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Vers un nouveau moyen de prévention contre le sida

  • Posté le : Lundi 17 Décembre 2012
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  • par : L. Salters

Un consortium européen vient de publier des résultats encourageants sur un gel qui permettrait de se protéger contre la contamination par le VIH.

inserm 52534Cellule infectée par le VIH.
© Philippe Roingeard/Inserm

“On est encore très loin de la molécule que l’on pourra ajouter à un gel et qui sera vendue en pharmacie. Le meilleur moyen de se protéger reste le préservatif”. Loïc Martin, biologiste à l’Institut de Biologie et de Technologie de Saclay (iBiTec-S), tient à mettre les points sur les “i”. Les travaux précliniques auxquels il a participé sont encourageants en termes de prévention contre le Sida. Mais la solution miracle n’est pas pour demain. Dans le cadre d’un consortium européen impliquant une trentaine de laboratoires, Loïc Martin a contribué à mettre au point un gel microbicide permettant de bloquer l’infection provoquée par le virus, c’est-à-dire avant qu’il ne pénètre dans les lymphocytes T, des cellules du système immunitaire. Les résultats des chercheurs ont culminé avec des essais sur une cohorte de macaques femelles. Hormis un spécimen qui a été infecté par le virus inoculé, tous ont été protégés du virus par le gel microbicide. Ces travaux sont publiés cette semaine dans la revue en ligne et libre d’accès PLOS Pathogens.

Comment les scientifiques ont-ils procédé ? Ils ont créé un peptide, c’est-à-dire une mini-protéine, qui trompe le virus. Dans les faits, le VIH infecte les lymphocytes T en se fixant sur leur récepteur, le CD4. L’architecture de la mini-protéine chimique travaillée par Loïc Martin et baptisée miniCD4, est un véritable leurre de ce récepteur. Par mimétisme elle vient lier le virus, en quelque sorte, et le piège dans le gel. Cela permet de stabiliser le nombre de lymphocytes T. D’ordinaire, le virus, une fois attaqué par le système immunitaire, se met à muter. Et c’est là toute la difficulté pour les chercheurs qui peinent notamment à élaborer un vaccin. Mais dans le cas du microbicide en gel, les scientifiques ont semble t-il trouvé un outil supplémentaire dans le cadre de la prévention. L’histoire est facile à résumer. Dans les faits, c’est bien plus compliqué. “Le corps humain sait fabriquer des millions de protéines à la minute, explique Loïc Martin. Mais par voie chimique, cela nécessite plusieurs étapes. Il nous a fallu une dizaine d’années pour optimiser ce peptide miniCD4”.

Lunettes 3D

Pour cela, les chercheurs ont notamment fait appel à la cristallographie aux rayons X, méthode qui permet d’étudier les molécules à l’échelle atomique. L’objectif : pour optimiser le mimétisme entre le CD4 naturel et le miniCD4, les chercheurs ont étudié les interactions entre le virus et ce récepteur au niveau moléculaire. Toutes les protéines sont normalement composées d’une vingtaine d’acides aminés. Dans cette étude, le miniCD4 chimique est un enchaînement de 27 acides aminés dont l’un d’entre eux est non naturel. C’est précisément celui-ci qui s’insère le plus profondément dans une des cavités de la protéine qui sert d’enveloppe au virus. “Avec la cristallographie, nous avons pu figer les images de l’interaction entre le miniCD4 et la protéine-enveloppe du virus. La précision est extrême, raconte Loïc Martin. Nous travaillons sur écran avec des lunettes 3D. Nous avons pu pousser nos observations au niveau moléculaire, puis atome par atome. Si le virus était la serrure, notre clef se devait d’être parfaitement adaptée ! “

L’institut Galien Paris-Sud a ensuite élaboré la formulation du gel microbicide à base de miniCD4. Puis une équipe de l’Institut des maladies émergentes et des thérapies innovantes (iMeTi) de Fontenay-aux-Roses a ensuite procédé aux essais sur des macaques. Après application du gel microbicide, on leur a inoculé de fortes doses du virus. Cinq des macaques femelles ont été protégées. “Même si c’est un succès, il reste des zones d’ombre, tempère Loïc Martin. Nous ne savons pas pourquoi un des primates n’a pas répondu. Il a été infecté au bout d’une semaine.” Mais la démonstration de principe est bien là…     

L’épidémie dans le monde en chiffres :

Selon le rapport 2012 l’Onusida, 34 millions de personnes dans le monde seraient infectées par le virus. On estime que 2,5 millions de personnes ont été infectées dans la seule année de 2011. 1,7 million sont morts de causes liées au sida. La plus grande majorité des personnes contractant le virus et en mourant résident en Afrique. En France, l’épidémie touche environ 150 000 individus dont 48 000 femmes. Le VIH a tué 1700 personnes en 2011.