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Comment remplir sa tirelire ?

Faux monnayeur, trader, banquier : quel est le meilleur moyen pour gagner beaucoup d'argent en peu de temps ? C'est la question que se posait Paul. Sans savoir que cela allait l'entraîner si loin, du marché des changes aux taux d'intérêt…

Tirelire© Stockxpert

Paul, 10 ans, vient d'avoir une idée. Il a vu un reportage à la télé sur l'usine de Pessac qui, dans la région de Bordeaux, fabrique les pièces de monnaie par milliers. Certaines machines vont jusqu'à frapper 800 pièces à la minute ! Alors, quelques-unes de plus ou de moins mises en circulation… Il a calculé qu'une dizaine de pièces de 1 euro par jour, ça lui suffirait largement pour se payer le I-pod de ses rêves. Un si petit délit pour un si grand bénéfice… Faux monnayeur, en voilà un beau métier !

D'autant que la monnaie, quand on y réfléchit bien, c'est rien que du papier, non ? À se demander pourquoi les gens y accordent tant d'importance. "Parce qu'ils ont confiance" a dit la maîtresse, qui l'a renvoyé à sa leçon de latin : monnaie fiduciaire, du latin fiducia, qui a donné "la foi" en français ! Bon sang, comment n'y a-t-il pas pensé plus tôt, la monnaie, c'est de la crédibilité, et rien que de la crédibilité.

D'ailleurs, il y en a qui croient peut-être qu'en allant à la banque avec un billet on peut en ressortir avec l'équivalent en lingot d'or ! Et bien non, ça c'est des images de westerns. Même vos pièces ne sont plus qu'un vulgaire alliage d'aluminium et de nickel sans un gramme d'or ni d'argent : on ne les échange pas comme cela contre des lingots.

Mais alors, pourquoi cette confiance en l'argent ? "Parce qu'en fait, les gens ont confiance en l'État", lui a dit la maîtresse. En principe, un État solide, prospère, a une monnaie solide. Difficile à vérifier, mais il y a des signes qui ne trompent pas… Comme la valeur de la monnaie. Eh oui, encore une découverte que Paul a faite grâce à sa maîtresse ! La monnaie a un prix. Elle a même un prix de vente, et un prix de location. Incroyable non ? "Et on va où, pour acheter ou louer de la monnaie ?", a demandé Paul.

Pour la vente, il suffit d'aller sur un marché un peu particulier, où à la place des tomates et des poireaux, on trouve des dollars et des euros, et où les vendeurs s'appellent des "traders". On appelle ça des "marchés des changes". Et pour continuer dans le parallèle avec les légumes, de même que les fraises sont chères en hiver parce qu'à cette époque elles sont rares, de même la monnaie que tout le monde veut acheter devient chère. Par exemple : la France produit un vin excellent, que les Chinois, les Anglais, les Américains, les Japonais veulent acheter en grande quantité. Les vignerons français, eux, veulent être payés en euros, pas en yens ou en dollars. Logique, non ? Alors tous ces importateurs - chinois, anglais, américains, japonais - changent leur monnaie locale contre des euros, et la demande sur cette monnaie est si forte que le prix de l'euro augmente.

Imaginez maintenant que ce phénomène se produit 45 fois par jour, dans un sens et dans l'autre, sur quantité de produits différents, et vous comprenez pourquoi les salles de marchés offrent une image d'agitation permanente. Les prix des monnaies varient tout le temps ! D'ailleurs, heureusement que ça ne se passe pas comme ça avec le prix des poireaux, les caissières deviendraient dingues si elles devaient changer les étiquettes toutes les dix minutes. "Trader" plutôt que faux monnayeur ? "Non, ça vaut pas le coup, se dit Paul, c'est peut être moins risqué, mais tout aussi stressant…"

"Et si je louais de la monnaie, au lieu de l'acheter ?" se demande Paul. "Alors il faut commencer par changer de vocabulaire", lui a dit la maîtresse, car en langage de banquier, on ne parle pas de location, mais d'emprunt, et on ne parle pas de loyer, mais de taux d'intérêt. "Par exemple, si tu veux acheter un appartement, et que tu n'as pas dans ta tirelire toute la somme pour acheter, il faut que tu empruntes de l'argent à ta banque, dont tu rembourseras une petite partie chaque mois." Mais la banque, elle, doit gagner de l'argent en prêtant de l'argent : c'est le taux d'intérêt. "Si j'emprunte 10 euros, je devrais rembourser 11 euros, ou 12 euros, selon le niveau du taux d'intérêt", en déduit Paul. Plus les taux d'intérêt sont bas, plus c'est intéressant d'emprunter. Plus ils sont élevés, moins c'est intéressant.

