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Spitzberg 2009 : quand cinq étudiants deviennent apprentis explorateurs

Trois semaines à 1 000 kilomètres du pôle Nord, en autonomie complète : pour cinq étudiants en BTS horticole, ce rêve est devenu réalité. Avec leur professeur, ils ont organisé une expédition scientifique au Spitzberg, afin d'étudier la faune et la flore face aux changements climatiques.

Spitzberg - Marche vers les sites de prélèvementsPour se rendre sur les sites de prélèvements, il fallait souvent effectuer des marches de plusieurs heures.
© Camille Fresser/LookatSciences

9 juillet 2009. Au large de la côte désolée du Bünslow Lande, à l’ouest du Spitzberg, une île norvégienne située au-delà du cercle polaire. Dans le petit zodiac qui les conduit, les cinq étudiants en BTS horticole au Lycée du Pflixbourg Wintzenheim, dans le Haut-Rhin, n’en mènent pas large. "On se dit ”on est fou”, tout en étant heureux d’être dans cette folie !", se souvient Aurélien Bour, un des cinq étudiants.
Accompagnés de deux de leurs professeurs, d’une chercheuse au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) de Paris, et d’un photographe professionnel, ces apprentis aventuriers se préparent alors à passer 21 jours sous la tente, totalement coupés du monde (hormis le téléphone satellite), dans le cadre d’un projet pédagogique à vocation scientifique. Objectif : inventorier la microfaune mal connue de cette partie de l’île, et procéder au recensement d’une partie de la flore.
"Comme toutes les ‘’bêtises’’, plaisante Jean-Michel Bichain, enseignant de biologie-écologie au Lycée du Pflixbourg et chercheur attaché au MNHN, l’idée de cette aventure nous est venue en 5 minutes !". Carte de SpitzbergLe Spitzberg, la plus grande île de l’archipel du Svalbard, est située à moins de 1000 km du pôle nord.
© Google/Tele Atlas/Transnavicom/Zenrin/Europa Technologies
Plus concrètement, elle a vu le jour à la rentrée 2008, en discutant de la récente expédition qu’il avait menée au Maroc avec quelques étudiants passionnés. "Pour moi, le Spitzberg a toujours eu une dimension mythique, poursuit le scientifique. Puis, en creusant un peu la bibliographie, je me suis convaincu qu’il y avait quelque chose à faire".
Cinq étudiants se décident à rentrer dans l’aventure. Suivent alors quatre mois durant lesquels ils battent le pavé à la recherche de sponsors (voir encadré). Cerise sur le gâteau, l’explorateur Jean-Louis Etienne, grand connaisseur du Spitzberg, accepte de parrainer l’expédition. Il n’y a alors plus qu’à acheter les billets d’avion. Et à attendre l’été, seule période où les bateaux peuvent naviguer, et durant laquelle la température, 5 °C en moyenne, est presque clémente !

Se protéger des ours polaires

Débarquement en Zodiaque à SpitzbergJour 1 de l’expédition. L’équipe est débarquée en zodiac et décharge le matériel.
© Camille Fresser/LookatSciences
Une fois arrivés à Longyearbyen, capitale de l’archipel, les étudiants et leurs accompagnateurs embarquent alors sur un bateau touristique, qui les lâche à quelques centaines de mètres de leur point de chute, avec 600 kilos de matériel et de nourriture. Première mission : établir un campement sûr. A 300 mètres de la côte, une tente de 20 mètres carrés abritant une infirmerie, un espace de communication (comprenant le téléphone satellite et une connexion à internet qui ne marchera pas de tout le séjour...), et un laboratoire, sert de QG. Devant, une cuisine de fortune est aménagée à même le sol, et des bancs sont installés autour d’un feu alimenté en permanence. "On ne réalise pas ce que l’on est en train de vivre à ce moment, précise Laurent Barre-Scholving, un des étudiants. C’est un mélange de curiosité, de plaisir, mais aussi un peu d’angoisse". D’autant que le risque de tomber nez à nez avec un ours polaire est réel, obligeant les naufragés volontaires à se relayer jour et nuit au poste de garde, fusil à la main !
Après quelques jours, chacun trouve ses marques. Le programme scientifique élaboré avant le départ impose plusieurs heures de marche par jour, afin de se rendre sur les sites de prélèvements. Les conditions de vie sont rudes, mais l’exaltation est quasi permanente. Aurélien Bour : "Je me souviens d’une ascension de deux heures sur un sol instable et aride. Mais une fois en haut, nous avons découvert une véritable oasis avec des fleurs de toutes les couleurs. C’était magnifique ! "

Un laboratoire grandeur nature

Spitzberg - récolte de collembolesL’un des étudiants, Laurent Barre-Scholving, récolte des collemboles sur le haut d’une moraine.
© Camille Fresser/LookatSciences
Ainsi, en trois semaines, les cinq scientifiques en herbe constituent un herbier numérique riche de 40 espèces de plantes, dont une dizaine n’ont jamais été documentées sur ce site. Dans les mois qui suivront l’expédition, ces informations seront confiées à des chercheurs spécialistes qui s’en serviront pour documenter l’inventaire du vivant.
Côté faune, le Spitzberg comprend environ 1 200 espèces d’arthropodes, nématodes, etc. (Ce que les scientifiques appelaient autrefois les invertébrés). Mais l’île est loin d’avoir été explorée dans ses moindres détails. Si bien que lorsque le contenu des 80 tubes à essais collectés sur les sols et rapportés par la petite équipe sera passé entre les mains de spécialistes de l’évolution des invertébrés, d’ici deux ans, il n’est pas impossible qu’il révèle des espèces jusqu’ici inconnues. Notamment des collemboles, des petits insectes sauteurs vivant dans le sol et mesurant en moyenne de 1 à 3 mm. Voire des tardigrades, de minuscules animaux rondouillards, proches des arthropodes.
"Pour des jeunes, cette plongée dans les conditions réelles d’une expédition est fantastique, précise Jean-Michel Bichain. J’aime cette interface entre enseignement et travail scientifique de terrain. C’est une merveilleuse manière de communiquer sur la science". D’autant que prochainement, Spitzberg 2009, se poursuivra via la diffusion d’un film de 26 minutes, réalisé lors de l’expédition, auprès des enseignants et de structures publiques ou associatives impliquées dans la sensibilisation aux questions climatiques et environnementales. Pour que le grain de folie de quelques-uns devienne source de réflexion pour tout le monde !


Spitzberg 2009 mode d’emploi, ou comment monter une expédition...

Pas question de s’engager dans une expédition scientifique sans un minimum d’organisation. Dans un premier temps, une fois la destination choisie, l’équipe de Spitzberg 2009 a constitué une caisse commune afin d’imprimer le programme. Avec ce document, ils se sont adressés aux acteurs économiques et institutionnels pour s’entourer de sponsors. Ainsi, Spitzberg 2009 a bénéficié du soutien d’une dizaine d’entreprises (voir le site Internet http://bichain.free.fr/spitzberg.htm), pour un budget global de 28 800 euros.
Le Musée Zoologique de la ville de Strasbourg, l’Association l'Enfant @ l'Hôpital et le quotidien Les Dernières Nouvelles d'Alsace se sont également associés à l’aventure. Une fois les premiers fonds levés, l’équipe a ensuite acheté les billets d’avion à l’avance, afin de bénéficier de tarifs intéressants. Une manière aussi de ne plus pouvoir revenir en arrière !

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