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À l'école de "l'autre"

L'association Ethnologues en herbe propose à des classes d'apprendre à observer derrière l'apparente banalité du quotidien ce qui est à la fois propre à chaque culture et partagé par tous.

Ethnokids accrocheUne élève présente ses travaux sur l'awalé, un jeu de stratégie africain.
© M. Julienne / Canopy / Banque des savoirs

Une poupée Barbie associée à une matriochka (poupée gigogne russe), un jeu de solitaire associé à un awalé (jeu de stratégie africain), un ballon à une balle… Eh oui, dans toutes les cultures du monde, et depuis des siècles, les enfants jouent à la poupée, au ballon ou encore avec des pions sur un damier. Et quoi de plus efficace pour sensibiliser les jeunes à la diversité culturelle que de mettre l’accent sur les points communs entre des sociétés étrangères et la nôtre, plutôt que de pointer seulement des différences ?

C’est le pari des ateliers Ethnologues en herbe, lancés par l’association du même nom. "La plupart de nos sociétés sont devenues multiculturelles, explique Chantal Deltenre, fondatrice de l’association en 2000. Dans l’acte éducatif ou pédagogique, le risque est d’aborder cette diversité par la juxtaposition des différences, ce qui a pour effet de les cristalliser. En réveillant ainsi les stéréotypes et préjugés, on attise les tensions au lieu de les minimiser. Nous tentons au contraire de mettre l’accent sur la relation entre “Eux” et “Nous”."

Nacera Hubert, professeur des écoles.Nacera Hubert, professeur des écoles, lors d'un atelier d’ethnologie.
© M. Julienne / Canopy / Banque des savoirs
Par exemple cette année, des enfants de l’école primaire du 100 avenue de la République, à Paris, bénéficient, à raison d’une heure par semaine environ, d’un atelier d’ethnologie. "C’est la diversité culturelle de la classe qui m’a donné envie de mettre en œuvre cet atelier, explique l’institutrice, Nacera Hubert. Mais pour ces enfants de CE2, et de CLIN*, la notion d’immigration est complexe. Il fallait travailler sur des objets concrets. Je leur ai proposé différents thèmes, comme la cuisine, les rituels, et ils ont choisi les jouets."

Cet atelier consiste à explorer conjointement des objets muséaux et les objets correspondants dans le quotidien des élèves. Au cours d’une visite au musée du quai Branly, puis d’une autre à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, les enfants ont choisi des jouets qui leur plaisaient, les ont dessinés, photographiés, puis mis en relation avec leurs propres jouets. En quels matériaux sont-ils fait ? Dans quelles circonstances sont-ils utilisés et par qui ? Les réponses à ces questions apportent de nombreuses informations sur la société dont ils sont issus. "N’importe quel objet, si vous l’étudiez correctement, toute la société vient avec," disait André Georges Haudricourt, célèbre ethnologue contemporain de Claude Lévi-Strauss.

Atelier d'ethnologie – écolier - poupéesUn des écoliers ayant travaillé sur les poupées.
© M. Julienne / Canopy / Banque des savoirs
"Mon objectif est d’abord de leur faire comprendre ce qu’est l’ethnologie, que des actions élémentaires comme cuisiner, construire des maisons, parler, jouer dépendent de la société où l’on vit," explique Nacera Hubert. Ils apprennent ainsi à observer et décrire le monde qui les entoure, à prendre conscience que les cultures ne sont pas des ensembles fermés, mais qu’elles se nourrissent de métissages et sont en évolution constante. "L’intérêt de cet atelier, c’est aussi d’être totalement transversal. Cela nous permet de faire du français, de la géographie, de l’histoire," poursuit l’enseignante.

Le résultat du travail de ces élèves sera mis en ligne sur le site ethnokids.net à la fin de l’année. Y sont réunies les productions des classes d’une trentaine de pays répartis sur l’ensemble des continents. Les "ethnos-kids" produisent ainsi activement leurs contenus multimédias, et ne se trouvent pas dans une simple attitude de consommation d’Internet.

Le bilan pour la classe de Nacera ? "Cet atelier a eu un effet inattendu : les élèves, par un investissement personnel et moins scolaire que d’habitude, ont appris à exprimer des émotions, ce qu’ils font très rarement." Par exemple, tel enfant a choisi de dessiner la valise qui contient tous les objets qu’un émigré avait emportés en quittant son pays "parce que cela m’a beaucoup ému, et je me suis demandé qu’est-ce que j’emporterais moi". "Je ne suis pas certaine qu’au début de l’atelier ils auraient eu ce type de remarque," estime l’institutrice.

A RETENIR

L’association Ethnologues en herbe a été créée à Paris par des ethnologues et des concepteurs multimédias.
Elle propose une approche fondée sur l’ethnologie des mondes contemporains, et notamment l’ethnologie urbaine. Ce faisant, elle tente :

  • de promouvoir les apprentissages dans le domaine de la langue, l’histoire, la géographie et l’éducation civique, en particulier pour les enfants issus de l’immigration récente ;
  • de renouveler l’approche des musées ethnologiques ;
  • de former les enseignants à l’utilisation des outils pédagogiques de sensibilisation à la diversité conçus sur le terrain.

Contacts : Ethnologues en herbe
258 rue Marcadet / 75018 Paris
chantal(at)ethnokids.net ou frederic(at)ethnokids.net.


*  CLIN : CLasse d'INitiation, structure d’accueil destinée aux élèves nouvellement arrivés en France, ne maîtrisant pas suffisamment la langue française.

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