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Vaccin contre le sida, l’autre approche

  • Posté le : Lundi 28 Novembre 2011
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  • par : L. Salters

Protéger le système immunitaire, c’est en quelque sorte la démarche initiée par InnaVirVax, une société essonnienne.

Un test de VIHUn test de VIH dans une consultation pré-natal en Thaïlande est proposé à la future mère. Près de 33 millions de personnes sont infectées au monde.
© Dung Vo Trung / LookatSciences

InnaVirVax, société biopharmaceutique basée au Génopole, en Essonne, est en passe de démarrer une étude clinique d’envergure avec son projet de vaccin thérapeutique VAC-3S. Le traitement concerne les infections par le Virus de l’immunodéficience acquise (VIH) à l’origine du sida. Il ne s’agit pas encore du remède miracle mais d’une vaccination thérapeutique. Elle fait appel à une injection intra-musculaire dont l’objectif est de protéger le système immunitaire durant l’infection par le VIH.
L’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a donné son feu vert en octobre. Dans ce projet, InnaVirVax est associé à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), à l’Université Pierre et Marie Curie, l’Hôpital de la Pitié Salpêtrière ainsi que l’Hôpital Cochin.
Depuis le début de l’épidémie à l’aube des années 80, les chercheurs sont à l’affût pour mettre au point le traitement ultime, le vaccin. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), près de 33 millions de personnes dans le monde sont infects par le VIH. Une première rupture a été opérée avec l’apparition des thérapies antirétrovirales (plus connues sous le nom de trithérapies) dans les années 90. Ces traitements permettent aux personnes infectées de réduire largement la quantité de virus présente dans leur organisme. A l’époque, pour des millions de malades, les trithérapies ont constitué une bouffée d’oxygène.
Mais pour la communauté scientifique et médicale, le grand objectif reste la mise au point d’un vaccin qui permettrait, soit de prévenir l’infection, soit de la guérir en éradiquant le virus. En 2009, un essai de grande envergure impliquant 16 000 personnes en bonne santé en Thaïlande a enfin permis d’espérer. Ce vaccin prophylactique (autrement dit préventif) a évité à environ un tiers des personnes de développer la maladie alors qu’elles avaient été contaminées, au cours de rapports non protégés par exemple. Mais l’efficacité est encore insuffisante.

Protéger le système immunitaire

Dans le contexte actuel, notre approche est originale, raconte Joël Crouzet co-fondateur et président d’InnaVirVax. Nous cherchons à mettre au point un vaccin thérapeutique (vaccin qui soigne - ndlr) qui protégerait le système immunitaire des multiples dégâts causés par le virus.
Dans notre système immunitaire, les lymphocytes ont un rôle majeur dans l’initiation des réponses aux agressions extérieures. Une fois dans l’organisme, le VIH s’attaque aux lymphocytes T CD4. Leur nombre diminue, entraînant une baisse d’efficacité du dispositif immunitaire et favorisant l’apparition des infections dites opportunistes (dues à des germes habituellement peu agressifs mais qui, dans ces contextes particuliers, sont susceptibles de provoquer de graves infections). Un des enjeux de la recherche dans le domaine du sida est de maintenir aussi élevé que possible ce taux de CD4 afin que le corps puisse continuer à se défendre.
Le vaccin que nous développons devrait aussi réduire les phénomènes d’activation immunitaire observés chez les patients, précise Joël Crouzet. Car le système répond comme s’il y avait une infection chronique, source supplémentaire d’effets nuisibles chez les patients.” A termes, le vaccin doit donc permettre de restaurer un taux de CD4 plus élevé, notamment chez les patients mauvais répondeurs immunologiques. En bref, si les essais sont concluants, le vaccin VAC-3S deviendrait le premier traitement à renforcer les défenses immunitaires pour les patients infectés par le VIH.

L'étude clinique sera menée dans deux hôpitaux parisiens sur 24 patients sous trithérapie Son objectif premier porte sur l'innocuité du vaccin. Il faut être sûr qu’il ne provoquera pas d’effet néfaste - c’est un essai de phase 1. Les patients seront vaccinés, puis suivis pendant une année. Le critère principal de l'étude sera étudié trois mois après la première vaccination de chaque patient. Dernier détail qui a son importance : si un jour ce vaccin voit le jour pour le grand public, “le traitement est  plus léger pour le malade qu’une prise médicamenteuse journalière, conclue Joël Crouzet. Il consiste en trois injections intramusculaires du vaccin à 4 semaines de distance.” Un rappel annuel sera nécessaire. Reste qu’à l’échelle d’un continent comme l’Afrique, où se concentre la pandémie, la gestion des campagnes de vaccination sera très lourde pour l’OMS.