logo Essonne

Au collège, la science sent la banane

  • Posté le : Lundi 26 Février 2007
  • |
  • par : G. Tixier

Tous les jeudis, à l’heure du déjeuner, une petite vingtaine d’élèves du collège Blaise Pascal de Massy (Essonne) se retrouvent au sein d’un atelier scientifique. En confectionnant des menus pour les astronautes, ou en élaborant des parfums et des arômes de synthèses, ces élèves de 5e, 4e et 3e réaffirment ensemble leur goût pour les sciences…

Manipulation d'acidesPour confectionner un arôme de banane de synthèse, ces collégiennes mélangent de l'alcool isoamylique, de l'acide acétique et de l'acide sulfurique.
© Guillaume Tixier/CG 91

Anjali et Narjass sont un peu perplexes face aux tubes à essais, aux pipettes et aux divers flacons éparpillés devant elles. Comment combiner tout cela ? "On cherche à réaliser un arôme de banane expliquent-elles, nous savons qu'il faut mélanger de l'alcool isoamylique, de l'acide acétique et de l'acide sulfurique. À nous de trouver les proportions exactes, de décider ou non de chauffer et pendant combien de temps, et s'il faut remuer ou non le mélange... Notre premier essai n'est pas très concluant : il sent le vernis à ongle" relèvent, un peu dépitées, ces deux élèves de 5e. Derrière elles, sur une autre paillasse, Nada et Alexandra surveillent des tubes plongés dans un bain-marie, tandis que Nahad et Maï-Vi notent scrupuleusement les "recettes" : nombre de gouttes, temps de chauffage, ajout d'eau salé… "On ajoute l'eau salée pour que ça décante, pour que l'arôme flotte au-dessus et l'alcool reste en dessous" expliquent-elles avant d'être interrompues par Ababacar, l'un des deux seuls garçons de ce groupe de dix-neuf élèves, désireux de faire sentir sa composition à ses camarades. "Je sens rien" ; "Ça n'a pas d'odeur" ; "C'est supposé sentir la banane ? " Les collégiens sont impitoyables quand il s'agit d'évaluer leurs arômes respectifs : sur une échelle de 1 à 10, peu dépassent la moyenne…

"On a tout intérêt à dire la vérité, explique Nada, à Orsay ils ne font pas de cadeau ! " La rigueur de ces jeunes gens s'explique : l'année dernière, l'atelier scientifique du collège Blaise Pascal a remporté le prix de l'exploration spatiale au concours Faites de la Science organisé sur le campus d'Orsay, pour un projet de gastronomie dans l'espace. Avec Rachel Savoie et Agnès Lamandé, leurs professeurs de physique et de SVT (Sciences de la vie et de la terre), les élèves ont réfléchi toute l'année aux conditions de vie dans l'espace et aux contraintes alimentaires que cela posait à la fois du point de vue nutritionnel et pratique. En travaillant sur des soupes déshydratées, ils ont fini par élaborer un menu pour les astronautes… Ils ont été récompensés par une bourse de 300 euros et un lecteur de DVD qui équipe leur laboratoire. Et ils sont bien déterminés à récidiver, avec leurs travaux de cette année consacrés au goût.

Avant de s'attaquer à l'arôme de banane, nos petits chimistes ont, au premier trimestre, travaillé sur le parfum. Ils ont visité une exposition consacrée au sujet à la Cité des sciences et de l'industrie, mais ont surtout reçu la visite de deux "nez" <img width="218" height="228" border="0" src="uploads/RTEmagicC_art_arome_banane2.jpg" style="width:218px; height:228px; float:right; margin-left:14px; margin-bottom:14px;" alt="" /(surnom des créateurs de parfums) qui se sont déplacés avec leurs orgues (ensemble de flacons contenant les différentes matières premières utilisées pour composer le parfum) pour que chaque élève puisse élaborer une fragrance qui lui plaise. "C'était super de faire son propre parfum, mais il fallait faire attention en manipulant les flacons, ils peuvent valoir jusqu'à 3 000 euros selon les essences" se souvient Nahad qui continue à se vaporiser chaque matin quelques gouttes de l'élixir qu'elle a elle-même composé, en mêlant, comme on le lui a appris, notes de tête, de cœur et de fond… En effet, pour composer un parfum on combine des ingrédients qui exhalent chacun une certaine odeur appelée note. Ces notes sont associées pour se développer en plusieurs étapes. Les notes de tête, les plus volatiles, apparaissent immédiatement. Celles de cœur leur succèdent au bout de quelques minutes tandis que les notes de fond, durables, s'épanouissent plus tardivement.

Mais en ce jour de janvier 2007, la salle sent davantage le vinaigre, le vernis à ongle et la banane que la rose… Chacun veut faire sentir sa concoction, il faut dire que l'heure tourne vite et qu'il est déjà temps de ranger le matériel. Les noms des binômes de recherche sont inscrits sur chacun des tubes, et les expériences reprendront la semaine prochaine… D'ici là, les élèves devront préparer un protocole de test : une feuille à faire remplir par ceux qui sentiront leur préparation, pour les aider à l'évaluer selon des critères objectifs.

Les deux enseignantes réussissent à transmettre à leurs élèves bien davantage que le goût des sciences : une méthode et des valeurs. Bien qu'issus de trois classes distinctes et d'âges différents, les élèves partagent leurs expériences et leurs résultats, l'ambiance est plus à la collaboration qu'à la compétition. Les aînés épaulent les plus jeunes, les meilleurs élèves les plus faibles. Il faut dire qu'ici tous sont volontaires, tous ont décidé de consacrer une fois par semaine leur heure de repas à la recherche scientifique…

Avant de reboucher son tube à essai, une des jeunes laborantines le fait humer une dernière fois : impossible de ne pas être saisi par l'odeur de banane mûre qui s'en échappe. Ainsi on peut créer une illusion aussi parfaite sans le moindre fruit ? "Bah, ça ne nous empêchera pas de manger des yaourts et des bonbons, on reste quand même des enfants" souligne malicieusement la collégienne…

Ressources

Restez connecté

Suivez-nous : Page Facebook Page Twitter

Lettre d'information :

Vidéo

Cette vidéo nécessite le plug-in gratuit Flash 8.
Il semble que vous ne l'avez pas.
Cliquer ici pour le télécharger

Interview de Xavier Raepsaet - La propulsion nucléaire spatiale

Portraits d'experts

  • Romina Aron Badin, les primates au coeur
  • Jacques-Marie Bardintzeff, une vie consacrée aux volcans
  • Catherine Charlot-Valdieu :  Home sweet home
  • Didier Labille, l’astronomie en amateur professionnel