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Théâtre : “Marie et Irène Curie, femmes de science”

La première est très renommée. La seconde, sa fille, est moins connue du grand public. Mais toutes les deux ont eu des destins hors du commun. C’est ce qu’Emmanuelle Danesi cherche à nous transmettre à travers sa pièce.

pe curie1Le principe : le spectateur pioche une carte et l’actrice joue en fonction du choix effectué.
© Elise Kunzelmann / Look at Sciences

“Irène est moins connue car elle était sans doute plus dangereuse que sa mère Marie !” C’est l’actrice de théâtre Emmanuelle Danesi qui parle, auteur d’un spectacle sur les deux chercheuses. “La fille a transcendé la force de frappe scientifique de sa mère, notamment en politique.” Irène avait pour volonté de moderniser la société de son époque, bien au-delà des questions scientifiques. Sa mère, Marie, bien que précurseur et libre penseuse, n’a pas aussi nettement affiché son désir de changement. C’est l’un des nombreux aspects que révèle “Marie et Irène Curie, femmes de sciences”, spectacle créé et interprété par Emmanuelle Danesi.

Lors de la représentation du 25 mai dernier au collège Alain Fournier d’Orsay, c’est devant un public composé d’une cinquantaine d’élèves qu’Emmanuelle Danesi et la comédienne Kathy Déruel se sont mises en scène pour faire partager leur admiration des femmes Curie, avec à la source un désir de vérité. Emmanuelle Danesi raconte : “Je voulais, à travers ce spectacle, réhabiliter Irène, qui a été très importante en terme de responsabilité dans la société. Et je souhaitais aussi donner une autre dimension à la savante Marie. A son parcours de femme dans un cercle scientifique alors quasi exclusivement masculin”.

 Archives

pe curie1Le principe : le spectateur pioche une carte et l’actrice joue en fonction du choix effectué.
© Elise Kunzelmann / Look at Sciences

“Pour réaliser ce spectacle, j’ai eu accès à des documents qui ne sont pas connus du grand public. Notamment des images et des textes d’archives provenant du musée Pierre et Marie Curie et des archives du CEA”, confie-t-elle. Parmi les découvertes dévoilées le 25 mai au collégiens essonniens, il y avait ce passage tiré du portrait d’Irène Curie par Eve Curie, sa soeur cadette : " Je l’ai vu arriver chaque jour, à l’heure, au collège, ses devoirs clairement rédigés d’une écriture comiquement enfantine, ses leçons bien apprises. Et les jours d’examen, de baccalauréat, de licence, ces jours que notre mère elle-même avait, jadis, vécus pour son compte dans la fièvre et la nervosité, étaient pour Irène tout semblables aux autres. Elle partait paisiblement pour la Sorbonne, revenait sûre d’être reçue – puis attendait sans grande émotion un résultat acquis d’avance." Autre passage révélateur : “C’est une savante. C’est la fille de deux savants. C’est l’épouse d’un savant. Et il faut qu’elle ait une très forte individualité pour réussir ce prodige : ne ressembler à personne, n’imiter personne, pas même cette mère illustre dont elle paraît suivre la trace, de découvertes en Prix Nobel.”

Mais comment mettre en scène ces archives ? Loin de se couper du public et de le garder à distance, Emmanuelle Danesi cherche au contraire à l’investir dans sa pièce. Et cela fonctionne plutôt bien. Ce sont finalement les spectateurs qui rythment la représentation en piochant au hasard dans le tas de photographies que leur tenhistoire curie2Les travaux de Marie Curie feront très vite parler d’elle.
© Musée Curie (Collection ACJC)
d la comédienne. A chaque image tirée au sort, les comédiennes répondent par la lecture d’un texte d’archives, d’une correspondance, comme Le rôle social des femmes par Irène Curie ou encore Le portrait d’Irène Curie, par Eve Curie.

Autre originalité : un travail de récolte de témoignages auprès de femmes scientifiques contemporaines a été réalisé dans le cadre de l’élaboration de la pièce. Deux extraits sonores de ces entretiens sont diffusés durant la représentation. Ils permettent de faire le parallèle entre la vie de chercheuses d’aujourd’hui et du temps de Marie et Irène Curie. Ce que cela révèle c’est que les choses n’auraient finalement pas tant changé que cela... En un siècle, sur 800 Nobel attribués, moins de 40 femmes l’ont  obtenu. "Et l’histoire montre que l’on décernait plus facilement des Nobel à des femmes dans les années 20-30 que dans les années 80-90 !", rend compte Emmanuelle Danesi.

L’un des autres points forts du spectacle, est la mise en évidence de ce lien entre mère et fille. Elles sont, l’une comme l’autre, brillantes à l’école. On apprend qu’Irène, à peine 17 ans en 1914, suit sa mère sur le front pour radiographier les blessés à l’aide de voitures équipées. Les deux femmes y forment aussi des infirmières radiologues. Elles obtiennent toutes deux le Nobel. Marie et son époux Pierre reçoivent une moitié du prix Nobel de physique en 1903 (l’autre moitié est remise à Henri Becquerel) pour leurs recherches sur la radioactivité naturelle. En 1911, Marie reçoit un second Nobel, de chimie cette fois, pour sa découverte du radium. Elle est la seule femme à avoir été distinguée à deux reprises par le comité de Stockholm. Quant à Irène, c’est avec son époux Frédéric Joliot qu’elle obtient le prix Nobel de chimie en 1935 pour la découverte de la radioactivité artificielle.


A la différence de sa mère, Irène a beaucoup plus investi l’espace public et l’a utilisé comme relais de sa parole, analyse Emmanuelle Danesi. Elle a même milité pour l’égalité des carrières entre hommes et femmes, pour l’égalité salariale, le droit de vote des femmes. Elle faisait partie du mouvement pour la paix.” Elle est même devenue, à 37 ans, l’une des trois premières femmes ministres du gouvernement français puisqu’elle a été en 1936, sous-secrétaire d’Etat sous le Front populaire. Une trajectoire unique et sans-doute une manière pour elle de dépasser l’image maternelle.

pe curie2Peu de décors. Tout est dans le jeu.
© Elise Kunzelmann / Look at Sciences

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