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La Science Ac' propulse les jeunes sur la scène scientifique

  • Posté le : Lundi 31 Mai 2010
  • |
  • par : S. Delage

Depuis 2007, cette association donne un coup de pouce aux lycéens attirés par les sciences : des jeunes issus des zones d'éducation prioritaire rencontrent, le temps d'un stage, des chercheurs dans leurs laboratoires.

Les jeunes de Science'AcFaire participer et donner des responsabilités aux jeunes, le credo de la Science Ac’.
© Science Ac’

"Rien à perdre et tout à y gagner" : voilà les mots d’un professeur de SVT du lycée Galilée à Gennevilliers qui ont décidé Kévin Yauy à rejoindre la Science Ac’ et à pousser les portes de l’Institut Curie en 2007. Trois ans plus tard, le voilà sur les bancs de la faculté de médecine, se préparant un bel avenir de médecin-chercheur. "La Science Ac’ a bouleversé ma vision du monde de la recherche", avoue-t-il aujourd'hui. C’est au cœur du 5ème arrondissement parisien qu’est née en 2007 la Science Académie, émanation de l’association Paris-Montagne. Des élèves de l’Ecole Normale Supérieure (ENS) de la rue d’Ulm ont lancé cette initiative pour les élèves des quartiers  les plus défavorisés d’Ile-de-France. L'objectif n'est pas de dénicher des talents cachés, mais d'ouvrir les portes, encore trop souvent hermétiques, des centres de recherche.
Kevin Yauy : "J’imaginais de vieux scientifiques, austères, coincés devant leur paillasse. Mais j’ai rencontré des gens jeunes, de tous horizons, dynamiques et … libres !". La liberté, un privilège cher à Kevin. "Les chercheurs organisent leur temps comme ils l’entendent, en travaillant la nuit s’ils le veulent, en arrivant tard le matin… et ça parle anglais, ça bouge, c’est un monde qui me correspond", s’enthousiasme-t-il.
Kevin YauyLa Science Ac’ a ouvert les yeux de Kevin Yauy sur les sciences. Aujourd’hui, il veut faire de la recherche...
© Science Ac’
C’est donc lors d’un stage de quelques jours dans un laboratoire en plein cœur de Paris, loin de sa banlieue, que Kevin Yauy a fait ses premiers pas d’apprenti-chercheur. "J’ai vraiment mis la main à la pâte. Plusieurs personnes du laboratoire m’ont formé pour que je puisse rapidement faire quelques manipulations", explique-t-il. Une différence avec la façon d’aborder les sciences à l’école ? Un gouffre. "Au lycée, on nous assène des vérités qu’il faut ingurgiter les unes après les autres", regrette-t-il. Or dans la recherche scientifique, il n’y a pas de certitude absolue. Tout est à construire et à reconstruire !

"Rien n’est joué d’avance"

C’est aussi l’avis de Maéva Vignes, une doctorante de l’Institut Curie qui encadre des Science académiciens pour leur faire découvrir le vrai visage de la recherche. En février 2010, elle a accueilli deux lycéennes dans son laboratoire de neurobiologie durant 4 jours. "Elles ont pris part à la démarche intellectuelle. On part d’une hypothèse que l’on reformule suivant ce que l’on a obtenu. Rien n’est joué d’avance", explique-t-elle. Cette jeune scientifique, qui fait pousser des réseaux de neurones dans des milieux artificiels, veut attirer les jeunes vers les sciences et démystifier le métier de chercheur. "Elles étaient très timides au début. Une fois rassurées, ces jeunes ont montré beaucoup de curiosité. Elles posaient des questions sur tout !". Une gageure, car rien de plus difficile que de répondre à des questions de débutants pour une experte. "Et cela nous permet de redécouvrir pourquoi nous étions si fascinés à nos débuts, de retrouver de l’entrain face à de jeunes yeux qui brillent d’intérêt", poursuit l’étudiante-chercheuse. Tout le monde y trouve donc son compte.
Intervention d'une élève de la Science'AcUne fois passés par la Science Ac’, les jeunes sont invités à prendre le relais pour répandre la bonne parole, comme ici lors d’un congrès.
© Science Ac’
Mais peu de chercheurs se laissent aujourd'hui tenter par l’aventure, par peur de devoir y consacrer trop de temps. "C’est une démarche de partage, de générosité, souligne Maéva Vignes. Les jeunes ne se lancent pas souvent dans des études scientifiques, et ce pour de mauvaises raisons. Il faut les encourager !" De mauvaises raisons ? Selon elle, le monde de la recherche tourne en boucle fermée, avec de nouveaux arrivants choisis plus pour leur histoire socioculturelle que pour leur vraie valeur. Les jeunes des milieux sociaux défavorisés seraient ainsi presque exclus de facto. Le fossé s’est creusé. Kevin Yauy estime que beaucoup de lycéens se censurent eux-mêmes, par manque d’information et manque de foi en l’avenir. "Je retourne chaque année dans mon ancien lycée pour parler de mon expérience, raconte-t-il. C’est difficile de faire passer le message, de montrer à quel point la Science Ac’ m’a aidé. Car, en plus de mon stage à l’Institut Curie, cette aventure m’a permis de participer à un projet de robotique, de partir en séminaire en Serbie, et j’en passe." L’ancien de la Science Ac’ se sent seul dans sa démarche. "Les conseillers d’orientation du lycée n’évoquent jamais, ne serait-ce que l’éventualité d’une carrière scientifique, ça n’aide pas !", regrette-t-il.
Mais Kevin Yauy continue à y croire : "Je suis content si j’arrive à toucher un ou deux élèves." Et son élan va loin. Ce jeune de 19 ans fait partie des anciens de la Science Ac’ qui prennent petit à petit les rênes du projet. Il est entré au Comité d’administration de Paris-Montagne. "A terme, ce sont les anciens qui s’occuperont des nouveaux." Autre objectif ? "Déployer la Science Ac’ au niveau national, poursuit-il. Lyon et Lille sont sur les rangs." 200 élèves franciliens participent chaque année à la Science Académie. Beaucoup plus demain. Une belle pépinière de nouveaux talents pour "une recherche qui a besoin de sang neuf !", conclut Maéva Vignes.


Plus en savoir plus : www.scienceacademie.org
Une initiative soutenue par le Conseil général de l'Essonne en 2010

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