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"On dit pas “wesh” à un directeur"

Parler de discrimination en classe c'est aussi préparer les élèves à affronter le monde du travail. Un jeu auquel se prêtent volontiers les membres de l'association 1 000 Visages.

Affiche du film Ma poubelle géanteAffiche du film Ma poubelle géante.
© 1000 VISAGES

Uda Benyamina, fondatrice de l'association 1 000 Visages, fait le tour des collèges, lycées et missions locales pour parler des discriminations. Parler et regarder : grâce au court métrage qu’elle a réalisé en 2008, Ma poubelle géante, elle appuie le clou en montrant l’histoire d’un jeune banlieusard qui "galère" malgré son MBA (Master of Business Administration, diplôme international d'études supérieures du plus haut niveau dans le domaine de la conduite globale des affaires).

Yazid, le héros, habite à proximité de Morsang-sur-Orge, à la Grande Borne. Ses diplômes sont reconnus, il porte un beau costume, est très éloquent et pourtant il ne trouve pas d’emploi. Son petit frère, à la croisée des chemins entre bonne et mauvaise voie, se moque de lui. Sa mère, quasi-hystérique, s'inquiète pour son aîné. Son nom, sa couleur, ou son adresse sont peut-être les raisons de son échec… Mais le film ne dénonce rien de particulier, si ce n’est la situation de discrimination dans laquelle Yazid se trouve.

C’est justement à Morsang-sur-Orge qu’Uda a présenté le film à deux classes du collège Charles Péguy en novembre dernier. Elle a sans peine endossé le rôle de professeure d'éducation civique option "monde du travail". Pour commencer, pousser les jeunes à réagir en les bombardant de questions : que sont les discriminations ? En ont-ils déjà été victimes ? Que faire pour les combattre ? Comment vivre avec, et avancer malgré tout ? Le débat s’anime aussitôt.

Une élève mutine interpelle Uda : "Pourquoi, quand il y a un noir et un blanc qui discutent en cours, c'est toujours le noir qui est grondé ?" L’intéressée répond du tac-au-tac : "Ça existe les profs racistes, c'est sûr. Mais si j’étais prof, tu serais mal et c’est pas parce que tu es noire : je t'ai vue arriver en retard, et maintenant je te vois avec ton sac sur la table, assise en biais à discuter avec tes voisins ! Ma mère me disait que nous on doit se battre encore plus, être encore plus irréprochable. Arrive à l'heure, travaille en cours, et on t'embêtera plus."

Pour Uda, il ne s’agit pas de tout mettre sur le dos de la couleur de peau. Elle précise : "On peut être discriminé pour la couleur de sa peau évidement, mais pas seulement. Le nom, le lieu d'habitation, le sexe, les orientations sexuelles, l'apparence physique, le handicap, tout ça peut être motif de discrimination." Elle reprend son cours sur "le monde du travail" par une question sur les stages en entreprise que chaque collégien devra bientôt effectuer : où comptent-ils faire leurs armes ?

Making off – Film Ma poubelle géanteDeux jeunes des quartiers populaires impliqués dans le tournage du film, auprès de professionnels reconnus
© 1000 VISAGES
- "Moi je vais faire un stage à France 2," témoigne une jeune fille.
- "Super, comment as-tu trouvé ?" lui demande Uda.
- "Ma maman connaît quelqu'un qui y travaille."
- "Bien, mais si on ne connaît personne, comment on fait ?"
Silence…
Un élève se lance : "On les appelle ?"

Réponse de la réalisatrice qui officie en grande sœur : "Oui, plusieurs fois. On envoie des CV et des lettres de motivation, encore et encore. Et si cela ne fonctionne toujours pas, allez attendre Patrick de Carolis en bas de France 2. S'il y a bien une qualité qu'on vous reconnaît, c'est le culot. Servez-vous en ! " Uda parle en connaissance de cause : pour la réalisation de son court métrage, elle a convaincu une dizaine de professionnels reconnus de venir travailler bénévolement avec elle. La musique a été réalisée par S Petit Nico, le compositeur de Grand Corps Malade, et les images ont été cadrées par Ricardo Aronovich (Hanna K, Clair de Femme,...).

Le cours "monde du travail" continue : comment on s'habille pour un entretien ? "En jean," rétorque un élève, ou "en jogging," assure un autre qui remporte les pouffements de rires. Une autre adolescente enchaîne : "Non, on va faire un repérage d'abord. Je veux travailler dans un salon de coiffure et comme je sais qu'ils sont tous habillés en noir et blanc, j'y suis allée en pareil." C’est la réponse qu’attendait Uda : "Il y a plein de codes dans la société, et il faut les apprendre. On ne va pas dire “wesh” ou “t'as vu” à un directeur, ni lui faire un “check”." Elle conclut : "J'ai perdu dix ans de ma vie parce que j'étais une rebelle à l'école, ne les perdez pas. C'est ici que vous commencerez à apprendre ces codes."

Les jeunes sont captivés. "La plupart de ces gamins n'ont pas d'images de réussites positives autour d'eux, et n'ont pas le réseau qui va avec. On fait déjà de la discrimination positive pour les handicapés et les femmes, j'espère qu'un jour une vraie discrimination sociale positive verra le jour. On arrêtera de se concentrer sur le rap et les sorties en quad dans les MJC. On leur proposera du théâtre et de classique à l'école. On les ouvrira au monde extérieur en fait." Toujours "assise en biais", la jeune mutine black était sur le point de faire un stage à H&M. Désormais, elle profitera de la discrimination positive d'Uda pour faire un stage dans le cinéma, au sein de l’association 1 000 Visages.


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