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Rencontres scientifiques derrière les barreaux

En 2005, sous le nom de "rencontres scientifiques", les Bars des Sciences s’installaient dans l’enceinte de la prison de Fleury-Mérogis. Un projet né de la rencontre entre Brigitte Gaaloul, fondatrice des Bars des Sciences, et Nelly Tieb, membre de l’association "Lire c’est vivre". Amener le débat scientifique en prison ? Une initiative unique en France, qui a démontré que c’est possible.

Des grilles qui s'ouvrent et qui se ferment. Dans ce lieu clos, le bruit est omniprésent. Parfois ce sont même des cris que l'on entend. On suit les pas du gardien : il connaît le chemin qui mène à la bibliothèque. "La première fois, la prison est vraiment impressionnante. D'abord il y a toutes ces portes métalliques à passer. Pourtant, une fois dans la bibliothèque, on se sent libre. Aucun gardien pour surveiller. Les prisonniers nous accueillent chez eux." Brigitte Gaaloul livre ainsi les impressions de sa première visite. Depuis 2005, les Bars des Sciences, qu'elle a fondés, se tiennent aussi en milieu carcéral.

Au cœur de la prison de Fleury-Mérogis, elle organise des rencontres entre un chercheur et une dizaine de détenus, pour débattre d'un sujet scientifique. Ici, l'appellation Bars des Sciences a disparu… le nom, trop évocateur, faisait peur à l'administration carcérale qui les a rebaptisés Rencontres scientifiques. Dans la bibliothèque sans gardien, ces débats sont une fenêtre ouverte vers davantage de liberté d'expression. Ils permettent aux détenus de s'évader en abordant des thèmes aussi variés que l'origine de la vie, l'Univers, le big bang, les couleurs ou le règne animal.

Les sujets sont proposés directement par les détenus mais c'est l'association "Lire c'est vivre", promulguant la lecture en prison, qui s'occupe de l'organisation de l'événement en collaboration avec les Bars des Sciences. D'après Nelly Tieb, représentante de l'association, "les détenus sont très demandeurs de ce genre de discussions. Les questions scientifiques appellent souvent des questions plus philosophiques, notamment lorsque les thèmes touchent l'origine de la vie ou l'origine du monde. Les détenus sont donc toujours ravis de ces rencontres. Ils cherchent des réponses à leurs questions, et restent très sensibles à l'aura de la science."

"Organiser une telle rencontre n'est pas des plus faciles, selon Brigitte Gaaloul, elles ne peuvent avoir lieu que l'après-midi. De plus, ce n'est pas simple pour un chercheur de pouvoir se libérer une demi-journée." Pour Nelly Tieb, la principale difficulté est d'instaurer une certaine régularité dans les interventions. La venue des scientifiques doit être organisée longtemps à l'avance pour que l'administration carcérale autorise l'événement et prépare le débat.

"Les scientifiques apprécient sincèrement ces rencontres", constate Nelly Tieb. Avant d'ajouter : "En approchant le milieu carcéral, non seulement ils abandonnent toute idée préconçue sur la prison, mais ils découvrent aussi des personnalités attachantes." Jacques Lafait, directeur de recherche au CNRS, a animé fin 2006 un débat sur la couleur. Il avoue que l'expérience l'a marqué. "J'ai rencontré des gens passionnants, qui voulaient vraiment participer au débat. J'ai été étonné par le niveau intellectuel des prisonniers, par leur curiosité et par la pertinence de leurs questions."

La curiosité naît de la rencontre avec le scientifique. Bien souvent, sa personnalité fait la différence, car il doit saisir derrière chaque question l'importance du non-dit. Jacques Lafait précise également que : "L'important est de débattre du sujet scientifique par rapport à son propre ressenti. Faisant un exposé sur la couleur, j'ai souligné sa subjectivité, son évolution potentielle. Cette approche a permis aux détenus de parler d'eux-mêmes, de leur perception du monde."

Selon Nelly Tieb, le profil des prisonniers expliquerait en partie leur intérêt particulier pour les sujets scientifiques. Souvent, ce sont des techniciens : ils possèdent donc une certaine fascination pour la science. Un auditoire plus attentif et peut-être aussi plus réceptif que celui de "l'extérieur" : incarcérés, leur envie de s'échapper, au moins par la pensée, serait exacerbée. Par ailleurs, participer à ces rencontres est un choix qu'ils doivent justifier auprès de l'administration. Ils sont donc extrêmement motivés et veulent profiter du savoir des chercheurs.

La science est parfois là où on ne l'imagine pas. Et même dans un endroit aussi insolite que la prison, elle peut susciter la fascination.



Pour en savoir plus :

Association Bar des sciences : www.barsdessciences.net

Association Lire c'est Vivre
Olwen LESOURD : Directeur/Coordinateur
Bibliothèque centrale - 7, avenue des peupliers - 91705 Sainte Geneviève-des-Bois
téléphone : 01.69.72.30.45

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