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Des collégiens composteurs

  • Posté le : Lundi 29 Mars 2010
  • |
  • par : J. Braly

Depuis le 5 janvier, les élèves du collège Jean Zay de Morsang-sur-Orge compostent sur place une partie de leurs déchets de cantine. Un projet écologique mené dans le cadre de l'Agenda 21 auquel ce collège souscrit avec énergie depuis quelques années déjà. Ce projet de compost est financé par le Conseil Général de l'Essonne.

transfert compostDeux élèves volontaires pour le transfert du compost
© Jean-Philippe Braly / LookatSciences

Collège Jean Zay de Morsang-sur-Orge, mardi 16 mars, dix heures. Sous un soleil quasi-printanier, Florian et Alexis, deux garçons de 5ème, s’activent au fond d’une cour près des cuisines de la cantine. Affublés de sur-tee-shirt, de gants et de masques protecteurs, ils récupèrent le contenu d’un composteur métallique dans une brouette, puis le transvasent dans une grosse caisse en bois sans fond posée sur le gazon. A l’écart, des filles de leur classe nous expliquent le but de l’opération. "Le compost transvasé est issu de la dégradation des déchets organiques de la cantine : épluchures, restes de fruits et légumes des plateaux repas…, explique Charlotte. Ils ont séjourné dix semaines dans un des deux composteurs mécaniques rotatifs où des bactéries puis des champignons naturels ont commencé à les dégrader. Ce compost en cours de formation va maintenant passer douze semaines supplémentaires dans un des deux composteurs en bois où les vers de terre et d’autres organismes présents dans le sol vont achever sa maturation. Vers le 10 juin prochain, la première fournée sera utilisable par le Club Jardinage pour nourrir le sol des espaces verts du collège." S’ils sont si bien informés et si pointus dans leur manière de répondre, c’est que ces élèves forment le groupe de suivi des actions de l’Agenda 21 mises en place au sein de l’établissement depuis quelques années déjà.

Qu'est-ce qu'un compost ?

Un compost, c'est un mélange de déchets organiques et végétaux qui fermente et que l'on utilise ensuite comme engrais naturel. On met dans un compost les restes de cuisines (résidus humides) et les végétaux (résidus secs). On évite généralement d'y ajouter les agrumes qui acidifient le mélange. On peut aussi y mettre des cendres (feu de bois) et certaines qualités de papiers biodégradables etc. Il y a différents degrés de maturation. Au bout de six mois, le compost est jeune et est surtout dispersé à la base des plantes. Au bout de neuf mois (compost intermédiaire), il est peut être utilisé pour rempoter des plantes (50% de terre, 50% compost). Au bout d'un an, la fermentation est optimale et le compost est "bon pour l'épandage" directement sur l'herbe de votre jardin. En immeuble, le principe est exactement le même. Il est très difficile à l'heure actuelle d'obtenir des chiffres précis sur le compostage en France. Il y a souvent un écart assez important entre ce qui est déclaré par les sondés et leurs pratiques réelles. Mais il est généralement admis que près de 35% des foyers (soit 9 millions) compostent au moins un type de déchets parmi les déchets de cuisine, de maison ou de jardin

Elève et maître composteurUn élève, conseillé par le "maître composteur", prépare le bac en bois qui doit accueillir le compost pour une seconde maturation de trois mois.
© Jean-Philippe Braly / LookatSciences

En quoi est-ce qu'un compost s'inscrit dans une initiative de développement durable ? Utiliser un compost, c'est utiliser moins de poubelles, et donc moins susciter les services municipaux de la propreté qui ne sont pas toujours très écologiques. En 2006, une étude du très respecté journal anglais The Ecologist révélait que la flotte de camions poubelles d'une commune moyenne (entre 10 et 50 000 habitants) pouvait user jusqu'à 200 pneus par an qui, en roulant, dégagent des micro-particules très polluantes dans l'atmosphère. Et c'est évidemment sans compter la pollution des moteurs et la pollution sonore… Pris sous cet angle, la mise en place d'un compost représente une véritable démarche de développement durable. D'où la présence de Cécile Cordina, ingénieur en gestion et prévention des déchets au Conseil Général, qui a fait le déplacement et qui suit l'opération avec beaucoup d'intérêt.

