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Chercheurs et associations se jettent à l'eau, ensemble

Comment permettre une gestion citoyenne de l'eau ? Voilà le problème auquel se sont attelés des associations et des scientifiques d'Île-de-France. Complémentaires dans leurs approches, en synergie ou parfois en désaccord, ils ont mutualisé tout un savoir pour la préservation des eaux du bassin de la Seine.

Macro gouttelettes d’eauMacro gouttelettes d’eau.
© Mark Goff

Quelle est l’incidence des pesticides sur les affluents de l’Orge ? Quelles sont les contraintes à observer pour restaurer les terres de l'ancien hôpital psychiatrique de la Haute-Île de Neuilly-sur-Marne ? Plus généralement, comment atteindre un bon état écologique dans les cours d’eau franciliens ? Voici quelques-unes des nombreuses questions posées par une douzaine d’associations et des chercheurs rassemblés au sein d’un PICRI intitulé "Vers une gestion citoyenne de l’eau".

"Tout a commencé en 2007, avec un état des lieux des connaissances et des questions que se posaient les associations du collectif Île-de-France Environnement," raconte José-Frédéric Deroubaix, chercheur au LEESU (Laboratoire eau environnement et systèmes urbains -université Paris Est) et coordinateur de ce PICRI. "Ce n’était pas simple, car nous ne parlions pas le même langage et n’avions pas forcément les mêmes attentes, précise le chercheur. En effet, une approche militante peut être aux antipodes d’une démarche scientifique. Les associations partent d’une vision écologique globale et veulent agir sur leur environnement proche (“Think global, act local”). A contrario, les chercheurs vont du particulier vers l’universel, en voulant généraliser les résultats de leurs expériences." Par exemple, pour contester un projet d’implantation d’une activité industrielle, les associations ont tendance à s’attaquer à la fois à la problématique de la qualité des sols et de l’eau. Les scientifiques, hydrologues ou pédologues, proposent quant à eux une étude domaine par domaine sur un territoire donné. L’Yvette à OrsayL’Yvette à Orsay.
© Veronique Panier
La généralisation ne se fera qu’a posteriori. "Dans la plupart des cas, nous avons trouvé un consensus, mais certaines pistes ont dû être abandonnées," confie José-Frédéric Deroubaix.

Au fil des réunions, scientifiques et associatifs se sont mis d’accord pour faire plancher sur 15 sujets d’expertise des étudiants en 2e année du master Systèmes aquatiques et gestion de l'eau de l’université Paris 7 Denis-Diderot. En 2008, un de ces groupes s’est penché sur la réhabilitation de la Haute-Île de Neuilly-sur-Marne, un parc de 65 hectares en Seine-Saint-Denis. Ses travaux se sont basés sur des données fournies par l’association Gournay Environnement, créée en 2000 pour sauver ce lieu inondable inconstructible. Les apprentis chercheurs, encadrés par leurs professeurs, ont effectué un bilan des contraintes à respecter pour chaque usage possible du terrain. À l’aide de cette expertise, les associations ont pu faire valoir un projet de parc naturel, face à des projets de réserves d’eau ou de carrières à graviers. Ils ont obtenu gain de cause. Le parc est aujourd'hui partiellement ouvert au public et l’aménagement se poursuit.

En 2009, chercheurs et associations ont décidé de se concentrer sur un cours d'eau, l'Orge, et son affluent l'Yvette. Parmi les sujets traités par les étudiants, le PICRI souhaitait aborder le principe de précaution. Dans ce cadre, quels étaient les polluants "prioritaires" à prendre en compte ? Les nouveaux polluants comme les hormones de la pilule contraceptive sont-ils plus dangereux que certaines substances contenues dans les produits cosmétiques ou les antibiotiques ? Le PICRI a constaté une hausse de la population de poissons femelles par rapport à celle des poissons mâles. Faut-il désormais prévoir un traitement complémentaire en stations d’épuration ou vaut-il mieux essayer de changer nos modes de consommation ? Est-ce possible d’un point de vue technique, réalisable d’un point de vue financier ?

Picri - Vers une gestion citoyenne de l’eauRestitution des projets des étudiants.
© LEESU – ENPC
À ce jour, la balle est dans le camp des étudiants réunis par groupe de cinq ou six. Comme pour chaque thématique abordée, ils travailleront 100 à 150 heures sur ce sujet. "Dans ce laps de temps, ils doivent s’organiser pour répondre à une demande d'expertise venant du monde réel - et non des enseignants - et négocier les termes de l'expertise avec les commanditaires pour qu'elle soit réalisable," commente José-Frédéric Deroubaix. Un exercice hors du commun pour les étudiants, mais ancré dans la réalité du chercheur.

D'ici mars 2010, les chercheurs et les associations organiseront deux sessions de travail pour déterminer les critères définissant « un bon état écologique". Profitant des connaissances accumulées au cours des études ponctuelles et ciblées, les participants proposeront des critères qu’ils veulent aussi proches que possible de la réalité de terrain. En effet, "quelle légitimité donner à la définition technocratique "du bon état écologique" que fait la Commission européenne ? s’interroge Frédéric Deroubaix. D’après une directive datant de 2000, tous les pays membres de l’UE devraient respecter un bon état écologique, défini comme une situation où l’homme n’aurait jamais pesé sur l’environnement moins 25 % de biodiversité", pourcentage censé correspondre à une érosion naturelle de la biodiversité.

L’idée du PICRI est de donner la parole aux associations et aux scientifiques pour aboutir à un consensus sur ce que pourrait être le bon état écologique. Espérons ensuite que les politiques seront à l’écoute.

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