logo Essonne

Quel avenir pour la langue inuit ?

Dans ce qu’on appelle le "toit du monde", on a plein de mots pour parler de la neige ou des phoques. Mais on en a beaucoup moins pour désigner des plantes, et il faut en inventer de nouveaux pour s’adapter à la vie moderne.

Enfants InuitLe mot Inuit signifie "les Hommes", peuple venu d'Asie Centrale il y a 12 000 à 15000 ans par le détroit de Béring.
© Santé Canada

Là-haut, du Groenland au nord de l'Alaska en passant par l'Arctique canadien, les hommes ont survécu grâce à la chasse. En hiver, les phoques leur procuraient l'essentiel de leur nourriture. Alors forcément, ils ont appris à identifier chacun d'eux. Ils sont même allés plus loin. Dans leur langue, l'inuit, les différents phoques ne sont pas des variantes d'un même animal (phoque ceci, phoque cela) : ce sont des animaux tellement dissemblables qu'il leur faut à chacun un nom à part. Seule exception : le mot natsivak (phoque à capuchon) vient de natsiq (phoque annelé) et signifie "le grand natsiq".

Évidemment, les Inuit (pluriel d'inuk, qui signifie "être humain") savent que les phoques sont des uumajuit, c'est-à-dire "ceux qui sont vivants". Ils vous diront aussi qu'il s'agit de mammifères marins, qui doivent venir prendre une bolée d'air à la surface - les phoques font partie des puijiit, "ceux dont la tête surgit hors de l'eau pour respirer". Mais à leurs yeux, il n'y a pas plus de ressemblances entre un qasigiag (phoque commun) et un ujjuk (phoque barbu) qu'il n'y en a pour vous entre un morse et une baleine !

Carte de répartition de la langue inuitD'un point de vue linguistique, les Inuit sont classés en deux groupes : ceux qui parlent le yupik, et ceux qui parlent l'inuit.
© Pauline Huret "Les Inuit de l'Arctique canadien"
De la même manière, les Inuit donnent des noms distincts aux différentes formes de neige. Dans leur langue, chaque mot est constitué d'une racine (qu'on appelle aussi radical), à laquelle des termes (les affixes) ajoutent des notions de quantité, de qualité, etc. Or on compte une dizaine de racines pour la neige : la qanik, neige qui tombe sous forme de flocons, la maujaq, neige molle et épaisse qui vient de se déposer et sur laquelle il est difficile de marcher, la minguliq, fine couche de neige poudreuse, la pukak, neige très granuleuse qui a la consistance du gros sel, la katakaqtanaq, croûte de neige dure qui cède sous les pas, etc. Et quand on ajoute les affixes (en moyenne 280 par radical), on atteint très vite le millier de mots ! Si les Inuit ont de nombreux mots pour décrire la neige, c'est qu'elle leur est vitale : c'est avec elle qu'ils construisent des igloos, c'est d'elle qu'ils peuvent tirer de l'eau pour boire, c'est en fonction de son état qu'ils s'aventurent plus ou moins loin pour chasser, etc.

Naturellement, ce riche vocabulaire contraste avec le peu de mots qu'ils ont pour nommer ce qui leur est bien moins essentiel : par exemple, le monde végétal. Le mot nunajaq, qui se traduit littéralement par "morceau de sol", sert ainsi à désigner tout ce qui se trouve au ras du sol, qu'il s'agisse de lichen, de petites fleurs, d'herbe, de racines, de cailloux, etc. Et dans la langue inuit, hormis les végétaux qui poussent assez haut (par exemple uqpik, le buisson de saule) ou ceux qui ont une utilité pratique (maniq, la mousse qui sert de mèche pour la lampe à huile), les différentes sortes de plantes n'ont pas de noms à elles.

Village inuk au GroenlandLes Inuit habitent généralement dans des maisons confortables, l'igloo leur servant d'habitation uniquement lorsqu'ils partent à la chasse en hiver.
© Franck Delbart/IPEV
Bien sûr, cela n'empêche pas les Inuit d'avoir des fleurs dans leurs intérieurs. Mais pour en parler, comme ça ne fait pas partie de leur culture, ils ont dû inventer le mot pirursiaq ("ce qu'on a fait croître") qui sert aussi bien à désigner des fleurs que des plantes ou des céréales. D'ailleurs, ayant adopté le mode de vie des gens du Sud, ils ont dû créer des milliers de nouveaux mots. Généralement, en bricolant des radicaux et des affixes. Exemple ? Le bar, imialuqarvik, se traduit par "l'endroit, ou le moment, où il y a de la grande eau (de l'alcool)" et est une combinaison de imialuk, "la grande eau" (elle-même issue de imiq, "l'eau") et de vik, "l'endroit ou le moment où". Mais il leur arrive aussi d'utiliser des mots existants, en leur donnant un autre sens : nunalik, qui désigne traditionnellement le campement, sert aussi à parler du village. Enfin, ils se contentent parfois d'adapter à leur phonétique des mots étrangers (paalisi est un policier), ou de les traduire dans leur langue (itsivautaq, la chaise, désigne le président d'une assemblée souvent appelé the Chair en anglais).

Grâce à son caractère descriptif, la langue inuit parvient finalement assez bien à s'adapter au monde moderne. D'abord orale, elle est même passée à l'écrit quand les missionnaires ont christianisé les Inuit. Mais son avenir est incertain. Pourquoi ? Sur les quatre grands dialectes inuit existants, seuls deux sont encore parlés (au Groenland et dans les territoires canadiens du Nunavut et du Nunavik). Car dans le nord de l'Alaska, comme dans le centre et l'ouest du Grand Nord canadien, il n'y a plus que les anciens qui pratiquent la langue inuit. À l'école, les cours sont en anglais et, même si l'inuit est enseigné comme seconde langue, les jeunes ont fini par opter pour l'anglais. Au final, sur 140 000 Inuit, ils ne sont que 80 000 à utiliser la langue de leurs ancêtres…

Restez connecté

Suivez-nous : Page Facebook Page Twitter

Lettre d'information :

Vidéo

Cette vidéo nécessite le plug-in gratuit Flash 8.
Il semble que vous ne l'avez pas.
Cliquer ici pour le télécharger

Interview de Xavier Raepsaet - La propulsion nucléaire spatiale

Portraits d'experts

  • Romina Aron Badin, les primates au coeur
  • Jacques-Marie Bardintzeff, une vie consacrée aux volcans
  • Catherine Charlot-Valdieu :  Home sweet home
  • Didier Labille, l’astronomie en amateur professionnel
Free download porn in high qualityRGPorn.com - Free Porn Downloads