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Vous reprendrez bien une dose de jeu vidéo ?

Les consoles provoquent-elles des comportements de type addictif ? Comment rester maître de la machine ? Jouer à l’excès à des jeux vidéos, est-ce dangereux ?

lookatsciences 13882 09b© Patrick Dumas / LookatSciences

Alors qu’une marque japonaise très connue a annoncé fin 2012 avoir dépassé en Europe le cap des 30 millions de nouvelles consoles vendues, La Banque des Savoirs fait un point avec Marc Valleur, psychiatre et spécialiste des soins et de l’accompagnement des pratiques addictives, notamment celles liées au jeu. Il travaille à l’hôpital Marmottan (Paris), un centre dédié aux toxicomanes et aux personnes dépendantes, dont il est le médecin chef depuis avril 2000. Auteur de nombreux ouvrages dont « Les pathologies de l’excès » et « Le désir malade ».

21565 02 - copie© Frédéric Woirgard / LookatSciences

Banque des Savoirs : A partir de combien d’heures par semaine peut-on parler d’addiction ?

Marc Valleur : Cela ne se mesure pas ainsi. Ce qu’il faut vérifier, c’est que cet investissement ne coûte pas trop cher au niveau des amitiés et des relations avec les autres. Les jeux de réseau en ligne ont tendance dans un premier temps à se développer au détriment des autres loisirs : les jeunes laissent progressivement tomber le sport, la musique, le cinéma et la petite copine, ou le petit copain, pour laisser toute la place à ce loisir unique. Dans un deuxième temps, et c’est généralement à ce stade que l’entourage s’inquiète, le jeu peut déborder sur tout le reste et perturber la vie familiale et scolaire ou professionnelle.

BdS : Vous ne parlez que des jeux de réseau sur Internet ?

M. V. : Oui, ces fameux MMORPG (Massively Multiplayer Online Role Playing Game, les jeux de rôles massivement multijoueurs sur Internet). Ils procèdent d’une forme de jeu très particulière et qui est apparemment la seule à être addictive. Nous ne voyons jamais personne qui souhaite arrêter Tétris ou le Solitaire mais beaucoup consultent pour arrêter World of Warcraft ou d’autres jeux de ce genre. Il faut savoir que se lancer dans un MMORPG, c’est s’engager dans une activité ressemblant à un travail. On va se retrouver dans une guilde, avec des supérieurs et des inférieurs hiérarchiques, de gens avec qui on va avoir des rendez-vous qui seront vécus comme obligatoires. Cela devient vite très chronophage !

BdS : Que viennent y chercher les jeunes joueurs ?

M. V. : Précisons d’abord qu’ils ne sont pas si nombreux. Le jeu vidéo est la première industrie de loisir en France et quelques centaines de cas par an, c’est très peu, ramené aux millions de personnes qui y jouent régulièrement. Les jeunes, qui sont les plus touchés, sont souvent des personnes intelligentes mais très introverties. Beaucoup sont également issus de milieux perturbés, de familles où règne une forte tension. Il est très facile de comprendre qu’ils soient tentés de se réfugier dans ces univers virtuels grandioses et féériques. Le problème avec la vraie vie, c’est qu’elle est très incertaine et parfois injuste. Alors que dans le jeu, pour peu que vous y passiez suffisamment de temps, vous serez toujours récompensé.
 
BdS : Les jeux seraient donc conçus pour fabriquer de l’addiction ?

M. V. : Non, je ne crois pas au machiavélisme des concepteurs. Je pense au contraire que les jeux les mieux imaginés constituent une bonne prévention. L’addiction finit toujours par devenir une routine répétitive qui ne nécessite aucune habileté. La complexité du jeu et son intensité narrative permettent d’y échapper. Certains concepteurs réfléchissent à avoir des personnages qui se fatiguent et qui ont besoin de récupérer. C’est une piste astucieuse car il deviendrait alors rentable, pour la dynamique du jeu même, d’en sortir ! Enfin, peu de parents savent que la plupart des jeux comportent des logiciels de contrôle permettant par exemple d’empêcher de les pratiquer en dehors de certains horaires.

BdS : Les jeux vidéo sont souvent dénoncés pour leur violence. Est-ce un facteur agravant ?

M.V. : Avec la violence, je crois que nous avons affaire à un faux problème. Il est normal qu’il y ait de la violence dans le jeu, tout comme il y a des cadavres dans les romans policiers ou des coups de feu dans les westerns. L’intérêt même du jeu pour la civilisation est de permettre d’y réaliser ce que l’on s’interdit dans la vie réelle. C’est sa fonction cathartique. Le jeu canalise tant la violence que je constate au contraire que certains joueurs n’ont plus l’agressivité nécessaire à la compétition  sociale, aux combats quotidiens de la vie.

BdS : Vous souhaitez mettre en garde les plus jeunes joueurs ?

M. V. : Il faut prévenir les jeunes le plus tôt possible qu’en se lançant dans un jeu en réseau sur Internet, ils risquent de gaspiller pour toujours un temps précieux. Il ne doivent pas non plus s’imaginer qu’en consommant tel ou tel produit, il seront uniques et différents des autres. Atteindre un niveau exceptionnel dans un jeu ne remplacera jamais un diplôme ni une profession. Réfléchissez à votre épanouissement personnel, discutez-en autour de vous.

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