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Le coup de théâtre d'un escargot

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Les combats de gladiateurs ont disparu, mais pas elle. Elle, c'est la clausilie romaine, un petit escargot dont les ancêtres arpentaient déjà les arènes de Nîmes, il y a 2 000 ans.

La Clausilie romaine : un escargot dont l'espère est restée prisonnière des arènes de Nîmes depuis 2000 ans.
© O. Gargominy / MNHN


Les arènes de Nîmes tiennent leur nouvelle mascotte : un petit escargot du nom de clausilie romaine. En France, Leucostigma candidescens, de son appellation scientifique, vit exclusivement dans les arènes nîmoises. Plus exactement, dans l’anfractuosité des pierres qui forment les murs des arènes. Voilà 2 000 ans qu’il s’y est installé, mais cela fait un bail qu’on ne l’avait pas revu. Il vient de faire son retour sur scène et ça fait du bruit !










Georges Coutagne (1854-1928) est le scientifique qui a observé la présence de Leucostigma candidescens dans les arènes de Nîmes en 1903
© Domaine Public
Un escargot mélomane 

La première description de la clausilie trouvée dans les arènes remonte à 1903. On doit cette découverte à l’œil averti de l’amoureux des mollusques, Georges Coutagne, malacologue de profession. Contrairement à la plupart des escargots, la coquille de la clausilie s’ouvre vers la gauche. C’est l’un des signes caractéristiques qui a permis à Coutagne de reconnaître Leucostigma candidescens. Une surprise pour le scientifique car à l’époque l’espèce était connue pour ne vivre qu’à un endroit, le massif des Apennins, en Italie.

Comment l’escargot est-il venu jusque-là et comment a-t-il réussi à s’adapter à cet environnement dédié aux amusements des humains ? A priori, la clausilie n’était pas fait pour vivre dans d’autres environnements que les Apennins puisqu’on ne la trouvait nulle part ailleurs ! Telles sont les questions que se sont posé,104 ans après Coutagne, Vincent Prié de l’agence Biotope, et Olivier Gargominy, expert à l’Inventaire national du patrimoine naturel (INPN / MNHN). De mémoire de biologistes, c’est le seul cas d’acclimatation aux constructions humaines décrit pour cette espèce. Leur curiosité piquée au vif, les deux experts ont donc profité d’un concert tonitruant en 2008 pour farfouiller autour de l’enceinte… En vain.




Toutes les routes mènent à Nîmes 

La clausilie romaine vit à l'ombre des plantes poussant sur les remparts des arènes. Aussi, afin de préserver cette espèce, le désherbage de ces murs est désormais manuel, afin de préserver quelques abris.
© O. Gargominy / MNHN
C’est en mars 2009 que le petit animal d'environ un centimètre daigne montrer ses antennes. Sa présence est alors confirmée dans tous les étages supérieurs de l’amphithéâtre. Endémique au massif italien des Apennins et à certaines pierres des arènes de Nîmes, la clausilie devient une star. Les agents d’entretien la bichonnent : ils désherbent à la main les zones où elle vit, et lui laissent quelques herbes folles en guise d’abri et de nourriture. Quant aux chercheurs français, ils élaborent des hypothèses pour expliquer sa présence exceptionnelle dans l’amphithéâtre…

L’importation accidentelle de la clausilie serait survenue à l’époque de l’Empire romain, à la fin du 1er siècle. Alors que les Romains s’afféraient à construire les arènes, les échanges commerciaux autour de la Méditerranée étaient très intenses. Quelques spécimens auraient alors pu se faire transporter accidentellement par un convoi italien se dirigeant vers le chantier nîmois. "L’escargot peut faire des milliers de kilomètres accroché à une planche, une amphore ou même un peu de boue séchée sous le pied d’un cheval ! raconte Vincent Prié. J’en ai même déjà vu un installé sur le ventre d’une libellule, le temps d’un voyage. Ces escargots n’ont aucun problème pour survivre plusieurs mois retranchés dans leur coquille." Pour survivre, le mollusque s’installe dans une sorte de coma où son métabolisme est très ralenti.



Une histoire de gènes ?

L'enroulement de la clausilie romaine (à gauche) est senestre : la coquille s'ouvre à gauche de l'axe de la spire. Chez la plupart des escargots, tel le Maillot commun (à droite), il est dextre.
© O. Gargominy / MNHN
Si la population a atteint aujourd’hui une centaine d’individus selon les estimations des chercheurs, elle n’a pas non plus explosé. Le piétinement par des spectateurs imprudents pourrait l’expliquer, mais pas seulement. Comme le résume Vincent Prié, "il y a trois issues possibles lors de l’introduction d’espèces : soit elle ne s’établit pas du tout et finit par disparaître ; soit elle se reproduit mais sans envahir ; soit elle devient envahissante." Quant au croisement, il ne s'opère qu'avec des spécimens du même genre. Cas de figure impossible pour Leucostigma candidescens, puisqu’aucun autre représentant du genre n’existe, ni dans l’arène, ni en France.

Pour en savoir plus sur la clausilie, les chercheurs aimeraient faire un recensement rigoureux de l’espèce. N’en existe-t-il pas ailleurs ? Combien sont-elles exactement ? Ensuite il leur faudrait faire appel à la biologie moléculaire pour étudier la génétique du gastéropode : "Théoriquement, la population nîmoise ne devrait pas avoir la diversité génétique que présente celle des Apennins, car ses ancêtres étaient beaucoup moins nombreux," suppose le biologiste. Et pourtant, parmi les différences entre la clausilie de Nîmes et celle des Apennins, les chercheurs ne pourraient-ils pas retrouver des mutations favorables à une adaptation à la ville ? "Peu probable, affirme Vincent Prié, car même si la clausilie est là depuis 2 000 ans, ce n’est qu’un claquement de doigts à l’échelle de l’évolution." En effet, les zones du génome qui servent à la survie d'une espèce sont généralement très stables au cours du temps. Y compris pour des espèces qui se reproduisent très vite dans la nature, comme la drosophile.

En attendant de savoir si les recherches se poursuivront, les spécialistes se réjouissent de la popularité du gastéropode, qui réhabilite un peu la malacologie aux yeux des plus dégoutés. Un domaine si peu aimé que, "dans neuf cas sur dix, les gens confondent la clausilie avec le bulime tronqué (Rumina decollata, lui aussi présent dans la région), qui porte effectivement le même corps sombre, mais cinq à dix fois plus gros. Pour un spécialiste, c’est comme confondre un moineau et un dindon ! " sourit le féru de malacologie.

A retenir

  • L’escargot qu’on appelle la clausilie romaine (Leucostigma candidescens) est observé dans les arènes de Nîmes depuis 1903 ;
  • En dehors des arènes de Nîmes, la clausilie romaine vit uniquement dans des montagnes italiennes, les Apennins ;
  • Les chercheurs supposent qu’elle s’est accrochée à du matériel lors d'un convoi humain se déplaçant des montagnes italiennes vers Nîmes il y a 2 000 ans. Mais ils ne savent pas encore comment elle a pu s’adapter.

 

 

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