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Quand des mains racontent la naissance

Les garçons naîtraient dans les choux et les filles dans les roses ? En 2007, peu d’enfants pourraient se satisfaire d’une telle explication. La comédienne Jeanne Sandjian a trouvé un moyen de répondre de manière poétique, scientifique et ludique aux interrogations sur la fécondation, elle propose de visiter "La fabrique à bébés".

Vue du spectacle Les spermatozoïdes longilignes gravissent les escaliers pour atteindre le col de l’utérus. Dans cette course épuisante, une partie de l’armée tombe de fatigue tandis qu’un seul "maillot jaune" parviendra à l’ovule tant convoité (la princesse Ophélie dans l’attente du prétendant), perchée en haut à droite, juste à côté de l’ovaire qui l’a fabriquée.
© Bertrand Cousseau

Rosine Poc a de grands yeux noirs, des lunettes cerclées de rouge et des bouclettes brunes. La salle est sombre, elle allume une petite lampe de poche sous son menton pour qu'on la voit. Ca y est, elle est là, la pupille se dilate et l'oreille s'ajuste à la fréquence zozoteuse de Rosine. Cet inventeur de génie propose alors aux spectateurs de la bibliothèque municipale du 6e arrondissement de Paris de découvrir son incroyable machine, celle-là même qui permet de voir à l'intérieur du ventre d'une future maman comment s'activent les ouvriers d'une "Fabrique à bébés".

Campée derrière un cadre métallique qui servira de scène, Rosine Poc la savante redevient Jeanne Sandjian la marionnettiste. Ses personnages ? Clitandrine, le sexe de la maman, Virgil, le sexe du papa, une tribu de "ragnagnas" et une armée de "spermatos". Et bien sûr, les deux savants fous qui construisent les ovules dont un sortira du lot, la princesse Ophélie. En 45 minutes, Jeanne explique aux plus de huit ans comment fonctionne la fécondation chez les humains. Lorsqu'elle crée la pièce avec Gonéry Libouban en 2005, son intention n'était pas d'en faire un spectacle scientifique. Et pourtant, à l'arrivée, c'est un média qui plaît à tous, y compris aux scientifiques avertis. L'un d'eux a notamment apprécié que les spermatozoïdes aient tous une tête différente, car c'est bien la réalité !

"Pour nous, la difficulté n'était pas l'aspect scientifique, puisque nous nous sommes limités à des connaissances bien établies. En revanche, il fallait nous assurer que les mots employés, les métaphores utilisées et l'histoire elle-même convenaient à un large public", se rappelle la marionnettiste. Durant trois mois, le spectacle a été "testé" auprès de quatre classes allant du CP au CM1. Les formules maladroites, les notions pouvant choquer ou les termes trop scientifiques ont été retirés au fil de l'exercice. "Reste que certaines choses sont toujours mal interprétées", regrette Jeanne qui se rappelle une féministe très critique sur la manière d'aborder la contraception. "Mon sujet était de parler de la naissance, je ne pouvais pas dire que la pilule y contribuait ! ", se défend l'accusée qui a finalement trouvé une astucieuse formule pour présenter la pilule : le meilleur ami de l'homme et de la femme, mais un casse-pieds du point de vue des organes génitaux, en insistant bien sûr "du point de vue de"… "C'est surtout une histoire de ton", explique Jeanne qui a été formée à l'École nationale supérieure des arts et traditions du théâtre (ENSATT).

Diplômée des Arts décoratifs, elle s'est très vite spécialisée dans la confection de marionnettes, "ces objets qui libèrent la parole, quels que soit notre culture et notre âge", souligne Jeanne qui intervient régulièrement en milieu scolaire et dans des centres d'alphabétisation. Mais pour créer des marionnettes adaptées aux spectacles, il lui fallait les manipuler et les incarner. Elle a donc monté la Compagnie d'objet direct avec sa première pièce, "La fabrique à bébés". Sur scène, elle manipule pas moins de 24 personnages ! Impossible dans ces conditions d'utiliser des marionnettes classiques. Elle en a donc inventées d'un nouveau genre. Aimantées, ses marionnettes tiennent sur le rebord du cadre métallique dans lequel se joue la création des bébés. Les ouvriers de cet espace sont faits de bric et de broc, du recyclage d'attaches en plastique pour faire le tronc des spermatozoïdes, de coques de noix ou de bouchons de champagne pour faire leur tête, d'une boule de Noël contenant des perles et des petits luminaires pour représenter la princesse Ophélie,… "J'ai construit des marionnettes non humanoïdes, car cela me semblait plus adapté au propos pour servir l'illusion d'un utérus", explique-t-elle dans un souci de réalisme.

Les contraintes du jeu l'ont tout de même obligée à ne pas toujours respecter les lois de la nature : "Ici j'ai 16 spermatozoïdes en lice pour atteindre l'ovule, mais dans la réalité il y en a des milliers ! ", s'excuse-t-elle consciencieuse. De leur côté, les pré-adolescents s'en fichent. Parler sans tabou de la fécondation et des sexes opposés est déjà tellement inhabituel… Les parents aussi s'en amusent. Il y a même de francs éclats de rires lorsque les ouvriers de l'utérus se mettent en grève contre la méchante pilule. "Libérez les organes génitaux !", scandent alors les deux fabricants d'ovules tandis que les ragnagnas tendent des calicots imposant la grève générale. Quant aux moins âgés, probablement les plus curieux, ils se ruent sur le décor et les personnages en fin de représentation puis bombardent la comédienne de questions. "À la fin, vous avez dit qu'il fallait qu'on revienne dans neuf mois pour voir la naissance de la princesse Ophélie, mais c'est pas vrai… vous n'allez pas venir avec un vrai bébé ? ", s'enquiert un petit, dubitatif…

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