logo Essonne

Facebook : Quand votre vie devient le contenu

Des milliers de réseaux sociaux ont vu le jour sur le web ces cinq dernières années. Avec eux, l’internaute peut s’exprimer et être lu par potentiellement tout le monde. Une révolution dans les rapports humains ?

Un milliard d’abonnés ! Facebook est devenu en quelques années le premier réseau social au monde et passera d’ici peu ce cap fatidique. Certains s’amusent même à diffuser l’idée qu’après la Chine et l’Inde, Facebook est devenu le troisième pays de la planète ! Le réseau social américain et son succès fulgurant sont devenus l’emblème de ce nouveau mode de communication sur le web. Le film du réalisateur David Fincher, sorti en 2010,The Social Network, racontait bien la génèse à vitesse “grand V” du phénomène. En l’espace de quelques mois, il passait d’une fréquentation confidentielle, limitée à quelques facultés américaines, à une fréquentation... mondiale. Le rêve proposé par Facebook : une connexion avec n’importe qui, n’importe quand et n’importe où dans le monde, est devenu celui de dizaines de millions de personnes.  

Cette façon de communiquer est devenue  incontournable pour les jeunes générations. Selon une étude réalisée en 2011 par l’institut de sondages TNS-Sofres pour la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), près de 50% des 8-17 ans ont un compte sur les réseaux sociaux. A une écrasante majorité, ils sont sur Facebook. Plus de la moitié d’entre eux se connectent quotidiennement. Un chiffre qui fait réfléchir : les 8-17 ans ayant un compte ont en moyenne... 210 amis ! Et on estime que dans cette tranche d’âge, 92% des usagers utilisent leur véritable identité. Un signe que les réseaux sont pour les jeunes un moyen de communiquer comme un autre. Dès lors, pourquoi se cacher ? A contrario, des études ont aussi montré que beaucoup ne savaient pas vraiment maîtriser les aspects liés à la confidentialité sur l’interface...

20110221-Node XL-Twitter-List-valdiskrebs-network-analysts© Frédéric Woirgard/LookatSciences“Internet, c’est de toutes les manières l’univers des réseaux, renchérit Serge Abiteboul, chercheur à Inria. Il y a le réseau physique. C’est celui des serveurs informatiques connectés entre eux et qui constituent la toile. Il y a les réseaux du web qui regroupent tous les contenus que l’on trouve sur Internet. Et il y a désormais les réseaux sociaux qui connectent les gens entre eux à travers des communautés”. Et le chercheur de convoquer l’image du graphe pour illustrer son propos. En mathématique, le graphe est représenté par des points reliés entre eux par des arcs. En théorie, les interconnexions possibles sont infinies... L’autre changement majeur, c’est la nature des contenus échangés. Serge Abiteboul : “Avec les réseaux sociaux, on devient acteur. Le contenu est constitué par les gens qui prennent part au réseau et par les liens qu’ils établissent entre eux. La vraie valeur d’un réseau social est donc fournie par ses utilisateurs. C’est une nouvelle dimension dans le rapport social à l’autre.

Pas de limite

Grâce à un réseau social, on peut retrouver des amis que l’on avait perdu de vue et reprendre contact avec eux. Même s’ils se trouvent à l’autre bout de la planète. On peut partager des photos de vacances. “Vous pouvez en mettre 2 ou bien 400, renchérit Serge Abiteboul. Il n’y a pas de limite”. On peut échanger avec des gens qui possèdent le même centre d’intérêt, créer des communautés d’intérêts encore plus pointues à l’intérieur même d’une communauté plus large, etc. 

On est en train de changer les rapports entre les gens, explique le chercheur avec enthousiasme qui avoue être présent sur les réseaux sociaux même s’il en fait une utilisation parcimonieuse. Les réseaux sociaux modifient notre compréhension du monde. Ils permettent de densifier notre rapport aux autres. Ils ne doivent pas les remplacer, ils s’ajoutent à ceux qui existent déjà”.


Social Network Analysis Graph Gradient© Frédéric Woirgard/LookatSciencesMais n’y a t-il pas derrière les réseaux un danger du “tout transparent” ? L’éloge de la banalité et du quotidien souvent mis en avant dans les échanges ne menace-t-elle pas notre intimité ? Serge Abiteboul : “Les fondateurs de Facebook ne sont pas des bienfaiteurs de l’humanité, ça c’est sûr ! Ils font cela pour récupérer de l’information qu’ils revendent de façon commerciale. Il faut donc que nous apprenions à mieux protéger notre vie privée. Il va peut-être aussi falloir accepter de vivre plus exposé que par le passé”.

Pour se protéger et évoluer en toute sécurité dans ce nouveau monde des réseaux, Serge Abiteboul met en avant l’idée de “filtre”. “Pas des filtres gouvernementaux car ils vont restreindre la liberté d’expression. Il faut que nous soyons maîtres de nos propres filtres, que nous puissions élaborer nous mêmes nos systèmes de protection. Sinon, nous deviendrons à termes de simples sujets de consommation sur la toile”.  

Restez connecté

Suivez-nous : Page Facebook Page Twitter

Lettre d'information :

Vidéo

Cette vidéo nécessite le plug-in gratuit Flash 8.
Il semble que vous ne l'avez pas.
Cliquer ici pour le télécharger

Interview de Xavier Raepsaet - La propulsion nucléaire spatiale

Portraits d'experts

  • Romina Aron Badin, les primates au coeur
  • Jacques-Marie Bardintzeff, une vie consacrée aux volcans
  • Catherine Charlot-Valdieu :  Home sweet home
  • Didier Labille, l’astronomie en amateur professionnel