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Claude Lévi-Strauss : premiers pas chez les Indiens

Doyen de l'Académie française, où il fut élu en 1973, ce grand ethnologue aurait eu 101 ans le 28 novembre de cette année. Dans un monde qu'il n'aura pas beaucoup aimé...

Claude Lévi-Strauss en expédition au BrésilDe 1935 à 1939, Claude Lévi-Strauss organisa et dirigea plusieurs missions ethnographiques dans le Mato Grosso et en Amazonie (Brésil).
© Claude Lévi-Strauss

"Il arrive à son centième anniversaire en déplorant d’avoir eu à vivre si longtemps." C’est ainsi que l’éminente anthropologue française, Françoise Héritier, parlait de son maître à penser et ancien professeur, Claude Lévi-Strauss. Nous étions en novembre 2008.

Claude Lévi-Strauss a pourtant des tonnes d’admirateurs et suscite des vocations chez bien des lecteurs. Car si son œuvre constitue l’un des socles de l'ethnologie, pas besoin d’être un expert pour le lire. N’importe quel adolescent peut se plonger dans Tristes Tropiques, son best-seller récemment réédité pour la prestigieuse collection La Pléiade.

Un roman d’aventure ? Non. Des carnets de voyage ? Pas franchement : Claude Lévi-Strauss hait les voyages et les explorateurs, comme il le précise dès la première phrase de Tristes Tropique, écrit en 1954. Son ouvrage est une réflexion sur le sens des voyages et sur le métier d’ethnologue. L’auteur y résume ses théories sur la parenté, les mythes, ou encore les relations entre la nature et la culture. Et pourtant, Tristes Tropiques a touché des générations de lecteurs, tous âges et tous horizons confondus… Probablement parce que Lévi-Strauss y décrit avec une émotion contenue "l’expérience la plus importante" de sa vie : la découverte du Brésil et la rencontre des Indiens qui le peuplent, les Caduveo, les Bororos, les Nambikwaras et les Tupi-Kawahibs.

Jeune adolescente de la tribu indienne caduveoJeune adolescente de la tribu indienne caduveo, dont on fête la puberté. Elle a le visage, la poitrine et les bras décorés.
© Claude Lévi-Strauss
Cette rencontre remonte à l’hiver 1935. Jeune agrégé, Lévi-Strauss est alors professeur de sociologie à l’université de Sao Paulo. Au moment des vacances, au lieu de retourner en France comme tous les enseignants français, il décide de rester sur place et part explorer l’intérieur du pays. Une décision portée par l’idée de voir des Indiens qu’il est impossible de rencontrer aux alentours de Sao Paulo. Ce séjour dans le sud-ouest brésilien sera sa première enquête chez les Indiens de l’État du Mato Grosso, "jungle épaisse" en portugais. Une seconde, plus longue, suivra en 1938. Qu’en retient-il ?

"Sur le moment, il est assez déçu," explique Vincent Debaene, l’un des quatre éditeurs de ses œuvres pour La Pléiade. Pourquoi ? Tout bonnement parce qu’en dépit du temps qu’il passe avec les Indiens, il a le sentiment de déranger, comme il l’explique dans Tristes Tropiques : "Il faut (…) s’appliquer à passer inaperçu en étant toujours présent ; tout voir, tout retenir, tout noter, faire montre d’une indiscrétion humiliante, mendier les informations d’un gamin morveux (…)." Les notes, dessins et objets qu’il rapporte de ces deux expéditions vont pourtant constituer le cœur de son travail pour de nombreuses années. Mais il ne commencera réellement à les exploiter qu’aux États-Unis, où il se réfugie pendant la Seconde Guerre mondiale. Là, il fait une autre rencontre décisive : celle du linguiste Roman Jakobson dont il s’inspirera tout au long de sa vie.

Claude Lévi-Strauss transpose alors les "combines" que Jakobson utilise en linguistique à son propre domaine de recherche, l’anthropologie. "Pour moi, ce fut une illumination," dira-t-il plus tard. Il fonde ainsi une nouvelle méthode d’interprétation des cultures qui révolutionne l’anthropologie. Son originalité ? Mettre l’accent sur les différences entre les groupes humains pour mieux comprendre leur ressemblance ! Et en particulier les ressemblances dans la façon dont ces groupes se structurent.

Homme de la tribu indienne bororoHomme de la tribu indienne bororo. Habituellement la tenue est assez simple. Ici il est revêtu de sa tenue de fête : parures faites de touffes de duvet, diadème en plumes, labret fait d'éléments de nacre, pendentif en ongles de grand tatou...
© Claude Lévi-Strauss
Exemple : les Bororos et les Caduveo. Chez les premiers, le village circulaire est séparé en deux moitiés abritant chacune un clan, au Nord les Cera et au Sud les Tugaré. Deux clans habilement mêlés l’un à l’autre : le garçon Cera doit obligatoirement se marier à une fille Tugaré, et vice-versa ; quand un Cera meurt, c’est un Tugaré qui est chargé de la cérémonie, et inversement… Tout semble donc fonctionner par paire, de façon paisible. À l’opposé de ce qu’on observe chez les Caduveo, tribus de guerriers strictement régies selon trois castes : les nobles, les guerriers et les esclaves. Pourtant, en étudiant de plus près la société bororo, l’ethnologue s’aperçoit qu’elle comporte, elle aussi, des castes. Il remarque en effet des groupes plus ou moins "riches", comme en témoignent les plumes, arcs, flèches et autres objets propres à chaque groupe. Il comprend alors que chaque clan est en réalité réparti en trois groupes - supérieur, moyen ou inférieur - et que les mariages se font en respectant cette hiérarchie, tout comme chez les Caduveo...

Par cette même approche, Lévi-Strauss s’attaque aux systèmes de parenté, mais aussi aux outils, objets, nourritures, chants, danses et rites. En gros, à tout ce qui symbolise la culture d’un peuple. Il aboutit à l’idée qu’il existe un éventail de coutumes possibles dans lequel chaque société puise sa culture. Cette représentation tord le cou à une vision largement répandue selon laquelle les sociétés évoluent de manière linéaire d’une société "primitive" vers une société "évoluée". Il s'est d'ailleurs longtemps fait le défenseur des sociétés dites primitives, tout en portant un regard désabusé sur le devenir de notre humanité. Ce regard n’a pas changé : "Je pense au présent et au monde dans lequel je suis en train de finir mon existence. Ce n'est pas un monde que j'aime," confiait-il en 2005. Il ne l’aimait sans doute pas davantage à son retour du Brésil, en 1939. Ce qui lui fit écrire, quelques années plus tard, cette célèbre phrase : "Ce que d'abord vous nous montrez, voyages, c'est notre ordure lancée au visage de l'humanité." Déjà, les Tropiques lui semblaient donc bien tristes...

A retenir

  • Anthropologue français, né à Bruxelles le 28 novembre1908 ;
  • Il a réalisé différentes enquêtes sur le terrain, notamment au Brésil ;
  • Il a posé les bases d'une nouvelle méthode d’interprétation des cultures, mettant l’accent sur les différences entre les groupes humains pour mieux comprendre leurs ressemblances ;
  • L'essentiel de son œuvre tourne autour de deux domaines entre lesquels il a essayé d'établir un pont : la parenté et le mythe ;
  • Il a retracé sa trajectoire intellectuelle dans Tristes Tropiques (1955), un best-seller accessible à tous.

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