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Les clefs de la bioéthique

  • Posté le : Lundi 21 Avril 2008

Dans le cadre d’un projet sur la transgénèse, une enseignante du lycée Parc de Vilgénis à Massy a organisé une rencontre avec le professeur Henri Atlan pour ses élèves de 1re S. L’occasion pour eux de prendre connaissance des enjeux réels de la bioéthique.

Henri Atlan au lycée Parc de Vilgénis (Massy)Fin mars, le professeur Henri Atlan a discuté des enjeux de la bioéthique avec des élèves de 1re S du lycée Parc de Vilgénis à Massy.
© Sylvie Dauvillier / CG 91

Si Florence Denojean, professeur de SVT (Sciences de la vie et de la terre) se réjouit qu'Henri Atlan ait accepté d'animer une conférence sur mesure sur la bioéthique pour ses élèves, le biologiste et philosophe, lui, juge nécessaire cet effort de transmission. "J'ai été membre du Comité national d'éthique pendant dix-sept ans. Et cela faisait partie de nos missions d'expliquer ce que nous pensions et pourquoi." Cette rencontre à Orsay avec une classe de 1re S s'inscrit dans un projet "transgénèse et bioéthique" que les lycéens présenteront au concours Faites de la science. "Nous allons procéder à des manipulations génétiques sur des paramécies, dans un laboratoire de l'université d'Orsay, explique Valène, seize ans. Et c'est intéressant de réfléchir aux limites de l'expérimentation sur le vivant."

Alors qu'Henri Atlan préfèrerait au terme de bioéthique celui d'"éthique biomédicale", il en livre, en préambule, sa définition : "Il s'agit de questions que pose la biologie à la société et aux individus, sans donner les moyens de les résoudre. Ce qui ne signifie pas qu'il ne faut pas connaître les éléments scientifiques et techniques pour y répondre."

Cette réflexion collective sur l'admissible ou non a surtout émergé, rappelle-t-il, après la Seconde Guerre mondiale, à la suite de la terrifiante découverte des expérimentations des médecins nazis sur l'homme. Il y a quelques dizaines d'années, elle s'est incarnée à travers un premier exemple spectaculaire, lorsqu'il est devenu possible de séparer les deux fonctions maternelles, ovarienne et utérine, pour avoir un enfant. Qui alors, de celle qui transmet son patrimoine génétique ou de celle qui porte l'enfant, est la mère légitime ? Et selon quels critères se prononcer ? Si, pour en décider, les religions sont convoquées, "elles ne s'adressent qu'à leurs fidèles et restent assez désarmées pour répondre à ces questions nouvelles", souligne le chercheur. Quant à la philosophie, forte de son universalité de principe, elle sait certes poser les questions ; mais les réponses qu'elle fournit dépendent de ses postulats initiaux, d'où des conclusions parfois opposées. Enfin les sciences humaines participent aussi à ces réflexions. In fine, en dépit de croyances et d'analyses diverses, des convergences se dégagent néanmoins, par exemple dans le cadre des lois de bioéthique. Un consensus bienvenu.

"Trop souvent, déplore cependant Henri Atlan, par facilité ces débats sont réduits à des “pour” ou “contre”, qu'il s'agisse des manipulations génétiques, du clonage humain, des OGM ou des utilisations d'embryons. Et, ils sont faussés d'emblée, tant ces grands mots recouvrent des réalités différentes. D'où le danger de généraliser et la nécessité, au contraire, de rentrer dans le détail." Et le professeur d'égrener les confusions qu'engendrent ces schématisations. Ainsi, les manipulations génétiques n'ont pas du tout les mêmes conséquences sur l'homme et sa descendance, selon qu'elles concernent des cellules somatiques (du corps) ou germinales (reproductrices). Les premières affectent seulement l'individu concerné, quand les secondes risquent d'affecter sa descendance. C'est pourquoi les thérapies géniques - qui tentent de substituer un gène normal à un gène malade ou de modifier ce dernier - ont été autorisées sur les seules cellules somatiques.

De même, chacun ou presque se déclare aujourd'hui, fort heureusement, contre l'eugénisme qui, sous couvert d'améliorer l'espèce humaine, a engendré d'effroyables dérives, notamment par les nazis. Mais pourquoi associer à de l'eugénisme, comme certains le font, le diagnostic préimplantatoire qui consiste à éliminer les embryons porteurs d'une maladie grave pour n'implanter dans l'utérus d'une femme que les embryons normaux, lors d'une fécondation in vitro ? Autre exemple, les cellules souches embryonnaires (voir le dossier Les cellules souches à l'épreuve du réel) sont utiles à la recherche fondamentale et pourront peut-être bientôt l'être à des fins thérapeutiques. En théorie, à partir de telles cellules, il pourrait être possible d'obtenir un clone de la personne dont elles sont issues, par réimplantation utérine, donc de faire un clonage reproductif. Mais la recherche, encadrée, porte aujourd'hui sur le clonage dit "thérapeutique" : on duplique uniquement des cellules pour la recherche et pour les utiliser, peut-être à l'avenir, comme des "médicaments". Pourquoi alors s'insurger en bloc contre le clonage, sans distinguer le clonage non reproductif du clonage reproductif ?

Enfin, lorsque l'on invoque à tout propos le caractère sacré de la vie, de quoi parle-t-on ? Après tout, une cellule cancéreuse est bien vivante, pointe le chercheur. "La notion de vie a changé de signification. La notion même d'embryon est problématique et la notion de personne n'est pas biologique. À partir de quand, lorsqu'on a affaire à un groupe de cellules, appelle-t-on cela un embryon* ? ", insiste Henri Atlan.

Attentifs, les lycéens interrogent alors le chercheur : "Y-a-t-il des questions qui ont déjà été vraiment résolues ?" En matière de clonage ou de droit à l'enfant, la plupart des pays ont adopté des législations, mais celles-ci diffèrent d'un pays à l'autre et peuvent être révisées, répond Henri Atlan. Preuve que dans ces domaines, la réflexion se poursuit. "Que faut-il penser des expérimentations animales et quelles en sont les limites ? ", questionne un autre élève. En la matière, le débat s'amplifie. Si "l'écologie profonde", refusant obstinément de favoriser la vie humaine au détriment d'autres vies, reste minoritaire chez les citoyens comme chez les chercheurs, les laboratoires tentent cependant de réduire au maximum la souffrance animale. Comment, cependant, évaluer cette dernière, quand il s'agit notamment de paramécies ? Elle reste, de toute façon, considérée comme un moindre mal quand les impératifs thérapeutiques pour l'homme l'exigent.

Deux heures dont Valène retient surtout l'importance d'examiner les questions de bioéthique avec précision. Car, si le public mérite d'être pleinement associé aux débats, il doit au préalable être informé. Une responsabilité, conclut le biologiste, qui incombe conjointement aux médias et aux scientifiques.

Le concours Faites de la science
http://www.faitesdelascience.u-psud.fr/

- Objectif : promotion de la culture scientifique auprès des lycéens et des collégiens
- Organisateur : facultés des sciences des universités françaises
- Partenaires : ministère de l'Éducation nationale, Académie des sciences, grands organismes de recherche.

La bioéthique étudie les questions morales posées à la société et aux individus, dans le cadre de recherches menées en biologie, médecine ou génétique.


* Actuellement, les biologistes ne parlent d'embryon que lorsque l'œuf se loge dans l'utérus, environ sept jours après la fécondation.

À lire aussi sur la Banque des savoirs : Sciences : l'éthique devenue omniprésente

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