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Carnivores : attention aux pièges !

Attirer, capturer, digérer… tels sont les trois mots d’ordre des plantes carnivores, qui utilisent l’azote issu de leurs proies pour compléter leurs repas. Petit tour d’horizon des pièges de ces belles rebelles…

DionéesLa dionée (Dionaea muscipula), originaire des États-Unis, est la plus populaire des plantes carnivores, également appelée "gobe-mouches" ou "attrape-mouches".
© V. Roussaly/InfosCarnivores.com

Par l'odeur alléchée, la mouche s'est posée. Sans se méfier, juste sur l'extrémité d'une feuille de népenthès, une plante carnivore de l'Asie tropicale. Plus précisément : sur les bords de l'urne que la feuille a formée en se développant. Or, pour mieux boire le nectar, la mouche se penche. Et là, patatras. Ses pattes commencent par glisser sur la cire recouvrant le tiers supérieur de l'urne. Du coup elle tombe au fond, dans un liquide visqueux sécrété par la belle népenthès. Jusqu'alors, on pensait que ce fluide n'avait d'autre fonction que de digérer les proies.

Mais en associant leurs compétences respectives, la biologiste Laurence Gaume (CNRS/ Université Montpellier 2) et le physicien Yoël Forterre (CNRS/Université Aix-Marseille) ont montré que son rôle était bien plus important. Pour le tester, ils ont jeté des mouches dans le fameux fluide et les ont filmées, puis ils ont réalisé de nombreuses mesures sur les propriétés physiques du fluide. Résultat : plus les mouches se débattent, plus le fluide leur apparaît "solide" : une véritable gelée qui résiste à leur mouvement. Lorsque les mouches tentent d'extraire leurs pattes du fluide, cette sorte de salive génère des filaments viscoélastiques qui les retiennent irrémédiablement dans le piège. Ainsi, pour notre mouche, c'en est fini. Bientôt, elle sera réduite à néant et digérée. Comme le sont beaucoup d'insectes pris aux pièges des plantes carnivores…

NépenthèsLe népenthès est une plante à fleur originaire d'Asie du Sud-Est. Les feuilles se terminent en urnes qui piègent et digèrent des insectes.
© V. Roussaly/InfosCarnivores.com
Pour attirer leurs proies, ces plantes ne manquent pas d'imagination. Observez par exemple la dionée, une autre plante carnivore originaire d'Amérique du Nord. Elle a carrément transformé ses feuilles, les pliant en deux pour former des mâchoires ! Si un insecte a le malheur de venir s'y poser, attiré par l'odeur du nectar, et de toucher par deux fois un des trois (ils sont vraiment au nombre de trois !) poils sensibles situés au cœur de chaque mâchoire, en un dixième de seconde les mâchoires se referment, un mucus venant même jouer le rôle de joint d'étanchéité. La pauvre bête n'a aucune chance de s'en sortir. D'abord parce que la dionée fabrique alors à tout va des enzymes (protéine permettant une réaction chimique) de digestion. Ensuite parce que le piège ne s'ouvre à nouveau qu'une à deux semaines plus tard, quand il ne reste quasi plus rien de l'insecte !

Tout aussi diabolique est le piège de l'utriculaire, une plante carnivore aquatique que l'on trouve un peu partout dans le monde. Certaines ramifications de ses feuilles portent des petites outres. Leur entrée est fermée par un clapet et cernée par de longs filaments. Or, dès qu'un mini crustacé ou un ver de vase vient à les effleurer, le clapet s'ouvre, l'outre aspire d'un grand coup l'eau et l'animal avec, avant de refermer sa porte… Le tout, en l'espace d'un trentième de seconde ! Le sort de la pauvre bête est alors scellé : à l'intérieur de l'outre, les parois sécrètent des enzymes. Et quand l'outre expulse l'eau, une demi-heure à deux heures après, il n'y reste que des micro miettes…

Dans un autre genre, les droseras que l'on trouve surtout dans les tourbières (terrain contenant de la tourbe, matière spongieuse et légère), font aussi très fort. Elles ont adopté une stratégie du "papier tue-mouche", améliorée. Leurs feuilles sont en effet recouvertes de glandes qui ont une double particularité : elles sont mobiles et fabriquent des gouttelettes de glu à leur extrémité. DroseraLa drosera, parfois appelée "rosée de soleil", est une plante minuscule qui vit sur des sols très humides. On la rencontre surtout en Australie et en Nouvelle-Zélande, mais aussi en Europe, Amérique du Nord, Asie, et même au Groenland.
© V. Roussaly/InfosCarnivores.com
Aguichés par les reflets de ces gouttelettes, dont la couleur tantôt vive tantôt transparente peut faire croire qu'il s'agit d'eau ou de nectar, les insectes sont pris au piège et littéralement "scotchés". Pire : en cherchant à se libérer, ils s'engluent davantage, comme dans les urnes de népenthès. En plus, tels des tentacules, ces glandes vont se pencher et maintenir l'insecte en place, tandis que la feuille se replie et le ramène en son centre où d'autres glandes vont sécréter le suc digestif. L'insecte, d'abord asphyxié par la glu qui bouche ses trachées, est ensuite digéré par les enzymes que libère la plante. Car telle est la définition de toute plante carnivore : c'est une plante capable d'attirer, de capturer et de digérer des proies.

Mais pourquoi diable ont-elles besoin de cela ? Ces plantes vivent généralement dans des sols pauvres en azote - un élément essentiel à la croissance de tous les végétaux, présent dans certains engrais. Comme tout autre organisme végétal, elles sont capables d'utiliser le dioxyde de carbone, l'eau et la lumière pour fabriquer les sucres essentiels à leur croissance par photosynthèse. Seulement, ne trouvant pas dans le sol tous les nutriments et sels minéraux qu'il leur faut, elles ont appris - au cours de l'évolution - à se les procurer autrement que par leurs racines, en mettant au point des pièges pour manger des petites bêtes et assimiler leur azote.

Ces pièges n'en finissent pas d'étonner les scientifiques, qui mènent depuis longtemps des recherches tous azimuts pour en élucider le fonctionnement. Et si l'on en croit Laurence Gaume, on pourrait en tirer profit : quand on en saura plus sur la "salive" de népenthès, il sera peut-être possible de l'utiliser comme pesticide biologique, pour protéger les plantes non carnivores des petites bêtes qui auraient le malheur de vouloir les manger…

CE QU'IL FAUT RETENIR

  • Les plantes sont capables de fabriquer leurs propres sucres à partir d'énergie solaire et de gaz carbonique, mais elles doivent trouver d'autres substances alimentaires importantes, comme les minéraux, dans leur milieu environnant.
  • Les plantes carnivores poussent sur des sols acides, très pauvres en minéraux. La digestion de petits animaux leur procure l'azote organique nécessaire.
  • Les feuilles des plantes carnivores se comportent comme de véritables pièges, selon trois types de mécanismes : l'urne, les tentacules et le piège à mâchoires.
  • Les scientifiques mènent des recherches pour tirer profit de cette particularité. Les plantes carnivores pourraient être utilisées comme pesticide biologique, pour protéger les plantes non carnivores des petites bêtes.

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