logo Essonne

Quand le Collège de France délocalise le savoir

  • Posté le : Lundi 12 Janvier 2009
  • |
  • par : A. Joseph

Voilà trois ans que le Collège de France franchit le Rubicon et s'aventure dans une banlieue parisienne, à Aubervilliers. Une fois par mois, riverains et lycéens s'enthousiasment à l'écoute de l'exposé limpide d'un professeur que l'on n'aurait jamais imaginé en ces lieux...

Conférence Les lundis du Collège de France par Alain BerthozLundi 17 décembre 2008, au Théâtre de la Commune à Aubervilliers, lors d'une conférence présentée par le neurophysiologiste Alain Berthoz.
© Willy Vainqueur

L’initiative est née d’une rencontre fortuite…Fin 2004, Jack Ralite, sénateur maire d’Aubervilliers et Carlos Ossola, professeur au Collège de France se rencontraient à Stresa, à l’occasion d’un colloque international du World Political Forum sur les "nouvelles pauvretés" du XXIe siècle. Le premier exposa son point de vue : "L’espace des banlieues concentre des temps et des traditions qui ne sont pas synchroniques et qui requièrent donc d’être harmonisés par des réceptacles de mémoire commune et par des projets de futur partagé (…)." Le second proposa alors un projet : délocaliser à Aubervilliers quelques-uns des enseignements du Collège de France, sous forme de conférences.

L’accord entre les deux parties signé fin 2005, une brèche venait de s’ouvrir. Car, "si nous sommes dans un monde globalisé et perméable, paradoxalement, nous vivons dans des espaces cloisonnés," explique C.Ossala. Donner aux professeurs parisiens l’opportunité de sortir des frontières de la capitale et aux Albertivillariens celle d’accueillir in situ le Gotha de l’enseignement, c’était ouvrir une brèche. Et chacun s’y engouffra avec plaisir : le Collège de France, la mairie d’Aubervilliers, les enseignants du lycée Le Corbusier, leurs élèves, et bien d’autres acteurs de la ville et d’ailleurs telles que France Culture et la fondation DiversiTerre (EDF). Intitulés "Les lundis du Collège de France", ces rendez-vous mensuels sont systématiquement suivis d’une représentation artistique par des habitants de la ville.

Dernièrement, le neurophysiologiste Alain Berthoz a présenté l’avancée des recherches scientifiques sur les émotions, la raison et la prise de décision. Entrée gratuite, plaisir des mots et des neurones… Plus une place de libre au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers. On y apprend que le cerveau est un dictateur, qu’il nous impose des règles d’interprétation du monde et biaise ainsi nos prises de décisions ! Que ces prises de décisions s’opèrent au niveau du cortex préfrontal, mais qu’on peut les remettre en cause grâce à l’activité de la zone au-dessus de des paupières… Petit tsunami dans nos a priori. Bientôt suivi d’un autre, le 9 février, avec la présentation "Lumière et couleur" par le chimiste Jacques Livage.

Chaque année depuis trois ans, sept thématiques sont ainsi abordées aux Lundis du Collège de France. Les exposés sont précédés d’une rencontre du conférencier avec un groupe de lycéens d’Aubervilliers. Les jeunes préparent leurs questions en cours et passent une heure à échanger avec le professeur. Celui-ci oriente ensuite son exposé selon les questions des lycéens, sans jamais rogner sur la qualité. "Les conférences sont du même niveau que les cours donnés dans le Collège," affirme le responsable du projet. Illusoire pensez-vous ? Trop ambitieux pour des non érudits ? La neurophysiologie, la chimie condensée, l’infiniment petit… Ce n’est pas l’avis de Carlos Ossola : "Il n’existe pas de sujet bon ou mauvais selon qu’on soit jeune ou vieux, qu’on habite dans Paris ou en banlieue." En somme, ce n’est pas la complexité qui rebute, mais la nature du sujet qui importe ou pas. Pour exemple, les OGM, le clonage,… débats difficiles dans lesquels, pourtant, la société essaie de prendre part et s’engage.

Conférence sur le thème de la neuropharmacologie par le professeur J. GlowinskiLundi 17 novembre 2008, au lycée Le Corbusier d'Aubervilliers, lors d'une conférence sur le thème de la neuropharmacologie, présentée par le professeur J. Glowinski.
© Willy Vainqueur
"Ces conférences font état de la recherche d’aujourd’hui et des perspectives pour demain. Cela permet aux jeunes de resituer leurs acquis dans l’actualité. Et peut être de compléter harmonieusement les manuels scolaires," aime à penser Carlos Ossala. Quant aux professeurs du lycée Le Corbusier, ils n’en démordent pas : "Nous n’avons pas plus de connaissances que nos élèves concernant les sujets abordés," témoigne Emmanuel, professeur de mathématiques. Au départ, "c’était un peu déroutant, mais finalement cela a permis d’installer un rapport différent avec les élèves : je me posais les mêmes questions qu’eux," explique Anne, professeur de philosophie.  Mais aux dires de tous, ce qui a le plus emballé les jeunes, c’est de se rendre dans l’institution du Quartier latin et de voir que ces professeurs reconnus leur témoignaient de l’intérêt.

L’expérience du Collège de France a soulevé tellement d’enthousiasme que les professeurs du lycée se sont organisés dès la deuxième année du projet, en 2007, pour emmener leurs élèves en voyage au couvent de La Tourette près d’Érveux (62). Là, dans le calme dominicain et la volupté des lieux dessinés par l’architecte Le Corbusier, les élèves ont passé une semaine à réviser leur bac tout en méditant sur la thématique abordée par les Lundis du Collège de France: "Utopie et carnaval". Quelle surprise amènera donc la moisson 2009 qui porte sur "Concept et réalité" ? Laissons les premières graines pousser, le champ des possibles apparaîtra.


Restez connecté

Suivez-nous : Page Facebook Page Twitter

Lettre d'information :

Vidéo

Cette vidéo nécessite le plug-in gratuit Flash 8.
Il semble que vous ne l'avez pas.
Cliquer ici pour le télécharger

Interview de Xavier Raepsaet - La propulsion nucléaire spatiale

Portraits d'experts

  • Romina Aron Badin, les primates au coeur
  • Jacques-Marie Bardintzeff, une vie consacrée aux volcans
  • Catherine Charlot-Valdieu :  Home sweet home
  • Didier Labille, l’astronomie en amateur professionnel