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1, 2, 3, Sciences : la démarche scientifique d'Arpajon... au Togo

Une association, 1, 2, 3, Sciences, assure la formation continue d'enseignants du primaire dans le domaine des sciences. Certains collègues étrangers y participent parfois. Reportage.

Atelier 1, 2, 3, Sciences au TogoAu Togo, Laurent Atsu, ici au milieu, participe à la réforme de l’enseignement.
© Théo Delpont Rama/LookatSciences

Dix personnes sont rassemblées autour de deux globes terrestres : elles les manipulent. Au programme : comprendre les phases de la Lune. Pourtant, ce n’est ni une classe, ni un cours, mais bien des enseignants qui essayent de mieux s’approprier certaines questions scientifiques. L’ambiance est bon enfant mais concentrée. Nous sommes à l’Inspection de l'Education Nationale à Arpajon, pour une formation de 1, 2, 3, sciences.
Cette association rassemble des adultes d'horizons variés : scientifiques, formateurs, enseignants, journalistes et médiateurs des sciences. Elle se donne pour objectif de "développer l'apprentissage des démarches scientifiques chez les enfants". L’un des moyens pour y arriver : la formation continue des enseignants. Ou comment mieux apprendre aux instituteurs à expliquer les sciences. Le groupe du jour est pris en charge par Marima Hvass-Faivre d'Arcier et Anne-Marie Cauquil.

Un des participants est venu de bien au-delà des frontières du département ou même du pays. "Bonjour, je suis Laurent Atsu, du Togo", lance t-il au groupe en début de séance pour se présenter. Cet ancien inspecteur de l’éducation nationale togolaise travaille aujourd’hui à la réforme de l’enseignement dans son pays à travers l'APET (Association pour la promotion de l'enseignement au Togo). Il est venu participer à cette formation, car il connaît déjà le travail des animatrices. Marima Hvass-Faivre d'Arcier et Anne-Marie Cauquil sont allées former des enseignants au Togo en octobre 2008 (en partenariat avec l’ONG "DEFI Education Sud"). Les deux formatrices ont passé trois semaines à travailler avec des enseignants locaux sur un thème transversal : la matière.
. "Mais chez nous, la science n’est pas du tout enseignée de la même manière. Les enfants vont apprendre quelles plantes sont dangereuses et pourquoi. Ils vont toucher les peaux de plusieurs animaux et étudier pourquoi elles sont différentes, détaille Laurent Atsu. Mais il n’y pas vraiment de démarche scientifique rigoureuse. Je suis donc venu observer comment les enseignants français sont formés à la transmission des sciences."

"Eviter d’aboutir à des impasses"

Atelier 1,2,3 Science au Togo : la phase de la luneLe problème soumis au groupe : tous les habitants de la Terre voient-ils la même phase de la Lune en une nuit ? Pour répondre, mise en condition pratique.
© Théo Delpont Rama/LookatSciences
Ici, pas de cour magistral ou de poncifs. "Pour que les enseignants soient à l’aise dans l’enseignement des sciences, il faut d’abord qu’ils s’y intéressent et qu’ils s’amusent ! " affirme l’animatrice de la séance, Marima Hvass-Faivre d'Arcier, fondatrice de l’association et ancien professeur de sciences physiques. Elle poursuit : "Il faut amener les enfants à avoir une démarche d’investigation guidée : leur permettre de manipuler et de tirer des conclusions tout en les accompagnant pour éviter de perdre trop de temps ou d’aboutir à des impasses."
Laurent Atsu participe avec enthousiasme aux expériences. Comme les autres, il s’est laissé entraîner dans le rythme de l’exploration et de la manipulation.
De la trajectoire rectiligne de la lumière à l’orbite de la Lune autour de la Terre, les manipulations abondent et les débats sont vifs. Certains confient leurs difficultés face aux questions des élèves : "Un élève m’a dit que si l’on voyait, c’est parce qu’on projetait un faisceau depuis l’œil. Je n’ai pas su lui expliquer que ce n’était pas le cas." Le groupe se saisit du problème. Il arrive à la conclusion qu’une expérience toute simple devrait convaincre l’élève : se placer dans une pièce complètement noire. Pourquoi dans ce cas là ne voit-on pas même les yeux ouverts ? "C’était d'ailleurs une des premières conceptions historiques de la vision", précise Anne-Marie Cauquil.

Pas besoin de formule

Tout à coup une question fuse : Tous les habitants de la Terre voient-ils la même phase de la Lune en une nuit ? Le groupe commence par manipuler des globes terrestres et des boules symbolisant la Lune. Puis il met en commun ses réflexions et un débat s’installe. Une conclusion s’impose : oui, ils voient tous la même Lune au cours de la nuit, donc la même phase. Pas besoin de formule pour aboutir à cette conclusion qu'il ne faut pas sortir de son contexte. Elle ne pourra pas s'appliquer à un astronaute en orbite, par exemple !
Laurent Atsu a entendu parler du concept mais ne l’a jamais mis en pratique : c’est la CLP , la Conclusion Locale Provisoire. Une méthode qui est au centre de la démarche de 1, 2, 3, sciences. À partir d'une expérience, après réflexion et débat, le groupe élabore une "loi". Cette "loi" ne doit pas déborder des conditions initiales et sera modifiée par la suite, si nécessaire. "C’est intéressant mais pas si facile à mettre en pratique si l’on n’a pas l’habitude", nuance t-il.

À la fin de la séance, après s’être laissés prendre au jeu, les enseignants retrouvent leur rôle d’éducateurs. Comment faire participer les enfants, comment les faire avancer ? Les questions se multiplient. Laurent Atsu : "Quelles méthodes ou quelles ressources utilisez-vous pour les élèves de primaire ? " Réponse des participants : certains se servent des méthodes de l’association La main à la pâte, très active dans l’enseignement des sciences. D’autres piochent dans des ressources variées : livres, sites internet etc. Mais au Togo, le réseau informatique est encore peu fiable, entre les problèmes de connexion et les coupures de courant quotidiennes… Autant de réalités que Laurent Atsu va devoir prendre en compte dans son travail d’élaboration pour la réforme de l’enseignement au Togo.

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