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Au comptoir des Sciences

  • Posté le : Lundi 27 Décembre 2010
  • |
  • par : J. Rastegar

Des associations organisent, depuis près de 10 ans, des rencontres entre le public et des scientifiques... au fond des bars. Un succès qui ne se dément pas.

Catherine Arminjon-RoeschCatherine Arminjon-Roesch, Conservateur général honoraire du patrimoine, fait partie des nombreux scientifiques déjà invités.
© Elisabeth Schneider / LookatSciences

13 juillet 2010, 19h30, dans une salle au premier étage d’un café parisien. Accompagnés par un pianiste, des gens discutent, boivent, d’autres se restaurent. Au bout de quelques minutes, la musique s’arrête. Trois personnes assises à une table prennent la parole : à les entendre, on comprend qu’ils sont scientifiques. Très vite, dans le public qui n’a pas l’air surpris, les questions pleuvent : "Qu’est-ce qui provoque un séisme ?", "de quels types de roches est composé le manteau terrestre ?"… La discussion s’emballe, entrecoupée d’intermèdes musicaux. La soirée se termine par une présentation de livres.

"Parole valorisée"

Ces discussions scientifiques qui sortent de l’ordinaire sont nées en 1997. Philippe Chomaz, alors physicien au Grand Accélérateur d’Ions Lourds (GANIL) à Caen, profite d’une réunion de la Société Française de Physique à Paris pour organiser pendant trois soirs des “cafés scientifiques”, sur le modèle des “cafés philo”. Communiquer sa passion des sciencesUn moment privilégié pour communiquer sa passion.
© Elisabeth Schneider / LookatSciences
Avec l’aide de quelques collègues physiciens, il convie le public à venir à la rencontre de chercheurs, dans un café boulevard Saint-Germain. Au programme : physique bien sûr, mais aussi musique et dégustation de vin. Cette approche culturelle des sciences, mêlant selon l’envie, physique et détente, astronomie et musique, biologie et humour, ou médecine et vin, a tout de suite plu au public. À tel point que les organisateurs ont décidé de fonder en 2001 l’association Bar des Sciences Paris.
Les clés de ce succès ? Selon Yves Sacquin, physicien au CEA et actuel président de l’association, "le concept répond à un véritable besoin du public : celui de pouvoir rencontrer des chercheurs dont la parole est plus valorisée que celle des journalistes ou des politiques quand il s’agit d’information scientifique." Pour cela, la recette est simple : prenez un thème, ajoutez-y trois chercheurs, un animateur et du public. Mélangez et mettez-le tout dans un café !

Proximité, le maître mot

Le choix du lieu n’est pas anodin. Car, selon Yves Sacquin, le café est un endroit convivial, "que le public maîtrise et qui fait descendre les scientifiques de leur piédestal". Le public, lui, apprécie tout particulièrement cette proximité avec le chercheur. "On a soudain l’impression qu’il n’est pas un être abstrait, lointain, incompréhensible, explique Suzie Maccario, une habituée de ces rendez-vous scientifiques. Au contraire on le voit comme quelqu’un de proche, que l’on peut comprendre et qui se pose les mêmes questions que nous."
Suzie Maccario travaille dans l’événementiel et n’a pas suivi de formation scientifique. Elle assiste aux soirées depuis 2004 et a récemment décidé de s’affilier à l’association. Tous n’adhèrent pas, mais beaucoup reviennent régulièrement. C’est l’occasion se tenir au courant des évolutions scientifiques dans des domaines très variés.

Une approche culturelle des sciencesL’association favorise une approche culturelle de la science.
© Elisabeth Schneider / LookatSciences
"Moi, je mets à jour mes connaissances", raconte Lydia T. Consultante en organisation, elle vient depuis quelques années à raison d’un ou deux bars par an. Pour ces habitués, la vision de la recherche a même évolué au fil du temps. "Mon regard sur la science change, dans le sens où je comprends mieux toutes les difficultés du travail des chercheurs qui consiste à trouver des réponses sur tout !", souligne Gérard Tomasso, secrétaire à la RATP et qui a déjà assisté à plus de 50 soirées. L’image du scientifique dans sa tour d’ivoire, au milieu des nuages de fumées dégagées par ses expériences mystérieuses, a du plomb dans l’aile…


Des chercheurs disponibles

Pourtant, faire venir les chercheurs n’a pas toujours été chose aisée. Marie-Odile Monchicourt est journaliste scientifique à France Info depuis plus de vingt ans. Elle est également marraine de l’association et anime les bars depuis leur création. Elle se souvient : "Il y a encore 10-15 ans, les scientifiques étaient très mal à l’aise : ils craignaient beaucoup le regard de leurs pairs, et venir au contact du public était plus une source d’ennuis qu’une gratification."
Au fil des ans, la situation a bien évolué et aujourd’hui, certains prennent même un grand plaisir à venir au contact du public. C’est le cas de François Michel, géologue et auteur de nombreux ouvrages, documents et films pédagogiques. Il est intervenu pour la première fois en juin 2010. "Ce type d’intervention permet de donner des informations certes ponctuelles, mais en direction de publics différents. Ce qui permet à chaque fois des échanges intéressants."

Un exercice également bénéfique pour son travail : "J’ai personnellement l’impression de progresser au fur et à mesure des rencontres : à la fois dans la façon de m’adresser aux autres, pour comprendre leur demande, mais aussi pour voir comment passent mes messages."

Les bars des sciences ont lieu tous les premiers mercredis de chaque mois au Café du Pont Neuf, quai du Louvre à Paris. Plus d’informations sur le site Internet www.bardessciences.net

Et revivre une telle expérience ? "Bien sûr, je suis prêt à revenir avec grand plaisir !", ajoute-t-il avec un grand sourire.

Un plaisir qui risque de se prolonger longtemps! Quelques 150 bars des sciences plus tard, ce ne sont pas moins de 400 physiciens, astrophysiciens, anthropologues, généticiens, immunologistes, psychiatres, biologistes, climatologues... qui sont venus partager leur expérience et répondre aux questions du public.

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