14 tonnes de déchets organiques par an

Onze heures, direction la cuisine où le personnel s'active : le service démarre dans une demi-heure ! Sur une grande table, un des employés jette des épluchures de carottes dans un bac spécifique. "Près de 450 plateaux repas sont consommés sur place chaque jour, déclare le chef cuisinier, Didier Louys. Sur une année, leurs restes représentent près de 23 m3 de déchets organiques, soit environ 14 tonnes ! Pour l’instant, nous n’en compostons que 20 litres par jour dans le cadre de ce projet pilote, ce qui représentera 3,6 m3 sur une année scolaire. Une fois le service terminé, je les dépose quotidiennement dans un des composteurs mécaniques. J’y ajoute 10 % de granulés de bois qui assurent un bon équilibre entre matières sèches carbonées et matières humides azotées, et qui absorbent le surplus d’humidité. Enfin, je fais faire trois tours et demi au composteur pour oxygéner la dégradation, obtenir un bon mélange et une accélération du processus".

Le tri effectué en moins d’une minute

Tri à la cantineLe tri des déchets commence à la cantine, à chaque fin de repas.
© Jean-Philippe Braly / LookatSciences
Midi : le service bat son plein à la cantine ! Nous suivons trois élèves qui achèvent leur déjeuner. Machinalement, ils déposent leurs couverts sales dans un bac, jettent dans une poubelle dédiée les déchets non organiques restants de leurs repas (pots de yaourts, emballages, serviettes, papiers…), puis placent leurs plateaux dans des casiers réservés à cet effet. "Cela nous prend moins d’une minute et tout le collège joue bien le jeu, lance Salomé. Nous avons commencé à trier dès septembre dernier pour nous entrainer avant l’arrivée des composteurs. Maintenant c’est bien rentré dans les habitudes. Et puis on sait que le chef cuisinier jette des coups d’œil de temps en temps ! " De l’autre côté des casiers, en cuisine, deux employées jettent les restes organiques présents dans les assiettes dans un bac dont le contenu finira au compostage. La mécanique est bien huilée !

Réduire le gaspillage

Dans son bureau à quelques pas de là, Philippe Pichard, le principal du collège, tient réunion en vue de l’inauguration officielle de l’installation de compostage qui aura lieu vendredi. L’occasion aussi de faire un point sur le projet et d’ébaucher les étapes à venir. "Les problèmes de nuisances olfactives observées au début de l’opération ont été réglés grâce à un meilleur équilibre entre matières sèches et humides, indique Jean-Jacques Fasquel, le “maître composteur”. Spécialisé dans les actions de développement durable,  Jean-Jacques Fasquel accompagne les collectivités qui désirent se lancer dans des opérations de compostage. A Paris, il est ainsi devenu le pionnier du compostage collectif dans les immeubles. Au collège Jean Zay, il est en charge du suivi technique. Durant les six premiers mois, il passe une fois par mois pour vérifier que le mélange est bien fait, que le compost n'est ni trop humide ni trop sec. Parallèlement, il forme les jeunes à prendre en charge par eux-mêmes le projet. A termes, il n'interviendra plus. Les restes de viande et de poisson devraient pouvoir être réintégrés dans les déchets récupérés. Pour cette première année, nous devrions obtenir un mètre cube de compost". De son côté, M. Pichard semble très satisfait : "la technique est peu contraignante, les élèves sont motivés, et cette opération de sensibilisation semble porter ses fruits". Quant à Cécile Cordina, elle avoue qu'elle n’exclut pas la possibilité d’étendre le dispositif à d’autres établissements du département si l’opération s’avère concluante à moyen terme. Reste un point de taille à améliorer : réduire le gaspillage, notamment des légumes verts boudés par de nombreux élèves !

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