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Savez-vous faire pousser un glacier ?

Augmenter la taille d'un glacier pour obtenir de l'eau : il fallait y penser ! Un art ancestral auquel s'intéressent des chercheurs bien contemporains, préoccupés par le réchauffement de la planète.

Glaciers du Pakistan - Chaîne de montagnes du KarakorumGlacier rocheux, dans la chaîne de montagnes du Karakorum, au Pakistan.
© Tree elf /Flickr.com

Dans les hautes altitudes du Karakoram, au nord du Pakistan, on sait le faire depuis des lustres. La légende raconte même que la population locale a ainsi résisté au terrible conquérant mongol Gengis Khan, voici quelque huit cents ans, en bloquant l'accès aux cols grâce à des glaciers artificiels. Il faut dire que dans ces villages haut perchés, l'eau est une denrée rare. Alors pour en avoir plus, ils ont recours à un art ancestral : mettre en contact un glacier "mâle" et un glacier "femelle", obtenir ainsi plus de glace, et donc des réserves d'eau…

Un canular ? Pas du tout. C'est le sujet de maîtrise d'un jeune étudiant de l'université norvégienne des sciences de la vie (UMB, à As, en Norvège). Et pour le mener à bien, Ingvat Tveiten s'est naturellement rendu sur place. Il a rencontré de vieux spécialistes locaux de cet art si particulier de la "greffe de glacier", qui lui ont appris que glacier "mâle" et glacier "femelle" avaient une allure différente : le "mâle" est recouvert de terre, tandis que le "femelle", bien plus blanc, est composé d'une glace pure de tout débris. "Il est important d'avoir les deux, lui a expliqué un expert local. Dans notre vallée, nous n'avions de la glace que d'un seul sexe, et sa taille ne changeait pas. Il a fallu lui apporter de la glace de sexe opposé pour qu'elle grossisse."

Ces récits ne sont pas des légendes, même si aucune étude scientifique n'a jusqu'ici pu mesurer l'ampleur du phénomène, et la masse de glacier que l'on pouvait ainsi faire "pousser". "On trouve des pratiques assez similaires au Tibet et dans plusieurs régions du monde, commente Bernard Francou, glaciologue et directeur d'une antenne de l'Institut de recherche pour le développement (IRD) installée en Équateur. D'ailleurs, il existe toute une mythologie autour des glaciers, qui sont source d'eau et donc aussi source de vie. Quant aux phénomènes physiques, ils s'apparentent vraisemblablement à ceux des glaciers rocheux, qui se forment par un mélange entre débris de roche et eau glacée."

À haute altitude, le froid et l'enneigement peuvent conduire le sol à des températures de l'ordre de - 2 à - 5 °C toute l'année, et le maintenir gelé en profondeur : dans le jargon des scientifiques, on qualifie ce sol de pergélisol, ou encore permafrost pour les Anglo-saxons. Or si ce pergélisol se trouve sous des éboulis, la neige qui se dépose s'infiltre à travers les débris rocheux, sous forme d'eau liquide (c'est la glace "femelle" dans le langage imagé des populations qui pratiquent la "greffe" de glacier). Et quand elle arrive au contact du sol gelé, sa température descend et l'eau se transforme en glace : c'est cette glace qui, avec les débris de roches, forme ce qu'on appelle un "glacier rocheux" (glace "mâle"). Au fil des précipitations, cette glace prend du volume : son épaisseur atteint plusieurs mètres. Tant et si bien qu'à un moment les débris de roches entre lesquels elle s'est infiltrée ne se touchent plus : le glacier rocheux se met alors à glisser vers le bas, tout doucement (d'une vingtaine de centimètres jusqu'à un mètre par an).

Processus de greffe de glacierProcessus de greffe de glacier. 1) Le glacier "mâle" doit être à plus de 4 000 mètres d'altitude, orienté au nord et la neige doit y tomber abondamment. Des morceaux de glace "femelle" sont enfouis dans le glacier "mâle" avec des outres remplies d'eau, et recouverts de sciure et de charbon de bois. 2) Les outres explosent sous l'effet du gel et lient les glaces "mâle" et "femelle". En hiver, la neige se dépose sur cette couverture froide, puis y reste tout l'été. 3) Ce processus se répète plusieurs années. L'eau de fonte coule et rencontre le mélange de glaces "mâle" et "femelle" puis gèle à son tour. Les rochers tombant des falaises tassent la neige. Peu à peu, sous l'effet de son propre poids et des pierres accumulées, la neige se transforme en une épaisse couche de glace qui deviendra un glacier.
© Pascal Pineau

Pour réussir la greffe d'un glacier rocheux, le choix du site est primordial : il s'agit de trouver l'éboulis rocheux sous lequel, en creusant jusqu'à plus d'un mètre de profondeur, on pourra trouver le fameux glacier "mâle". Ensuite, il n'y aura plus qu'à ajouter de la glace "femelle"
à la glace "mâle", et à recouvrir le lieu de charbon de bois, de sciures et de roches afin de protéger l'embryon de glacier du soleil. Il est également indispensable de placer des gourdes d'eau entre la glace et les rochers : en grossissant, le glacier presse les gourdes, qui éclatent et lient les glaces "mâle" et "femelle". En hiver, un manteau de neige se dépose sur cette couverture, et le processus se poursuit plusieurs années. De l'eau de fonte coule à travers les interstices, rencontre le mélange de glaces "mâle" et "femelle" puis gèle à son tour. Peu à peu, la neige se transforme en épaisse couche de glace. Lorsque la masse de roches et de glace devient suffisamment lourde, elle commence tout doucement à dévaler la pente : c'est un nouveau glacier qui se met en mouvement, glissant sur l'eau de fonte qui circule entre les parois de la montagne et la glace.

"Il est donc tout à fait concevable de faire croître artificiellement ces glaciers rocheux, estime Bernard Francou. Mais c'est délicat : si vous ajoutez trop d'eau liquide, cette eau risque de faire fondre la glace déjà contenue par le glacier rocheux. Il faut procéder avec précaution… " C'est là tout l'intérêt de ceux qui détiennent encore le savoir ancestral de la "greffe de glacier". Car en transmettant leurs pratiques à d'autres, ils pourraient aider des villages qui, comme les leurs, souffrent de pénuries d'eau à la fin de l'été. Disposant d'une source permanente de glace qui fond plus lentement que la neige fraîche, l'alimentation en eau de leur village devrait durer plus longtemps.

La fondation Aga Khan l'a bien compris. Créée en 1967 par le prince du même nom, elle s'est donné pour mission d'améliorer les conditions de vie et de contribuer au développement économique des pays les plus pauvres. Soutenant depuis 1982 tout un programme de recherches au Pakistan, en partenariat avec l'UMB (université norvégienne des sciences de la vie), elle finance aujourd'hui la greffe de dizaines de glaciers dans les provinces pakistanaises du Baltistan et du Gilgit.

CE QU'IL FAUT RETENIR

  • Le terme pergélisol (permafrost pour les Anglo-saxons, merzlota en russe) désigne tout sol dont la température est inférieure à 0 °C pendant au moins deux années consécutives.
  • Dans les milieux de montagne, la présence de pergélisol dans les éboulis ou les moraines est à l'origine d'un phénomène naturel, que les géomorphologues nomment "glacier rocheux".
  • Dans plusieurs régions du monde, en altitude, les peuples font pousser des glaciers selon un art ancestral, afin de disposer de réserves d'eau.
  • Il existe aujourd'hui des programmes humanitaires au Pakistan, basés sur la "greffe de glacier".

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