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Incommodé par la 3D ?

Les images en relief pourraient bien déborder sur nos télévisions et téléphones. Mais pour certains, elles sollicitent trop les yeux.

3D© Frédéric Woirgard / LookatSciences

Walter Murch, ce nom ne vous dira peut-être rien. Pourtant dans le milieu du cinéma, l’homme est une référence. Et pour cause, il est le monteur attitré des films de Francis Coppola et a déjà reçu trois oscars . Récemment, il s’est exprimé pour dire tout le mal qu’il pensait de la 3D au cinéma. Un point de vue qui va résolument à l’encontre de la tendance du moment. A l’écouter, la 3D serait aussi peu naturelle que de "se tapoter la tête tout en se frottant le ventre". Il pousse l’argumentation sur le terrain scientifique : en cause, la dissociation des plans d’accommodation et de convergence oculaire. 

L’accommodation permet de voir net tandis que la convergence assure de ne pas voir double. Prenons l’exemple d’un objet qui se rapproche de nous. Dans l’oeil, notre cristallin se cambre afin que les rayons lumineux se focalisent sur notre rétine, c’est l’accommodation. Dans le même temps, nos deux yeux, qui ont au repos des axes de vision parallèles, prennent un angle l’un par rapport à l’autre pour éviter la vision double. C’est la convergence. Fonctionnant ensemble, ces deux principes permettent à nos deux yeux de maintenir une vision nette et unique de l’objet. Pour Richard Legras, un des responsables de la formation d’optométrie à l’Université Paris-Sud, qualifier la 3D de “contre-nature” paraît un peu excessif :"Voir en trois dimensions, c’est ce que fait le cerveau toute la journée !

3D© Frédéric Woirgard / LookatSciences

Au cinéma, la 3D repose sur le principe suivant : proposer une image différente à chaque œil afin que le cerveau, interprétant ces deux signaux, reconstitue une image en relief, aidé en cela par la connaissance qu’il a de la scène et du contexte. Naturel mais néanmoins fatigant : l’association des ophtalmologistes américains estime qu’un quart de la population a des problèmes avec les films en 3D. Richard Legras admet que "pour les sujets n’ayant pas une vision binoculaire bien établie, comme notamment les enfants de moins de six ans, la dissociation entre plan d’accommodation et plan de convergence est certainement source de fatigue." 

Image fantôme 

“Que la 3D soit contre-nature, comme le dit Walter Murch, est vrai, précise en revanche Pascaline Neveu, chercheuse à l’Institut de Recherche Biomédicale des Armées. Avec la 3D, l’accommodation se fait sur le plan de l’écran, d’où vient la lumière. Mais pour ne pas voir double, il faut que la convergence s’opère là où se situe l’objet virtuel, donc sur un autre plan puisque l’image est en relief !" Et la chercheuse enfonce le clou : "Il y a d’ailleurs bien d’autres éléments susceptibles d’être fatigants lorsqu’on regarde un film en 3D." L’image fantôme par exemple : il arrive qu’un œil voie une image destinée à l’autre œil. Ce qui force le cerveau à faire le tri parmi ces informations contradictoires. Ce souci technique serait surtout le fait des lunettes passives (voir encadré). 

Ce n’est pas tout : pour peu que les deux caméras gauche et droite aient un positionnement vertical différent, le cerveau se retrouve à devoir fusionner deux images décalées, ce qui n’est pas reposant. Les effets de saccade - les yeux sautent d’un objet à l’autre - et de poursuite - les yeux suivent un objet en continu - sont très naturels en vision classique mais parfois plus fatigants en 3D. La convergence devant varier en permanence, la perception des mouvements en profondeur peut poser problème.

Les scènes trop rapides ne laissant pas le temps à l’œil et au cerveau de digérer l’information, l’avenir de la 3D est peut-être entre les mains des scénaristes. Sauront-ils imaginer des scènes lentes, poétiques et contemplatives ? Assez paradoxalement, c’est peut-être ainsi que la 3D exprimera le mieux sa différence. Comme c’est le cas avec le film d’Ang Lee L’Odyssée de Pi. 

Lunettes actives ou passives ? 

3D© Frédéric Woirgard / LookatSciences

Lunettes actives ou passives ? Les deux systèmes reposent sur le même principe, celui d’envoyer une image différente à chaque œil, mais font des choix différents pour y parvenir.

Le système actif diffuse séquentiellement à l’écran les images destinées à chaque œil. Parallèlement, un signal infrarouge, est transmis aux lunettes qui obturent alternativement, et de manière active, l’un des deux yeux. La synchronisation doit être parfaite et les lunettes doivent être équipées de batteries, ce qui les rend plus lourdes, plus chères et plus fragiles.

Le système passif superpose à l’écran les deux images en même temps. Mais une ligne sur deux est polarisée de manière à être reçue par un œil tandis que la ligne suivante, polarisée différemment, sera reçue par l’autre œil. La principale faiblesse du système passif, dont la popularité décline, est d’avoir une définition de moitié par rapport au système actif.

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