Mais au fait, qui fixe le taux d'intérêt ? Très schématiquement, il faut imaginer une sorte de jeu de billard à trois bandes. Première bande, celle des banques centrales. En effet, chaque monnaie a sa "banque centrale" : pour le dollar, la FED (banque américaine), pour l'euro, la banque centrale européenne (BCE), pour la livre, la banque d'Angleterre, etc. Ces banques décident des taux d'intérêt à court terme (un mois environ).

Puis, deuxième bande, on arrive aux marchés des emprunts (en langage banquier, c'est le marché des "obligations"). Traders en salle des marchésUne salle de(s) marchés est une pièce disposant d'importants moyens informatiques et de communication, en liaison directe avec les marchés financiers internationaux. C'est là que sont situés les postes de travail des opérateurs de marché professionnels, aussi appelés traders.
© Stockbyte / Getty
Tout le monde, entreprise, banque, particulier, peut acheter ou vendre des obligations sur ce marché, qui concrètement ne ressemble… À rien puisque tout se passe sous forme d'échanges électroniques entre banques. Toujours est-il que c'est en fonction des taux d'intérêt à court terme que ces marchés, dits "obligataires", fixent les taux d'intérêt à moyen ou long terme (quelques mois à quelques années). Pour cela, ils ajoutent le "prix du temps" au "prix de l'argent". En effet, les niveaux des taux d'intérêt augmentent avec la durée de l'emprunt, ce pour rémunérer le risque d'inflation (augmentation des prix) dont l'incertitude croît avec le temps !

Reste aux banques "classiques" (celles au coin de votre rue) à fixer le taux d'intérêt à long terme pour l'achat de votre appartement… C'est la troisième bande. Tout cela est un peu schématique, car dans la réalité les banques peuvent aussi fixer des taux d'intérêt à court terme pour des petits crédits (achat d'une voiture par exemple). Mais le principe en tout cas est celui-là : trois marchés (celui des banques centrales, des marchés obligataires et des banques) qui interagissent.

"Finalement, se dit Paul, l'idéal ce serait que je fixe moi-même le taux d'intérêt de l'argent que je me prête. Le voilà le bon filon, directeur de banque centrale." Mais au fait, en fonction de quoi les banques centrales décident-elles du niveau du taux d'intérêt ? Pas vraiment en fonction des intérêts personnels du directeur, mais en fonction d'objectifs politiques et économiques. Et là, ça se corse !

En effet, si le taux d'intérêt est élevé, l'argent est cher, donc les gens empruntent peu, donc il y a moins de monnaie en circulation, donc pas de risque de flambée des prix ("inflation", disent les économistes). La maîtrise de l'inflation, c'est justement l'obsession de la banque européenne. En Europe, on a tellement de mauvais souvenirs du temps où Paul n'était pas né, et où les gens devaient apporter une valise pleine de billets pour acheter une baguette de pain, qu'on ne veut plus entendre parler d'inflation. Comme cela s'est produit pendant l'épouvantable crise de 1929, par exemple.

Pas question de baisser les taux d'intérêt donc. D'autres banques centrales peuvent faire d'autres choix. Par exemple, la banque fédérale américaine préfère des taux d'intérêt moins élevés, donc un argent moins cher, donc des consommateurs et des entreprises qui ont intérêt à emprunter, et relanceront la croissance en achetant plein de produits : des I-pods, des appartements, des carambars, que sais-je encore.

Évidemment, si c'était si simple, on trouverait un juste milieu entre la maîtrise de l'inflation et la relance de la croissance, entre des taux trop bas ou trop élevés… Et, hop-là ! les problèmes seraient réglés ! Mais bon, pour l'instant ça suffit à Paul, qui de toute façon s'imagine mal faire l'ENA (École Nationale d'Administration, qui forme les hauts fonctionnaires de l'administration française), puis un master finances pour devenir banquier à la BCE…

En plus, monnaie forte, monnaie faible, taux d'intérêt élevés, taux d'intérêt bas, quel que soit le cas de figure, il y a toujours des mécontents. Par exemple, si le dollar est faible et que l'euro est fort, la famille de Paul qui prépare ses vacances à New York se frotte les mains, car ils vont avoir plein de dollars pour peu d'euros, et Paul pourra peut-être réaliser son rêve numéro deux après l'achat de l'I-pod : rouler en Cadillac dans les rues de Manhattan. En revanche, le vigneron va avoir de plus en plus de mal à vendre ses produits à l'étranger : ceux qui les achètent vont finir par les trouver trop chers, si l'euro grimpe trop. Impossible de satisfaire tout le monde en même temps...

Et Paul alors, quel métier va-t-il choisir : faux monnayeur, trader ou banquier ? Pour l'instant, il va se contenter de remplir sa tirelire. Et réfléchir à quoi ça pourrait lui servir de gagner tant d'argent…


Remerciements à : Adrien de Tricornot, journaliste au Monde Économie

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