logo Essonne

Le voyage initiatique de Darwin

En 1831, un jeune naturaliste anglais embarque sur le voilier HMS Beagle. De ces presque cinq années autour du monde naîtra plus tard la théorie de la sélection naturelle.

Le BeagleLe Beagle ne s’est pas arrêté de faire le tour du Monde après Darwin. Sur cette peinture, le bateau est en expédition en Australie.
© Wikimedia Commons

Plymouth, Angleterre, le 27 décembre 1831. Le HMS Beagle (en anglais, "beagle" décrit une race de chien), voilier affrété par l’amirauté britannique pour effectuer des mesures et des relevés cartographiques autour du monde, quitte le port. Dirigé par le capitaine Robert FitzRoy, il compte 76 passagers à son bord dont un naturaliste enthousiaste de 22 ans, Charles Darwin.

Les étapes s’enchaînent : Ténérife, îles du Cap-Vert, rochers de Saint-Paul infestés de requins, île de Fernando de Noronha brûlée de sécheresse… Après cette traversée de deux mois, le Beagle débarque enfin dans le port brésilien de Bahia le 28 février 1832. Pour l’équipage, c’est le début d’un premier périple de plus de deux ans le long de la côte est de l’Amérique du Sud marqué par de nombreuses escales ; autant d’occasions d’étudier la nature pour le jeune Charles qui y fait de surprenantes découvertes.

Les dates du périple du HMS Beagle

- Décembre 1831-Février 1832 : de Plymouth (Angleterre) à Bahia (Brésil)
- Février 1832-Juin 1834 : versant est de l’Amérique du Sud
- Juin 1834-Octobre 1835 : versant ouest de l’Amérique du Sud
- Octobre 1835-Octobre 1836 : des îles Galápagos à Falmouth (Angleterre)

En savoir plus
: Consultez la carte interactive

Les premières ont lieu en Argentine. A Punta Alta, Darwin trouve en effet d’immenses ossements fossilisés de mammifères préhistoriques, dont certains présentent d’étranges similitudes avec l’actuel tatou… ! Autre observation, près du Port Saint-Julien, Darwin examine le squelette d’un pachyderme disparu dont les os du cou rappellent ceux du lama… Autant d’indices jetant le doute sur le dogme religieux alors en vigueur selon lequel les espèces n’ont pas évolué depuis leur création par Dieu !


Charles DarwinCharles Darwin, vers la fin de sa vie. Il publia “L’origine des espèces” plus de 20 ans après son périple sur le Beagle.
© Wikimedia Commons


Choqué par l’esclavage

Cette première grande étape est ponctuée par de nombreuses anecdotes. A Bahia, le jeune Anglais est choqué par la condition des noirs rencontrés en ville, à l’opposé du capitaine du Beagle qui fait l’éloge de l’esclavage. Suite à une dispute animée entre les deux hommes, Robert FitzRoy interdit dès lors au naturaliste de partager sa table ! Conscient de s’être emporté, il lèvera vite cette interdiction.

Le nombre d’échantillons rapportés par Darwin suscite également une certaine incompréhension chez le capitaine ; ce dernier a parfois du mal à saisir l’intérêt d’encombrer le bateau avec tout ces "déchets" qu’il juge inutiles !
Autre moment mémorable : l’accueil pour le moins étonnant des habitants de la Terre de Feu, à la pointe sud du continent américain, en décembre 1832. Seul un mince manteau en peau de guanaco, sorte de lama, couvre tant bien que mal leurs corps nus. En signe d’amitié, un vieillard coiffé de plumes, et dont le visage est étrangement maquillé, caresse la poitrine de Darwin tout en gloussant bizarrement… Particularité surprenante : les "sauvages" imitent à merveille les gestes et même certains mots des membres de l’équipage ! Trois Fuégiens (natifs de la Terre de Feu) qui avaient été arrachés à leurs terres lors d’un précédent voyage du Beagle afin qu’on "les éduque", sont restitués à leurs proches. But espéré de la manoeuvre : que ces trois là "éduquent" à leur tour leurs semblables... Deux années plus tard, quand le navire repassera, l’équipage retrouvera seulement l’un des trois autochtones, complètement retourné à la vie sauvage. Les deux autres se sont enfuis. Le pari de Robert FitzRoy, qui s’était personnellement investi dans leur éducation, est perdu !


La survie des mieux adaptés


Croquis de pinsons Croquis de pinsons observés par Darwin.
© Wikimedia Commons
Dans la matinée du 10 juin 1834, le Beagle se jette dans le Pacifique. S’ensuit une expédition de plus d’un an sur la côte occidentale de l’Amérique du Sud et sur certaines îles environnantes. C’est sur celles des Galápagos que le naturaliste fait une découverte déterminante : chaque île semble avoir généré des espèces cousines mais à chaque fois uniques et chacune d’entre elles semble être spécifiquement adaptée à son environnement. Les pinsons se distinguent par exemple par la taille et la forme de leur bec. Darwin suggère que l'isolement de ces oiseaux sur chacune des îles les a conduits, à partir d'une souche unique d'origine continentale, à présenter des variations probablement liées à des différences de mode de vie et d'habitudes alimentaires. Cette observation est cruciale. Elle contribuera fortement à l’élaboration de sa théorie sur l’évolution des espèces qui met en avant le facteur environnemental. Ce que Darwin appellera la “survie des plus forts” (survival of the fittest).

Le 20 octobre 1835, le Beagle quitte les Galápagos. Durant cette dernière année de son périple, il passe par Tahiti, les îles Cocos, l’île Maurice…
Le 2 octobre 1836, le navire pénètre enfin dans le port anglais de Falmouth au terme d’un périple de quatre ans, neuf mois et cinq jours ! C’est donc de cette épopée hors du commun que naîtra, 23 ans plus tard, en 1859, la publication de L’Origine des espèces, ouvrage dans lequel Darwin exposera sa théorie de la sélection naturelle.

J'ai toujours senti que je devais à ce voyage la première formation ou éducation de mon esprit. Je fus conduit à m'occuper de diverses branches de l'histoire naturelle, et ainsi s'accrut ma puissance d'observation, bien qu'elle ait toujours été assez développée

Charles Darwin.

Restez connecté

Suivez-nous : Page Facebook Page Twitter

Lettre d'information :

Vidéo

Cette vidéo nécessite le plug-in gratuit Flash 8.
Il semble que vous ne l'avez pas.
Cliquer ici pour le télécharger

Interview de Xavier Raepsaet - La propulsion nucléaire spatiale

Portraits d'experts

  • Romina Aron Badin, les primates au coeur
  • Jacques-Marie Bardintzeff, une vie consacrée aux volcans
  • Catherine Charlot-Valdieu :  Home sweet home
  • Didier Labille, l’astronomie en amateur professionnel