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Les étonnantes machines d'un BTS de Mécanique et automatismes

  • Posté le : Lundi 28 Avril 2008
  • |
  • par : G. Tixier

Fabriquer des machines, c’est précisément ce qu’apprennent les élèves du BTS de Mécanique et automatismes industriels (MAI) du lycée Parc de Vilgénis, à Massy. Mais loin des commandes habituelles, quelques élèves de deuxième année travaillent sur des engins un peu surprenants : par exemple un œil géant qui fait des bulles quand on l’approche...

Élèves de BTS Mécanique et automatismes industriels et leur futur machine à bullesDes élèves du BTS de Mécanique et automatismes industriels (lycée Parc de Vilgénis, Massy) posent devant le bâti de leur futur machine à bulles.
© Guillaume Tixier / CG91

Il y a deux ans, Jean-Paul D., artiste plasticien, contactait Marc Potier et sa classe de BTS de Mécanique et automatismes industriels du lycée Parc de Vilgénis pour leur faire réaliser un diaphragme géant. Son projet ? Créer un iris artificiel. Le fabriquer fut un vrai challenge géométrique et technique, qui a mobilisé l'enseignant et deux élèves toute une année. Au bout de leurs efforts : une machine d'une petite dizaine de kilos figurant un "œil" de 60 centimètres de diamètre, s'ouvrant et se fermant à l'aide d'une armoire de commande électrique programmable. Et le début d'une collaboration entre l'artiste et les élèves qui allait s'avérer fructueuse...

Jean-Paul D. a décidé d'intégrer le diaphragme réalisé dans une œuvre-machine plus ambitieuse, et de soumettre à la classe un second projet. Au début de l'année scolaire, il est donc venu trouver les élèves avec les cahiers des charges (contraintes techniques et budgétaires à respecter) détaillant deux machines à réaliser. Si pour fabriquer le premier diaphragme les élèves disposaient d'une enveloppe de 3 000 €, pour ces deux nouvelles machines on a clairement changé d'échelle avec un budget total de 20 000 € (payé par l'artiste).

L'intérêt de travailler avec une classe ? "Des économies réalisées, puisque le donneur d'ordre quel qu'il soit (artiste ou industriel) ne paye que le matériel, la classe prenant en charge les études, le montage, la réalisation, explique Marc Potier, le professeur de mécanique. Et la garantie d'une excellente qualité, car les élèves n'utilisent que du matériel industriel de pointe." De la conception sur le papier au dernier réglage sur la machine, les élèves, répartis en deux groupes de cinq, réalisent la totalité du projet, de A à Z. Sous le regard attentif de l'artiste, qui est aussi leur commanditaire. C'est avec lui qu'ils doivent négocier en fonction des contraintes rencontrées, et c'est à son désir qu'ils doivent donner corps. Un désir assez particulier...

Le premier prototype est selon ce dernier "la démonstration d'une relation unique que je provoque entre l'œuvre et le spectateur, basée sur un processus d'attraction/répulsion." Concrètement : le spectateur est face à un panneau rectangulaire monochrome d'où jaillissent onze barres en métal lorsqu'il s'en approche trop près. Dans le cahier des charges, les contraintes sont nombreuses et précises : les barres doivent saillir d'un mètre en une seconde maximum tout en produisant le son d'une épée qu'on dégaine !

Représentation en 3D du projet DiabulleReprésentation en 3D de Diabulle, la machine à bulles. Le spectateur voit une rosace constituée d’un diaphragme qui s’ouvre et se referme en fonction de déplacement du public.
© BTS de Mécanique et automatismes industriels (lycée Parc de Vilgénis, Massy)
La seconde machine n'est pas moins surprenante : un œil rond de 210 cm avec en son centre un diaphragme. Celui-ci s'ouvre et se referme en réponse à des capteurs qui détectent l'approche des spectateurs. Lorsqu'il s'entrouvre, des bulles de savon gonflées à l'hélium s'en échappent et vont s'écraser au plafond ; lorsqu'il s'ouvre complètement, il découvre un rideau de bulles irisées éclairées par deux projecteurs ; et pour finir, si le spectateur s'en approche de trop près, il est bombardé de milliers de bulles... Les cinq élèves qui travaillent sur ce projet l'ont baptisé DIABULLE et présentent avec fierté "leur machine", qu'ils se sont véritablement appropriée. Devant l'artiste, Mathieu ose un "il faut quand même être assez tordu pour imaginer un truc pareil ! ", Jean-Paul D. accepte le "compliment" d'un grand sourire : "J'assume totalement ! "

En fait, précisent les élèves, travailler pour un artiste plutôt qu'un industriel ne change rien à la qualité du travail, l'exigence est la même "voire encore plus prise de tête" ajoute Kevin... Avec son châssis pliant de 3 mètres de haut sur 2,50 de large, ses 5 moteurs commandant des bras, des chariots, deux machines à bulles et un diaphragme, DIABULLE est à la fois plus sympathique et plus complexe qu'une machine à visser des couvercles sur des boîtes ou à conditionner des liquides dans des flacons... Chacun des cinq élèves est responsable d'un mouvement ou du bâti de la machine : c'est sur elle que repose leur examen de fin d'études. Le 13 juin, ils en feront la démonstration devant un jury de professeurs. Ils sont presque aussi attachés à son bon fonctionnement que Jean-Paul D. lui-même !

Pour autant, leur discours sur DIABULLE diffère singulièrement. Si la technique est la préoccupation principale des élèves, pour l'artiste celle-ci doit disparaître aux yeux des spectateurs, elle ne constitue que les coulisses de l'œuvre : "Je cherche à créer une œuvre qui génère une expérience physique et frontale. Je veux surprendre le spectateur, le faire réfléchir à la relation qu'il entretient avec l'œuvre, instaurer un autre rapport à l'œuvre d'art."

Jean-Paul D. prévoit d'exposer ces œuvres-machines à la rentrée prochaine (le lieu n'est pas encore connu) et, comme les élèves, il est impatient de les voir achevées. Mais, alors qu'elles sont encore à quelques semaines de leur assemblage final, elles ont d'ores et déjà permis à dix élèves de mettre en œuvre toutes les compétences acquises lors de leur BTS : dessin et conception assistée par ordinateur, électronique, mécanique, automatisme, électricité... Une formation à la fois complète et concrète : "Dans cette filière, les élèves n'ont aucun problème pour trouver du travail, ils sont très demandés sur le marché industriel grâce à leur polyvalence. Pourtant, regrette Marc Potier, nous avons du mal à recruter des étudiants, alors que la formation est véritablement passionnante."

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