cas durant les trois derniers mois puisque les sols sont secs et les rivières sont vides. “Dès lors, l'absence de précipitations appelle l'absence de précipitations, ajoute Pascal Yiou. Ce n’est pas complètement déterministe. Des nuages se forment, bien sûr, mais le cycle de l’eau reste très perturbé”. Dans ce cycle, l’évaporation des eaux déstabilise la “structure verticale” des températures dans l’atmosphère générant ainsi une précipitation. “Ce que l’on appelle structure verticale, précise Pascal Yiou, ce sont par exemple les températures et les pressions qui diminuent avec l’altitude. En faisant varier ces grandeurs, l’évaporation donne lieu à des précipitations. C’est l’un des facteurs en jeu”.

Au final, les causes de la sécheresse seraient donc essentiellement locales. Et le réchauffement climatique dans tout cela ? Le lien n’est pas évident mais le recul dans le temps donne une perspective intéressante. “Des épisodes de sécheresse comme celui que nous venons de vivre ou ceux de 1976 et 2003, il y en a eu beaucoup d’autres durant les siècles passés, précise Pascal Yiou. Pour moi, la sécheresse actuelle est davantage liée à l’utilisation que nous faisons des sols”.
Un exemple avec le sud de l’Espagne, où des zones entières de désert ont été fabriquées par l’homme. Des dizaines de milliers d’arbres, qui jouaient un rôle très important pour retenir l’eau dans les sols, ont été rasés pour laisser la place à des serres de cultures. Un paysage quasi désertique où poussent en toutes saisons fraises et melons pour abreuver les marchés de l’Europe du nord... Dans ce contexte, c’est le cycle de l’eau d’une région entière qui est perturbé par l’exploitation des sols au service d’une agriculture très intensive. A un degré moindre, le même type de phénomène est aussi à l’oeuvre chez nous.
Et Pascal Yiou de conclure : “Le réchauffement du climat ne joue pas directement sur la genèse de la sécheresse. C’est plutôt l’inverse qui se produit : la sécheresse a des conséquences sur le climat”. En effet, en période de chaleur excessive, les végétaux assurent beaucoup moins bien les échanges gazeux avec l’atmosphère : les feuilles ferment leurs stomates - les “pores” des plantes - et absorbent beaucoup moins de CO2. Un gaz à effet de serre qui s’accumule alors dans l’atmosphère. “C’est ce qui s’est passé pour la canicule de 2003”, conclut Pascal Yiou.