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Alexander von Humboldt, le Christophe Colomb du XIXè siècle

Entre 1799 et 1804, le scientifique allemand parcourt les territoires de la Nouvelle Espagne. Un périple hors normes considéré comme une redécouverte de l’Amérique.

Alexandre von Humboldt Alexandre von Humboldt peint par Friedrich Georg Weitsch.
© DR

Nous sommes au mois de juin 1802. Humboldt et son compagnon de voyage Bonpland, à bout de souffle, échangent un regard résigné. À 5878 m d’altitude, le sommet des Andes, situé un peu plus haut, semble tout proche. Mais la crevasse qui déchire la montagne aux pieds des deux hommes est infranchissable. Humboldt, en Amérique du Sud depuis trois ans, doit rebrousser chemin.
Un destin inattendu pour ce jeune Allemand, que rien ne prédestinait à l’exploration scientifique. Retour en arrière, en 1796 : à la mort de sa mère, Alexander von Humboldt est ingénieur des mines. Il pourrait se contenter de ses fonctions au service de l’Empire allemand tout en gérant la fortune dont il vient d’hériter. Mais il a d’autres projets en tête…

Savant pluridisciplinaire, adepte des idées nouvelles, il a une conception encyclopédiste du monde. Il a foi dans le progrès et la capacité des sciences à apporter le bonheur aux hommes. Le siècle des Lumières se termine et Humboldt a décidé d’apporter sa contribution à l’histoire de la connaissance. Il fera son voyage, lui aussi ! Ce sera un voyage scientifique, avec pour seuls buts de participer à l’amélioration des connaissances et de satisfaire sa soif de découverte !
Humboldt passe encore trois années à parfaire ses compétences en chimie, en astronomie, en botanique, en minéralogie… Grâce à sa fortune personnelle, Humboldt financera lui-même l’expédition en toute indépendance. Il rassemble les dizaines d’instruments de mesures dont il aura besoin pour ses relevés et ses observations.


Au cœur de l’Amazonie

Plan du Canal de Casiquaire Plan du Canal de Casiquaire dressé par Humboldt
© DR
     Port de La Corogne, dans le nord de l’Espagne, nous sommes le 5 juin 1799. Pour Humboldt, c’est le grand jour : il embarque avec Aimé Bonpland, chirurgien de marine passionné de naturalisme, sur le Pizarro. Destination : le Vénézuela, en Nouvelle Espagne. "Quel bonheur… , écrit-il. Ma tête en tourne de joie… Quels trésors d’observations vais-je pouvoir faire pour enrichir mon travail sur la construction de la terre… "
Pendant la traversée, Humboldt fait des mesures astronomiques, météorologiques, de magnétisme, de température et de composition chimique de la mer. Sa grande aventure scientifique commence.
Arrivés sur le continent américain près de Caracas, les deux hommes partent à la découverte de la forêt amazonienne. Leur but : prouver qu’il existe un canal naturel entre l’Amazone et l’Orénoque. Pendant dix-huit mois, dans des conditions extrêmes – moustiques, humidité, chaleur… –, ils récoltent des milliers d’espèces de plantes et d’animaux et observent les peuples de la grande forêt. Humboldt procède également à des relevés de la température du fleuve, du sol et de l’eau, de la pression atmosphérique, de l’inclinaison magnétique, de la longitude et de la latitude de chaque endroit remarquable… Tout un corpus de données précieuses qu’il mettra plus tard en relation les unes avec les autres.
De retour sur la côte caraïbe, les deux voyageurs embarquent pour Cuba, où ils passent une année, continuant à accumuler informations, observations et mesures. En Amazonie, ils ont récolté 20 000 spécimens de plantes, dont beaucoup sont encore inconnues. Une partie de leur collection est envoyée en France dans des caisses, dont certaines seront perdues.


Sur le toit du monde


L’autre grande affaire du voyage de Humboldt consiste à relier Quito à Lima par la cordillère des Andes. À pied, car les deux amis, horrifiés par la situation faite aux Indiens des colonies, refusent de se faire porter ! C’est alors qu’Humboldt gravit le Chimborazo (6310 m), considéré à l’époque comme le sommet du monde ! Son camarade et lui n’atteindront pas le sommet, mais leur exploit assure leur renommée dans toute l’Europe. L’essentiel du travail de Humboldt, pourtant, consiste encore à observer, à mesurer, à recueillir des informations, notamment dans les domaines de la sismologie et de la géographie végétale.
Après une année passée à découvrir le Mexique et à étudier les archives de la colonisation espagnole, Humboldt retourne à Cuba pour récupérer les caisses de spécimens qu’il y a laissées lors de son premier passage. Puis, après un passage par les État-Unis, c’est l’heure du retour en Europe.
À Paris, Humboldt s’attelle avec Bonpland à l’organisation, l’analyse et la publication des données 

recueillies lors de leur équipée américaine : Voyage aux régions Équinoxiales du Nouveau Continent. Pas moins de trente volumes voient le jour en un peu plus de vingt ans ! Presque 15 000 pages traitant de géographie physique, biologique et humaine, et qui font de Humboldt un des premiers grands géographes modernes et lui vaudront d’être considéré comme un nouveau Christophe Colomb.
Humboldt au pied du volcan ChimborazoAlexander von Humboldt avec Aimé Bonpland, son compagnon de voyage, au pied du volcan Chimborazo.
© DR

"Humboldt ne s’intéresse pas à l’exploit, il s’intéresse à la connaissance". 
Kenneth White, chercheur et essayiste anglais.

Les dates de Humboldt

- 14 septembre 1769 : naissance de Humboldt à Berlin
- 5 juin 1799 : embarquement à La Corogne sur le Pizarro
- 3 août 1804 : retour en Europe, à Bordeaux
- 1807/1834 : publication du Voyage aux régions équinoxiales du Nouveau Continent
- 1810 : élu à l’Académie des sciences de Paris
- 1829 : voyage en Sibérie
- 6 mai 1859 : mort de Humboldt à Berlin, à 89 ans.

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