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La Grande Barrière de Corail australienne décline. La faute à une prolifération d’étoiles de mer. Mais d’autres dangers menacent !

Corail de mer© Creative commons / amassard

Au large de l’Australie, se joue une tragédie. L’agresseur, l’Acanthaster planci - ou Acanthaster pourpre - avec ses épines piquantes et venimeuses, disposées tout le long d’un corps pouvant atteindre 80 cm de diamètre, est affublée de surnoms aussi évocateurs que la "couronne du Christ" ou le "coussin de belle-mère". Cette étoile de mer est surtout précédée d’une solide réputation de tueuse. En face, la Grande Barrière de Corail australienne. S’étalant sur des milliers de kilomètres et réputée dans le monde entier pour son exceptionnelle diversité (voir encadré). Entre les étoiles et la Barrière, c’est un duel dans le Pacifique.

Et contre une invasion d’individus décidés à les engloutir, les coraux de la Barrière n’ont aucune chance. C’est du moins le pronostic de Clive Wilkinson, qui a été pendant 16 ans le coordinateur du Global Coral Reef Monitoring Network - le réseau de surveillance mondial des récifs coralliens - et qui est aujourd’hui consultant pour les Nations Unies. Le combat est pour le moins inégal. Les coraux sont autant plante qu’animal. On les trouve dans les mers chaudes vivant en colonie. Ils s’accrochent aux rochers grâce à leur squelette calcaire. Mais ils ne sont pas armés pour se défendre contre l’Acanthaster pourpre qui s’en nourrit dès qu’elle atteint l’âge adulte. 

Cette dernière est devenue star du net grâce à un article publié le 5 septembre dernier sur le site de l’Académie américaine des sciences. Cette étude nous apprend que la Grande Barrière de Corail (voir encadré) a vu sa couverture corallienne diminuer de moitié en 27 ans. L’Acanthaster pourpre expliquerait à elle seule 42% de la dégradation. Clive Wilkinson souligne que « De nombreux facteurs humains pourraient expliquer ces invasions récurrentes d’étoiles de mer ». En premier lieu, la pollution aux nitrates et phosphates qui favorise la survie des larves d’étoiles en leur apportant davantage de nutriments, et la surpêche qui prive l’écosystème de certains prédateurs.

Corail mou© Creative commons / Al@in76
Changements climatiques

Mais il y a pire, prévient le scientifique : les changements climatiques. La Grande Barrière de Corail a beaucoup à craindre du réchauffement de la planète, de l’intensification des cyclones et de l’acidification des océans. 

La plupart de ses coraux vivent grâce à la relation symbiotique qu’ils entretiennent avec des algues microscopiques, les zooxanthellae. Hébergées dans le corail même, elles lui fournissent jusqu’à 90% de son énergie. Mais si la température monte trop, ces algues deviennent toxiques pour le corail qui doit alors les expulser. Privé de leur usine à sucre, stressés, les coraux blanchissent et deviennent plus sensibles aux maladies et plus vulnérables encore aux cyclones toujours plus violents qui traversent la planète. 

Enfin, l’acidification des océans pourrait bien livrer le coup de grâce aux coraux. Elle est la conséquence directe de l’effet de serre : environ un tiers du carbone rejeté dans l’atmosphère plonge dans les mers. Dans l’eau rendue ainsi acide, le calcaire s’y dissolvant davantage, les coraux éprouvent plus de difficultés à fabriquer leur squelette. 

Comme le souligne Clive Wilkinson, "La Grande Barrière de Corail a toujours eu une forte capacité à se relever de ses blessures, c’est ce que l’on appelle son facteur de résilience". Simplement, de plus en plus exposée à de multiples agressions, elle met chaque fois plus de temps à se réparer. Le signal d’alarme est tiré. Seule une solution politique pourra renverser la tendance."Si nous voulons sauver les coraux et d’autres écosystèmes, nous devons commencer à être sérieux et abandonner ce petit jeu auquel nous nous sommes livrés lors des dernières conférences internationales sur le climat, à Doha et avant, à Copenhague, Cancun et Durban…"

 

La Grande Barrière de Corail en 13 chiffres


lookatsciences 02© Matt WrightSituée au large du Queensland, l’état du Nord-Est de l’Australie, la Grande Barrière de Corail est la plus grande structure vivante sur la planète et la seule qui soit visible depuis l’espace. Aussi vaste que l’Allemagne, elle s’étend sur 344 000 kilomètres carrés, 2 600 km de long. Ses 2 900 récifs individuels sont composés de 600 espèces différentes de coraux et abritent 400 espèces d’éponges, 3 000 espèces de mollusques, 1 500 espèces de poissons, 100 espèces de méduses, 122 espèces de requins et raies, 500 espèces de vers et 30 espèces de dauphins et baleines.
Classée au Patrimoine Mondial de l’Humanité, la Grande Barrière de Corail fournit 60 000 emplois et génère un revenu annuel de 5 milliards de dollars australiens en grande partie dû au tourisme.

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