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Hannah Arendt : la philosophie comme action politique

Loin des schémas classiques et des liens traditionnels entre théorie et pratique, la philosophe d’origine allemande a consacré son œuvre à repenser l’espace public.

arendt-hannahEn 1935, dans un café parisien.
© DR

Hannah Arendt. Femme et philosophe. Son nom n’est peut-être pas familier à tous. Pourtant, elle était aux premières loges de l’histoire du XXième siècle et de ses crises politiques. Grande penseuse, Hannah Arendt est avant tout celle qui a théorisé le totalitarisme, ce mode de gouvernement où un parti unique détient la totalité des pouvoirs. Pourquoi un tel sujet d’étude et de réflexion? Sans doute parce qu’elle a vécu comme un traumatisme l’accession d’Adolph Hitler au pouvoir en 1933. A la fois juive et allemande, elle a alors pris conscience des dangers que faisait courir cet homme à l’Europe.

Née en 1906 à Hanovre, elle étudie à l’Université de Heidelberg. C’est là qu’elle effectue ses premières armes de philosophe. Elle y fait aussi une rencontre qui va changer le cours de sa vie pour toujours : elle tombe éperdument amoureuse du philosophe Heidegger. Mais lui ne veut pas quitter son épouse et ses enfants. De son côté, elle ne peut se contenter d’être sa maîtresse.

hannah-arendt3Martin Heidegger, amour de jeunesse d’Arendt.
© Farabola/Leemage
Après une relation passionnée, le maître et l’élève se séparent donc. Ils ne se perdront jamais de vue et malgré une certaine prise de distance suite à l’implication du philosophe dans le troisième Reich,  elle ne cessera de le défendre publiquement.                          

Sous le régime nazi, Hannah Arendt travaille dans la résistance. Elle est même arrêtée brièvement par la Gestapo avant de s’exiler en France, en 1933, où elle participe à l’accueil de hommes et des femmes qui, comme elle, fuient le nazisme. En 1940, elle est internée dans le camp de Gurs, au sud du pays.

 Les USA

Dates importantes
14 octobre 1906 : naissance à Hanovre, en Allemagne
1928 : Obtention de son doctorat en philosophie
1933 : exil en France
1941 : exil aux Etats-Unis
1951 : publication de « Les origines du totalitarisme » et obtention de la nationalité américaine
1958 : publication de « Condition de l’homme moderne »
1961 : publication de « La Crise de la culture »
1963 : publication de « Eichmann à Jérusalem »
4 décembre 1975 : mort à New York, aux Etats-Unis 

En 1941, fuyant cette fois la France, elle obtient la possibilité de s’installer aux Etats-Unis. Elle y publiera deux des ouvrages majeurs de sa carrière sur le totalitarisme et le nazisme. Dans Les origines du totalitarisme, pour lequel elle puise dans son expérience traumatisante d’apatride, elle s’interroge sur les causes morales et politiques du nazisme. Le livre est aujourd’hui un classique de la philosophie. Pour elle, l’effondrement de la société de classes a mené à la désolation des individus, c’est-à-dire à leur déracinement social et culturel. Perdus, ils se sont alors repliés vers le totalitarisme qui présentait une certaine cohérence.
Son autre ouvrage majeur est un essai sur le procès d’Adolph Eichmann, l’un des exécutants de la solution finale. Dans Eichmann à Jérusalem, elle décrit le gradé nazi comme un homme ordinaire, privé de conscience, illustrant la fameuse idée de la « banalité du mal ». Montrant avec force qu’Eichmann se contentait d’obéir aux ordres.

Ses derniers ouvrages sont, eux-aussi en prise directe avec l’époque. Le totalitarisme n’est plus politique, il est désormais économique : le capitalisme triomphe. Ce sont La Condition de l’homme moderne et La Crise de la culture. Elle y critique la suprématie du monde du travail. Suprématie qui exerce une pression de plus en plus forte sur les individus:chacun doit se battre pour survivre. Cette déshumanisation soumet le citoyen au diktat de l’économie et appauvrit sa réflexion politique. C’est tout l’espace public qui en pâtit.

hannah-arendt2La philosophe en 1964. Une année après sa relation du procès d’Eichmann a Jérusalem.
© Heritage Images/Leemage

« Penser sans expérience personnelle est impossible ». Cette phrase prononcée à la fin de sa vie est comme un slogan. Ayant elle-même fui l’Allemagne nazie et totalitaire, sa pensée et ses combats sont intimement liés à son histoire personnelle, indissociables de l’exil.

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