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La première expédition océanographique mondiale

En 1872, le HMS Challenger quitte l'Angleterre. Mission : sonder les océans. A leur retour, les scientifiques apportent la preuve que les fonds marins ne sont pas désertiques.

Le HMS challengerLe HMS Challenger peint par William Frederick Mitchel, peintre officiel de la Royal Navy.
© Domaine public

Un navire de Sa Majesté s’apprête à quitter le port de Portsmouth. Son nom, le HMS Challenger. A son bord, 250 hommes d’équipage mais aussi cinq scientifiques et un artiste, dirigés par Charles Wyville Thomson. Le naturaliste écossais, qui est à l’origine de cette expédition, fait embarquer 400 km de câbles, plusieurs tonnes d’équipement et une chambre noire pour le développement des photographies.
Nous sommes le 21 décembre 1872. Cap sur les Canaries. Le début d’un périple hors normes que peu d’expédition ont égalé jusqu’à aujourd’hui . Après avoir traversé l’Atlantique, le bateau longe la côte américaine pour rejoindre finalement l’Afrique. Il repart vers le Brésil puis s’aventure dans les mers australes. Il passe par l’Antarctique pour remonter par la Tasmanie et rejoindre Hong-Kong après avoir traversé l’Asie du sud. Le navire se dirige ensuite vers le Japon où il découvre la fosse des Mariannes. Il rejoint Hawaï, longe la côte chilienne, passe la Cap Horn et rejoint Saint Hélène. Direction l’Atlantique Nord vers la Guinée, le navire termine finalement son périple en Espagne...

Les chiffres du HMS Challenger

3,5 années (1872 – 1876) d’expédition
5 500 mètres, c’est la profondeur maximale de récolte d’animaux
362 stations d’échantillonnage
13 000 échantillons collectés
1 500 nouvelles espèces décrites
60 000 miles nautiques parcourus, soit 130 000 kilomètres.
50 volumes de résultats publiés soit 29 552 pages
1895 : date de parution du dernier volume, soit 19 ans après le retour du bateau

Tout au long du parcours, pour effectuer leurs mesures et prélèvements, les scientifiques, aidés de l’équipage, déroulent un câble afin de sonder les profondeurs. A cette époque les instruments de mesure et de collecte sont encore très simples ; comme ce thermomètre, enchâssé dans une capsule métallique pour le protéger de la pression. La collecte du plancton, réalisé jusqu’à 1500 mètres de profondeur, se fait à l’aide de filets. Et pour draguer tout ce qui vit au fond des mers, l’équipage utilise un chalut, telle une grosse poche, qu’on laisse traîner à l’arrière du bateau. Les hommes de Thomson collectent aussi des roches et des sédiments. Une fois ramenés à la surface, les échantillons sont triés et décrits par les scientifiques, dessinés par l’artiste du bord puis répertoriés avant d’être soigneusement conservés dans des bocaux étiquetés. Et le plus souvent, les espèces décrites n’ont jamais été observées auparavant.

Le fond des océans serait désert


Cette première campagne d’explorLocalisation du Localisation du "Challenger Deep" dans l'océan Pacifique occidental. Le point le plus profond mesuré par les scientifiques de bord.
© Wikimedia Commons
ation des fonds océaniques
se déroule au moment où les compagnies des télégraphes installent les premiers câbles au fond des mers. Mais on a peu de connaissances sur la profondeur des océans. Le concept des fonds obscurs, sans vie, est communément admis. Comment imaginer que des organismes vivants puissent résister à l’absence de lumière, aux fortes pressions exercées par la colonne d’eau ? Comment survivre aux basses températures à des milliers de mètres de profondeur ?
Les scientifiques souhaitent par ailleurs vérifier une théorie : ces grands fonds seraient-ils devenus un refuge pour des espèces disparues sur la terre ferme ? Certains animaux des profondeurs ressembleraient en effet étrangement aux fossiles d’espèces terrestres éteintes et conservées dans les roches...
Au cours des trois années et demie d’expédition, le navire s’arrêtera plusieurs centaines de fois en mer pour prendre mesures et échantillons. Dans le Pacifique Ouest, le bâtiment de la Royal Navy sonde jusqu’à 8200 mètres de profondeur. Mais par manque de câble, ils ne peuvent aller jusqu’au bout de leurs mesures. Ce point situé au niveau de la fosse des Mariannes est appelé le "Challenger Deep", du nom du bateau explorateur. Il sera longtemps considéré comme le point le plus profond des océans. Avant que de nouvelles mesures réalisées beaucoup plus tard, pendant la seconde moitié du XXème siècle, évaluent à 10 911 mètres la profondeur de la fosse des Mariannes.


Tectonique des plaques


Les scientifiques vont aussi ramener à bord les premiers nodules polymétalliques, agrégations de plusieurs substances en une roche solide, que l’on retrouve au fond des mers. Ce sont les premiers à mettre en évidence une dorsale, comme une montagne, au fond de l’Atlantique. Ces fosses et dorsales, décrites pour la première fois, vont préparer le terrain à la théorie de la tectonique des plaques, qui ne sera proposée par Alfred Wegener qu’en 1912. L’expédition du HMS Challenger a aussi révélé que le fond des océans n’est pas uniquement couvert de sédiments. Enfin elle a notamment permis de montrer que les espèces animales vivant en profondeur sont nombreuses et vaNodule polymétalliqueNodule polymétallique. Une agrégations de plusieurs substances en une roche solide, que l’on retrouve au fond des mers et qui a été ramené pour la première fois par l’expédition.
© Wikimedia Commons
riées, qu’elles s’adaptent à différentes profondeurs et à différentes pressions. Non, le fond des océans n’est pas un refuge pour de très vieilles espèces disparues ailleurs sur Terre...
L’ensemble de l’expédition dirigée par Charles Wyville Thomson représente une somme scientifique exceptionnelle. Il sera anobli à son retour et publiera en 1877, "Le voyage du Challenger". Presque 150 ans après, l’expédition fascine toujours et reste un modèle du genre.


"De nombreux zoologistes marins se retournent avec nostalgie vers les célèbres expéditions du Challenger [...].  Depuis le début des années 1980, nous avons eu la chance de pouvoir conduire nous aussi des explorations scientifiques dont l’ampleur et l’intensité ne sont comparables qu’à ces fameuses expéditions historiques."
Philippe Bouchet, zoologiste, MNHN

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